Notules dominicales 2001
 
janvier | février | mars | avril | mai | juin | juillet | août | septembre | octobre | novembre | décembre
 

Notules dominicales de culture domestique n°24 - 3 septembre 2001

DIMANCHE.
Mise en ordre de la maison, réinstallation des étagères, remplissage d'icelles, tri, jet de livres (pas de gaieté de cur mais que faire encore à mon âge d'un Synopsis de phonétique historique ?)

Courte visite à Saint-Jean-du-Marché où nous laissons Lucie.

Nous passons la soirée à survoler la presse locale accumulée en notre absence : décès de clients, mariages d'anciens élèves, augmentation du prix des places de cinéma...

LUNDI.
Informatique. Je commence à recopier le premier mille de mes Souvenirs quotidiens. Découverte du traitement de texte (WinWord ?), je patauge pas mal.

Courrier. J'envoie quelques exemplaires des notules par la poste à quelques amis non connectés avec proposition d'abonnement et une cassette à l'AGP (émission de radio où Anne Roche parle de la notion de voyage chez Perec). Je reçois un mot d'Alain N. commentant ma Tentative d'épuisement d'un lieu spinalien et m'annonçant l'envoi d'un Poulpe par lui écrit. J'adresse son Ulysse dans Ulysses à Francis H.

Rapatriement sanitaire de Lucie, crises d'étouffement pendant la nuit comme à chaque fois. Et le rendez-vous chez l'allergologue n'est que pour le mois de novembre.

Je passe l'après-midi à ranger livres, cassettes et CD.

TV. Key Largo (John Huston, U.S.A., 1948 avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Edward G. Robinson, Lionel Barrymore, Claire Trevor, Thomas Gomez, John Rodney, Marc Lawrence, Dan Seymour, Monte Blue, Harry Lewis). Frank Mc Cloud, ancien officier, arrive à Key Largo en Floride et se rend à l'hôtel que tiennent James Temple et sa belle-fille, père et veuve d'un de ses compagnons d'armes. Mais l'hôtel est occupé par le gangster Johnny Rocco et sa clique. Un ouragan est annoncé.
Adapté d'une pièce de théâtre (par Huston lui-même et Richard Brooks) Key Largo est un film sur l'enfermement. Chaque personnage est prisonnier d'une image (le stéréotype du gangster pour Rocco), d'un vice (l'alcool pour sa maîtresse), de son corps (le fauteuil roulant de James Temple), du passé (la guerre pour Mc Cloud) et bien sûr d'un lieu, l'hôtel puis le bateau avec lequel les bandits tentent de s'enfuir. Les deux principaux antagonistes, lorsqu'ils font leur entrée dans le film apparaissent d'ailleurs dans des cadres stricts : le visage de Bogart dans le rétroviseur du bus qui l'emmène à Key Largo, celui de Robinson à travers les pales d'un ventilateur, image en modèle réduit de la tempête annoncée. La tension née de ce huis-clos va bien sûr servir de révélateur de personnalité. Ainsi l'ivrognesse saura, contre toute attente, faire preuve de courage, le soldat ne retrouvera la bravoure qu'après avoir connu la peur. Dans cet hôtel, le major Mc Cloud continue en quelque sorte le combat mené au
cours de la guerre : il s'agit d'éliminer les forces du mal mais à quoi bon éliminer un Johnny Rocco vu que d'autres sont prêts à prendre sa place ?

MARDI.
Retour d'Alice à la crèche.

Gastronomie. Je confectionne un brouet à l'aide des légumes ramassés dans la jungle qu'est devenu le jardin : pommes de terre, carottes, poivrons, tomates,
piment.

Suite du rangement des livres.

Je passe une bonne partie de l'après-midi à jaser avec Hervé B. de passage à Épinal.

TV. Un Mari idéal (An Ideal Husband, G.-B., 1999 avec Rupert Everett, Jeremy Northam, Julianne Moore, Cate Blanchett, Minnie Driver). Londres 1895.
L'ascension mondaine, et politique de Sir Robert Chiltern est mise en danger par Mrs Cheveley, une aventurière qui menace de révéler les aspects obscurs de son passé.
Dans cette adaptation d'une pièce d'Oscar Wilde, c'est le personnage de Lord Arthur Goring, interprété par Rupert Everett, qui est le porte-parole de l'auteur. On reconnaît Wilde -ou du moins le Wilde légendaire, l'image de Wilde que la postérité a modelée- dans ce jeune dandy extrêmement brillant, noctambule dilettante qui entretient des relations électriques avec son père qui voudrait le marier. C'est lui qui permet finalement à Chiltern de sauver sa carrière sans trahir ses idées au bout de péripéties que l'on suit sans déplaisir. Les comédiens sont bons, la reconstitution soignée, ça manque certes un peu d'âme, mais bon...

MERCREDI.
Emplettes. Je prends le 8 heures 57 pour la ville. Achats de rentrée scolaire (un carnet de notes, mon pantalon annuel) et de rentrée littéraire (Houellebecq, Nothomb). Retour par le 10 heures 51.

Courrier. Je commande un Bulletin à la Société des Amis de Marcel Proust et reçois ma convocation pour la pré-rentrée.

Littérature. J'écris deux nouvelles en deux lignes.

Je termine le rangement de la grande pièce.

Radio. Je rate l'enregistrement du 13ème épisode de Moby Dick. Je me boufferais.

Lecture. 35 Variations (Georges Perec et alii, Le Castor Astral, collection L'iuprimé, 2000). A l'origine de ce recueil présenté par Hervé Le Tellier, 35 variations que Perec avait écrites sur la première phrase de La Recherche de Proust. Quatre auteurs de quatre nationalités et de quatre langues différentes ont fait subir les mêmes 35 variations au "To be or not to be" de Shakespeare, à une phrase de Goethe, de Carducci et de Clarin. Bien sûr, il ne m'est pas permis de goûter les textes en allemand, en italien et en castillan. Des deux langues que je connais et des 70 variations que je peux saisir, je retiendrai celle qui s'intitule "Autre point de vue" et qui donne "Marcel, au lit !!!" pour Proust et "Hamlet, quit stalling !" pour Shakespeare. On aura noté que j'ai, en entreprenant cette lecture, laissé un peu de côté Robert Musil,
que je termine à dose homéopathique, et qu'enfin je me suis résolu à quitter mon système aléatoire de choix de lecture (qui serait trop long à expliquer ici) pour sélectionner mes lectures au gré de mes envies, ce qui constitue peut-être un pas décisif vers l'âge adulte ?

JEUDI.
Dernière journée de vacances avec la charge des deux filles. J'aurai vécu ces journées comme un combat usant entre elles, moi et le temps. Pourtant, je suis sûr que dans deux ou trois semaines, je penserai à cette période avec une nostalgie douloureuse (celle qui me rend par exemple constitutionnellement incapable de feuilleter un album photos) infoutu que je suis d'apprécier le moment présent.

Courrier. Une carte postale de Vienne où N. prépare sa dernière rentrée au Lycée français.

Presse. je lis les suppléments littéraires des quotidiens consacrés à la rentrée. L'Huma encense Houellebecq, La Croix est contre, Libé s'intéresse à Nothomb, Le Figaro aux premiers romans.

TV. My Beautiful Laundrette (Stephen Frears, G.-B., 1985, avec Gordon Warnecke, Daniel Day Lewis, Saeed Jaffrey, Shirley Ann Field). Lewisham, banlieue sud de Londres. Omar se voit confier la gérance d'une laverie automatique par son oncle. Il la rénove avec l'aide de Johnny, son amant. Pour comprendre le succès critique qu'a rencontré ce film, il faut se replonger dans le contexte de l'époque, où le cinéma britannique était franchement moribond. Forcément, l'arrivée sur la scène d'un jeune réalisateur (qui avait déjà tout de même deux films au moins à son actif, dont le moyen The Hit), de jeunes acteurs, d'une histoire mêlant des Pakistanais et des homosexuels dans un cadre urbain marqué par le racisme et le chômage changeait de le permanente de la Dame de Fer. Maintenant, avec le recul, il faut bien dire que cinématographiquement ça ne vaut pas grand-chose : photo sale (tourné en 16 mm pour la TV à l'origine), musique pénible, mise en scène décousue plus par malhabileté que par choix esthétique. Reste une belle étude de personnage, celui de l'oncle, un Pakistanais parfaitement intégré dans la société du profit et qui n'hésite pas à expulser manu militari ses compatriotes quand ils ne paient pas le loyer des taudis dont il est propriétaire. Sa justification : "I'm not a professional Pakistani, I'm a professional businessman."

VENDREDI.
Radio. Fin des programmes d'été de France Culture. Bilan : 70 cassettes à écouter. Et quand je disais que je ne pouvais goûter quoi que ce soit sur l'instant.
C'est meilleur réchauffé.

Voyage. Je prends le 6 heures 57 pour la gare. En attendant le 7 heures 42 pour Paris, je bois un café à l'Arrivée, où j'ai fait mes premières armes littéraires.
Marcel, un gars de l'Équipement avec lequel j'ai bu au Café du Vallon, est déjà au demi ou plutôt aux demis et se demande s'il va aller bosser. J'arrive à Paris à 11 heures 50, file rue de Rennes récupérer mon stylo. Je fais un tour dans les librairies de Saint-Germain pour voir les tables de nouveautés, achète des lettres Décadry chez Gibert Beaux-Arts boulevard Saint-Michel. Circuit habituel pour rejoindre la bibliothèque avec pensée rue des Écoles pour Roland Barthes devant le Collège de France, à l'endroit où il se fit mortellement renverser par une camionnette. Je mange un filet de julienne au Petit Cardinal. En attendant l'ouverture de la bibliothèque, je lis le programme des activités estivales proposées par le Centre d'Assas, sorte de M.J.C. du coin. Parmi des choses plus ou moins classiques, il est question d'un stage de stretching postural.
Je passe quelques minutes à me demander quelle physionomie peut avoir un être qui consacre une partie de son été à faire du stretching postural. Je travaille à la Bilipo jusqu'à la fermeture. Je marche plein sud dans des rues que je ne connais pas (rue Monge, avenue des Gobelins) jusqu'à la place d'Italie. Au passage, je jette un oeil sur les Arènes de Lutèce (on y joue à la pétanque), aperçois la Grande Mosquée de Paris, la Manufacture des Gobelins. Je prends le bus pour rentrer à l'hôtel, histoire de soutenir Delanoë et de découvrir ses fameux couloirs. C'est plus long que le métro mais il y a des avantages : paysage, bien sûr, meilleur repérage dans l'espace, plus grande sécurité (il y a d'ailleurs une majorité de femmes) et surtout pas d'accordéoniste qui vient vous bêler La Vie en rose toutes les deux stations.

Lecture. Plateforme (Michel Houellebecq, Flammarion 2001). Michel, fonctionnaire au Ministère de la Culture, vit le grand amour avec Valérie qu'il a rencontrée au cours d'un voyage en Thaïlande. Plateforme est dans le prolongement des Particules élémentaires que j'avais déjà appréciées. On y trouve à nouveau un narrateur qui observe un monde auquel il ne peut s'intéresser. Seul le sexe tarifé lui apporte un peu de vie et il aura d'ailleurs l'idée de mettre sur pied un concept de club de vacances de charme baptisé "Eldorador Aphrodite". Comme dans son roman précédent, Houellebecq se sert de son narrateur comme d'un observateur des rapports entre l'homme et la femme, entre l'homme (en général cette fois) et sa famille, son travail, ses besoins, ses loisirs. Ses notations sociologiques (sur le tourisme, sur l'évolution des relations amoureuses en Occident) qui, je l'avais déjà noté, le rapprochent du Perec des Choses, si elles ne sont pas neuves, sont pertinentes. Maintenant, l'aspect
scandale. L'anecdote d'abord : le Guide du Routard et la "chouette bande de copains (...) dont les sales gueules s'étalaient complaisamment en quatrième de couverture" sont un peu malmenés, ce qui ne saurait me déplaire, n'étant pas un inconditionnel du ton démago-superficiel des ouvrages de cette collection. Plus sérieusement maintenant, le problème du tourisme sexuel dont, à aucun moment, contrairement à ce qui a été dit, Houellebecq ne fait l'apologie : il fait un travail d'observation et d'imagination, ce qui est tout de même la moindre des choses pour un romancier. Au total, un roman important, captivant, écrit dans une langue sans épate, très fluide.
Dans les 360 et quelques autres romans français de la rentrée, je doute qu'on trouver beaucoup mieux.

Je vais accueillir Caroline au train de 23 heures 32.


SAMEDI.
A la Bilipo, je travaille sur quatre Série Noire et relis en diagonale 1275 âmes de Jim Thompson pour une lecture en cours. Je retrouve Caroline en fin d'après-midi à Saint-Sulpice, nous allons voir à nouveau les Delacroix. Elle est porteuse de Portrait (s) de Georges Perec, du livre de Laure Adler (ou, devrais-je dire, mon amie Laure Adler), d'autre livres et d'autres trucs en tissu, cuir ou peluche parce qu'elle pense aux enfants, elle. Retour en bus, on y prend goût.

Lecture. 1280 âmes (Jean-Bernard Pouy, Baleine, 2000). Pouy inaugure ici une nouvelle série des éditions Baleine, intitulée Pierre de Gondol. C'est le nom du héros, libraire d'occasion (comme le Bernie Rhodenbarr de Westlake) fort érudit à qui des clients confient des enquêtes qui ont pour cadre la littérature. Ici, on lui demande de retrouver les cinq personnes qui ont disparu entre la version originale du roman de Jim Thompson Pop. 1280 et sa traduction en français 1275 âmes (Série Noire n°1000, porté à l'écran sous le titre Coup de torchon par Bertrand Tavernier). Son enquête le mènera jusqu'au Texas et en Oklahoma, à la recherche de la bourgade de Pottsville qui sert de cadre au roman de Thompson. Pouy est vraiment à l'aise dans cette histoire et avec ce personnage qui lui permettent d'accumuler les mauvais jeux de mots (il est ainsi question du méchoui de Hendell et des souffrances d'une jeune vertèbre), les digressions fantaisistes (tendant à prouver que la maison Poulaga fut construite par Hiéronimus Poulaga à Bruxelles ou que Pétaouchnok est une vraie ville située à 450 km de Vladivostok -qu'il écrit faussement Vladivostock) et les allusions
littéraires avec une jubilation communicative. A noter 5 mentions de Perec (et donc autant de photocopies à envoyer à l'AGP) et une faute de conjugaison : "...moi qui, depuis deux jours, me mettait à penser un peu comme Nick Corey..." Citations : "J'ai été alors interrompu dans toutes ces pérégrinations mentales par l'arrivée intempestive de Serge, énervé comme un pereckiste ayant enfin trouvé le seul "E" qui, paraît-il, existe dans La Disparition." ; "La bouffe, à bord, avait été du genre incompréhensible, il y avait eu une sorte de gâteau ressemblant à de l'agglo de douze arrosé d'alcool de sapin, et le champagne, servi dans des flûtes en plastique, avait dû être récupéré à Monaco juste après que Coulthard eut secoué la bouteille." ; "Le lendemain matin, à dix heures tapantes, j'étais à la Bilipo, la Bibliothèque des
littératures policières, juste à côté de la caserne des pompiers, derrière Polytechnique, dans la rue du Cardinal-Lemoine." Le hasard -Pouy appellerait ça de l'incrémentation sémantique- voulut que je lise cette phrase à une table de la Bilipo le matin même, peu après dix heures, en attendant les livres que j'avais demandés.
C'est aussi au même endroit que j'avais vu Pouy pour la première fois, à l'occasion d'un Salon des petits éditeurs de polar.

Là-dessus, je vais me coucher, il est tard. Mon dimanche parisien sera relaté dans la prochaine livraison des notules. Bonne semaine et bonne rentrée pour ceux et celles
que cela concerne.

 

Notules dominicales de culture domestique n°25 - 9 septembre 2001

DIMANCHE.
Courrier. Deux cartes postales.

Cinéma. A l'Arlequin, rue de Rennes, avant-première de Une Hirondelle a fait le printemps (Christian Carion, France, 2001 avec Michel Serrault, Mathilde Seigner, Jean-Paul Roussillon, Frédéric Pierrot, Marc Berman, Françoise Bette) dans le cadre du ciné-club qu'anime chaque dimanche matin Claude-Jean Philippe.
Sandrine, 30 ans, quitte son emploi de formatrice internet pour devenir agricultrice et acheter une ferme dans le Vercors.
Dès le générique, la crainte s'installe : un vrai dépliant filmé par le Comité du Tourisme rhône-alpin. C'est beau, vert, montagneux, sauvage; on verra plus tard qu'on peut faire du parapente, de chouettes balades à cheval avec de chouettes gîtes pour faire étape... Pas étonnant que la Région Rhône-Alpes ait participé au financement... Dans cette nature splendide, mais rude - il y a de la neige l'hiver, et les fainéants de l'Équipement et d'EDF se fichent des fermes isolées - il reste quelques hommes. L'un d'eux, Adrien, est un agriculteur désireux de prendre sa retraite, interprété par Michel Serrault. ll vend sa ferme à Sandrine, mais continue de l'habiter (la ferme, voyons !). La nouvelle venue ne ménage pas sa peine : elle tronçonne du bois (hiver très rude !), trait les chèvres, conduit le tracteur, fait les accouchements des bêtes... Mais bien sûr, le vieux ne voit pas ça d'un très bon oeil, d'autant qu'elle a aménagé une partie de la ferme en gîte et accueille des touristes. Il va même jusqu'à lui couper l'électricité (qui joue ainsi le même rôle que l'eau dans Jean de Florette, ça doit être les chèvres qui m'y ont fait penser) en plein hiver. Il a aussi un copain (Jean-Paul Roussillon) qui vient le visiter avec sa Volvo neuve qu'il n'arrive pas bien à faire marcher parce que c'est très compliqué et il n'est qu'un ancien paysan enrichi; alors ils sortent les Laguiole et saucissonnent et boivent de la poire qui vient de l'arbre que les parents d'Adrien ont planté le jour de sa naissance (là, c'est le côté Soupe aux choux).
Tout ça est tellement convenu, prévisible, que ça en devient comique. Les effets sont lourds (monologue sur la vache folle sur images de bêtes abattues), la musique est lourde, les péripéties se devinent des heures à l'avance (sauf la dernière). Dans tout cela, Serrault fait son boulot, Mathilde Seigner déploie une franche énergie, ce qui évite le naufrage total.
A retenir une belle scène involontairement comique dans laquelle Sandrine aide sa mère (qui vit seule) à ramasser son linge. En observant le fil à linge, on s'aperçoit qu'il n'y pend que des serviettes éponge et des torchons, et qu'il y en a assez pour essuyer et éponger une colonie de vacances.

Le film est suivi d'un débat au cours duquel le réalisateur (qui rappelle une fois toutes les deux phrases qu'il est fils de paysans) teste les anecdotes de tournage qu'il racontera à Drucker et consorts. Nous fuyons et allons manger une salade au Café du Métro avant de reprendre le train.

Lecture. Le Bavard (Louis-René des Forêts, L'imaginaire n°32 Gallimard, 1946). En janvier de cette année, au cours d'un précédent séjour parisien, j'avais appris de la bouche de Jean Lebrun (j'assistais au Bouillon Racine, rue Racine, à son Pot-au-feu, émission de France Culture) la mort de Louis-René des Forêts. Le concert d'éloges qui suivit celle-ci était inversement proportionnel à l'étendue de son oeuvre, composée d'une demi-douzaine de livres écrits en plus de cinquante ans. Parmi ceux-ci, Le Bavard, publié d'abord en 1946 et dont il modifia le texte en 1973. Il s'agit d'un monologue ininterrompu, énoncé par un narrateur qui avoue à la fin que tout ce qu'il a raconté n'était que mystification (comme le Perec d'Un Cabinet d'amateur) et qu'il avait besoin d'un public pour assouvir sa soif de bavardage. Son récit, logorrhée de phrases souvent interminables à la construction alambiquée, fait parfois penser à celui du Roquentin de La Nausée de Sartre dont on retrouve l'ambiance portuaire provinciale un peu glauque et l'acuité de l'analyse des sensations.
L'auteur joue avec son lecteur, essaie de montrer l'étendue de son pouvoir de fascination et d'attachement sans que ce soit totalement convaincant.

Lecture encore. Cosmétique de l'ennemi (Amélie Nothomb, Albin Michel 2001). Dans un aéroport, un homme d'affaires, Jérôme Angust, est importuné par un certain Textor Texel qui prétend avoir violé et tué une femme, celle de Jérôme en l'occurrence.
J'ai une certaine tendresse pour Amélie Nothomb depuis que nous avons couché dans la même chambre. Mais pas la même nuit. C'est une chambre d'hôtes près de Jaligny où elle était venue recevoir le Prix René-Fallet pour son premier roman, Hygiène de l'assassin (au titre quasi semblable à celui-ci) et où j'ai dormi en août 2000, ce qui m'incita à devenir lecteur pour ce prix. Fatalement, cette tendresse devait aboutir à une lecture, voilà qui est fait. Avec ce texte, on est quasiment au théâtre, puisqu'il y a unité de lieu et qu'il s'agit d'un dialogue à deux voix ininterrompu (ce qui oblige pratiquement à le lire d'une traite). Le lecteur
est tenu en haleine, désireux d'en savoir plus sur le personnage de Textor Texel qui apparaît d'abord comme un formidable emmerdeur (une sorte de Bavard à nouveau) avant de prendre une dimension plus inquiétante. Malheureusement il faut bien dire que la révélation finale
est un peu décevante.
Citation : " La personne humaine ne présente qu'un seul point faible : l'oreille." Particulièrement pertinent quand on lit cette phrase dans un compartiment où claironnent les voix de deux vieillards à demi sourds lancés dans une conversation inepte.

Nous récupérons les filles chez mes parents.

Courrier. Longue lettre de N. qui s'abonne aux notules papier.

Je rédige les notules 24 jusqu'à 1 heure 30.

LUNDI.
Vie scolaire. Pré-rentrée au collège. Un nouveau principal adjoint, beaucoup de têtes nouvelles qu'on ne verra bientôt plus, le collège étant un port d'attache pour nombre de titulaires remplaçants. J'ai décidé, à la suite du repas de fin de l'année dernière où je
m'étais bien amusé après avoir vécu toute l'année dans un isolement pas du tout splendide, d'être un bon camarade. D'où les résolutions de rentrée : fréquenter la salle des profs; ne pas arriver systématiquement le premier le matin et repartir le dernier le soir pour ne croiser
personne; parler (enfin, ça, c'est pas gagné). je vais donc manger avec les autres au restaurant. je suis officiellement certifié stagiaire en lettres modernes, ce qui ne m'empêche pas d'avoir à faire....14 heures d'anglais. Enfin, si c'est pour faire mes adieux à la discipline... Mon emploi du temps me laisse libre le jeudi après-midi et le samedi matin.

Courrier. Carte postale de Tunisie. J'envoie les notules papier, des photocopies de Houellebecq et de Pouy à l'AGP.

Presse. Je reçois le numéro de septembre des Cahiers du cinéma. J'ai la satisfaction de retrouver certaines choses que j'ai écrites dans la critique d'Une Hirondelle a fait le printemps (ce qui me permet de préciser que je ne lis aucune critique avant de rédiger mes notes
cinématographiques).

Cinéma. La Répétition (Catherine Corsini, France, 2001 avec Emmanuelle Béart, Pascale Bussières, Jean-Pierre Kalfon, Pierre-Louis Rajot, Dani Lévy, Sami Bouajila, Marilu Marini).
Louise et Nathalie se retrouvent après une séparation de dix ans. Nathalie est devenue une actrice de théâtre renommée; Louise, qui a eu le rêve de le devenir, va s'immiscer dans sa vie.
C'est la déception qui domine devant cette histoire quand on pense aux possibilités qu'elle offre et qu'elle n'explore que du bout d'une caméra prudente. Ce n'est qu'en de rares moments que les relations entre les deux femmes atteignent une sorte de perversion hitchcockienne prenante jouant sur l'humiliation, la relation dominant-dominé, le désir de vengeance né de la vocation contrariée de Louise. En de rares moments et surtout au bout d'une exposition très longue au cours de laquelle les extraits de théâtre montrés
donnent une idée de ce qu'est l'enfer. La fin m'a totalement surpris et laissé sur ma faim, mais peut-être est-ce dû à la somnolence contre laquelle je luttais. Il est possible qu'une des clés du film tienne dans le personnage de Lulu qu'interprète Nathalie sur scène mais je ne
connais pas les pièces de Wedekind. Reste à saluer la composition de Pascale Bussières, étonnante.

MARDI.
Vie scolaire. Deuxième journée de pré-rentrée. Ca fait penser au service militaire : beaucoup de temps à meubler avec très peu de choses à faire, on ne pense qu'à partir en permission. Le nouvel adjoint la joue "copain" : s'en méfier. En tout cas, je suis content de mes
résolutions de début d'année : je suis détendu, je m'amuse.

Courrier. Je reçois le nouveau manuscrit de F.

Je recopie les notes prises au cours du séjour parisien.

Presse. Augmentation du Monde, 7F90.

Web. Échange avec F. et A. sur Houellebecq, avec G.N. sur La Disparition.

TV. Pecker (John Waters, U.S.A., 1999 avec Edward Furlong, Christina Ricci, Bess Armstrong, Mark Joy).
Baltimore. La passion du jeune Pecker est de prendre en photo tous les gens et lieux de son quotidien. Il est remarqué, expose à New York et devient une célébrité.
Film bruyant et bavard qui se veut certainement une étude sur la renommée et une satire des milieux artistiques new yorkais, et qui rate complètement son but.

Lecture. L'Agrume (Valérie Mréjen, Allia 2001).
Même principe que pour Mon grand-père, du même auteur : un texte court (80 pages), succession de paragraphes qui n'ont pas toujours de liens logiques entre eux et finissent par raconter une histoire. Histoire d'une banalité confondante centrée cette fois non plus sur la famille mais sur une relation amoureuse. La narratrice est amoureuse d'un certain Bruno qui la traite par-dessus la jambe.
Un amour de midinette affreusement banal et, en fait cruel. Petit à petit, de livre en exposition (j'avais vu celle dont elle était l'objet rue du Faubourg-du-Temple), Valérie Mréjen trace son sillon, crée son petit monde et ramasse des clients. J'en suis.
Citation : "Au bout de quelques mois, je me suis dit que cette histoire devait finir. Il n'y avait plus de feu, ma chandelle était morte. J'avais suffisamment pleuré.
A la scène de vaudeville en peignoir, j'ai proposé que nous rompions. Il a tout de suite été d'accord.
Je m'étais attendue à une apocalypse. Qu'allait-il se passer ?
Je ne voulais pas voir ça.
En fait, il ne se passa rien : le téléphone n'a plus sonné. Ca n'a pas trop été brutal comme transition."

MERCREDI.
Heure du conte à la Bibliothèque Municipale avec Lucie.

Cinéma. Trouble Every Day (Claire Denis, France, 2001 avec Béatrice Dalle, Vincent Gallo, Tricia Vessey, Alex Descas, Florence Loiret-Caille, José Garcia, Aurore Clément, Hélène Lapiower).
Dans le précédent film de Claire Denis, Beau Travail, il y avait un plan magnifique d'un jet de sang qui se mêlait à l'eau à l'issue d'un accident d'avion ou d'hélicoptère. Ici, le sang est omniprésent. Coré (Béatrice Dalle) en est couverte : elle dévore les hommes qu'elle a séduits, elle s'en sert aussi comme décoration murale. Son mari tente de la protéger en la séquestrant. Il est médecin et apparemment a réalisé des expériences sur le cerveau en utilisant Coré comme cobaye, ce qui explique le comportement de celle-ci.
Arrive à Paris le Dr Shane Brown, qui est en voyage de noces et recherche Coré et son mari. A la fin, il séduit une employée de l'hôtel où il réside et leur union se termine en bain de sang. Voilà. Ce n'est guère clair, pour moi tout au moins. Claire Denis nous donne les pièces d'un puzzle qui ne se mettra pas en place. Peut-être estime-t-elle que c'est au spectateur de recoller lui-même les morceaux et de construire l'histoire. J'en ai été incapable. On peut tout de même, malgré la frustration ressentie, apprécier le travail de la réalisatrice sur le corps ( à la suite de Beau Travail), sur la violence (à la suite de J'ai pas sommeil) et la musique des Tindersticks.

JEUDI.
Courrier. Une lettre à France Télécom mobiles sur la sécurité et les portables, une à l'Office du Tourisme creusois sur notre séjour, des tapuscrits à mes derniers lecteurs.

Rentrée des classes pour Lucie. Pleurs.

Alice s'ouvre l'arcade sur l'arête d'une table basse. Pleurs et hémoglobine.

Web. J'envoie sur [listeperec] l'annonce du décès de Carl-Gustav Bjurström (traducteur suédois de Perec) trouvée dans Le Monde.

TV. Les Rois du sport (Pierre Colombier, France 1937 avec Fernandel, Raimu, Jules Berry, Lisette Lanvin, Nita Raya, Julien
Carette, Georges Flamant, Aimos).
Deux garçons de café marseillais montent à Paris pour y retrouver un escroc organisateur de rencontres sportives.
Comme dans Le Schpountz tourné par Pagnol la même année, Fernandel interprète un provincial qui monte à Paris pour s'apercevoir que la capitale n'est pas faite pour lui. Le film nous le montre en gardien de but de football, en coureur automobile, en boxeur,
compositions dans lesquelles il joue sur l'étendue de son comique habituel, qui apparaît assez limitée. Heureusement, il y a Raimu qui ajoute un peu d'attrait à un ensemble plutôt convenu.

Lecture. A ce soir (Laure Adler, Gallimard 2001).
L'auteur revient, dix-sept ans après, sur la perte de son bébé, mort d'une détresse respiratoire.
Propos d'Isabelle Huppert dans Télérama de cette semaine : "J'ai lu aussi le livre de Laure Adler, A ce soir. Je veux juste dire qu'il appelle le recueillement plus que le commentaire." Tout est dit.

VENDREDI.
Informatique. J'essaie de lancer le programme pour mettre en route le scanner. Échec, comme attendu.

Vie scolaire. Premiers cours l'après-midi.

Web.
David Bellos réagit sur [listeperec] et ajoute des précisions sur Bjurström. N'empêche que c'est par moi qu'il a appris sa mort, ce qui me flatte.

TV.
Bulworth (Warren Beatty, U.S.A., 1997 avec Warren Beatty, Halle Berry, Don Cheadle, Oliver Platt, Christine Baranski).
Jay Bulworth se représente au poste de sénateur de Californie. Dégoûté de la politique, il engage un tueur et lance un contrat contre ... lui-même.
On craint au départ de devoir assister à un film politique américain peu enthousiasmant, modèle Oliver Stone, disons.
Mais rapidement on quitte les sentiers balisés quand Bulworth lui-même quitte sa défroque de politicien bon teint et se lance dans une campagne hors normes. Il abandonne la langue de bois pour un discours - rimé et scandé sur un rythme rap - dans lequel il dénonce
l'hypocrisie du clan démocrate auquel il appartient. Les relations avec la communauté noire, les compagnies d'assurances, les acteurs économiques et culturels sont mises à nu par un Warren Beatty déchaîné. On assiste à la dénonciation (démagogique ?) d'un système à
laquelle on est peu habitué et on échappe même, de peu, au happy end obligatoire. Bien sûr, le film a connu aux États-Unis un échec retentissant.

SAMEDI.
Courrier. Je reçois le Bulletin Marcel Proust désiré avec l'article sur Proust et Perec qui suscitait ma convoitise.

Vie sociale. Mariage de Séverine, préparatrice de la pharmacie. Bénédiction nuptiale (Lucie :"Il est où le petit Jésus, je ne le vois pas..."), on boit un coup, je m'ennuie.

 

Notules dominicales de culture domestique n°26 - 16 septembre 2001

DIMANCHE.
Manifestation. Braderie d'Épinal inaugurée par Séguin (ou était-ce Jean Yanne ?) : fuir la ville. Nous passons la journée à Saint-Jean-du-Marché.

TV. Alice (Woody Allen, U.S.A., 1989 avec Mia Farrow, William Hurt, Joe Mantegna, Alec Baldwin, Blythe Danner, Judy Davis, Keye Luke).
Que faire quand on est new-yorkaise aisée et qu'on s'ennuie auprès d'un mari qui ne vous intéresse plus ? L'adultère, bien sûr, rien n'a changé depuis la Bovary. Alice rencontre un homme à la sortie de l'école où elle va chercher ses enfants mais hésite à franchir le pas... Les tergiversations et les minauderies de Mia Farrow conduisent le film sur les rails de la comédie et Woody Allen n'hésite pas à parsemer des ingrédients parfois surprenants : retours en arrière sur l'enfance, rêves, séquences fantastiques (Alice et son amant deviennent invisibles, ce qui leur permet, à elle de découvrir l'infidélité de son mari, à lui de se rendre compte de l'amour que lui porte toujours son épouse et met fin à leur liaison). Finalement, Alice se réalisera en allant travailler avec Mère Teresa à Calcutta, ce qui donne une fin très politiquement correcte à cette chronique féminine parfois un peu paresseuse.

Lecture. Portrait(s) de Georges Perec (sous la direction de Paulette Perec, Bibliothèque Nationale de France 2001).
Paulette Perec s'est occupée de la partie biographie, qui couvre la moitié de l'ouvrage. Ca évite de relire David Bellos et la proximité de l'auteur avec Perec permet bien sûr d'apporter des choses nouvelles (les lectures de GP, son état d'esprit général à tel ou tel moment...). Paulette Perec a également sorti de ses archives bon nombre de photos inédites.
Dans la deuxième partie sont réunis quelques témoignages : des proches (Pierre Getzler, Marcel Cuvelier), des admirateurs (Paul Auster), des collègues de l'Oulipo (Roubaud, Jouet...), des spécialistes (Bernard Magné). C'est dans la contribution de celui-ci que l'on apprend le plus de choses sur le texte perecquien qu'il décortique avec sa précision habituelle : nouvelles impli-citations, nouvelles occurrences du 11 et du 43, etc.

LUNDI.
J'annote mon exemplaire de La Vie mode d'emploi à la lumière des découvertes faites dans Portait(s).

Vie scolaire. Je fais ma rentrée chez Pitance, bar-PMU-articles de pêche à Nomexy, où je passe depuis deux ans mes heures de déjeuner. Mes résolutions de bon camarade ne vont pas jusqu'à me faire fréquenter la cantine. Chez Pitance, je suis tranquille, je lis la presse, je perds des sous sur les chevaux.

Mail. Réaction aux notules d'A. sur Nothomb, des Forêts, Téchiné.

Bits. O., appelé à mon chevet informatique, ne parvient pas plus que moi à lancer le programme du scanner. Ca semble venir du disque. Ca me rassure.

MARDI.
Écrits. A l'aube, je reprends mon travail sur l'Atlas de la Série Noire.

Grande distribution. Je me rends dans la grande surface où je n'aurais dû acheter mon scanner. Je dois attendre vingt-cinq minutes avant que le vendeur d'informatique se rende disponible, ce qui me met en condition. Idées de meurtre. Bien entendu, le disque fonctionne
parfaitement sur ses machines de démonstration mais je suis déterminé à ne pas quitter les lieux sans qu'il me soit changé. Je dois certainement excéder le vendeur (je peux sans me forcer avoir un comportement de parfait abruti quand il s'agit d'informatique) qui finit par
briser de rage mon disque entre ses doigts (il se coupe, ce con). Je repars avec un disque neuf et installe sans problème le programme sur la machine. Reste à savoir s'en servir, mais une étape est franchie.

TV. Des salopiauds ont chié dans le képi du gendarme du monde et lui ont enlevé ses deux dents de devant sans anesthésie.
Nous regardons les images de New York, l'avion s'enfoncer dans la tour comme la capsule spatiale dans la lune de Méliès.
Dans la peau de John Malkovich (Being John Malkovich, Spike Jonze, U.S.A., 1999 avec John Cusack, Cameron Diaz, Catherine Keener, John Malkovich, Sean Penn).
Le scénario, signé Charlie Kaufman, est un des plus originaux des dernières années. Le marionnettiste Craig Schwartz trouve par hasard dans le fond d'un bureau poussiéreux le passage qui mène...dans la tête de l'acteur John Malkovich. Peu à peu, il fait visiter
celle-ci à des touristes d'un nouveau genre qui lui assurent de solides rentrées financières. Parallèlement, sa femme Lotte tombe amoureuse de la collègue de travail de Craig, Maxine. Or, Maxine n'aime Lotte que quand celle-ci se trouve dans la tête de Malkovich...
La logique se trouve salement malmenée dans cette histoire. L'aspect loufoque, absurde (le côté burlesque de l'éjection de la tête de l'acteur - la visite ne dure que quinze minutes) se mêle à une réflexion sur la manipulation des corps et des esprits, l'identité, la
possession, le désir.
Reste le plus dur à faire dans une telle aventure : conclure, ce que n'a pas totalement réussi Spike Jonze avec un dernier quart d'heure plutôt confus et précipité.
A noter le goût du moment pour les lieux intermédiaires : la voie 9 3/4 des aventures de Harry Potter et ici l'étage 7 1/2 où travaille Schwartz.

Lecture. Autobiographie d'un lecteur (Pierre Dumayet, Pauvert 2000).
A près de 80 ans, Pierre Dumayet n'avait certainement pas envie de se lancer dans un exercice autobiographique traditionnel et lourd. Il a choisi de continuer à faire ce qu'il a fait tout au long de sa vie, flâner et glaner. Pourtant, il fait des efforts : ça commence par "J'ai sept ans et j'écoute la radio." et on se dit qu'on va avoir une longue partie sur l'enfance. Mais rapidement, l'auteur dévie, passe du coq à l'âne, de digression en digression, essayant de temps en temps de revenir à un certain ordre par un "Bien." ou autre mot de raccroc. Ca rend son récit extrêmement vivant, fluide.
Les souvenirs de télévision portent la marque d'une époque révolue où on pouvait consacrer une émission de 52 minutes à La Chartreuse de Parme mais Dumayet ne se lamente pas sur la télé du passé, ne larmoie pas, ce qui est un bien. Là où il m'intéresse davantage, c'est quand il parle des livres, de ses lectures, notamment celle de Madame Bovary, où il a l'art de s'attarder sur des aspects inattendus du livre : les mouches, les jours de la semaine, les ronds de serviette fabriqués par Binet...
Citation : "Raymond Queneau a tenu à jour son carnet de lectures pendant soixante ans." J'entame ma 22ème année, j'ai de la marge.

MERCREDI.
Heure du conte à la B.M. avec Lucie.

Lecture. Bonjour, je suis ton nouvel ami (Marc Villard, L'Atalante 2001).
Comme tant d'autres auteurs de polar, Marc Villard a éprouvé un jour le besoin d'être reconnu comme un écrivain à part entière. Pour ce faire, il faut se faire publier par une maison d'édition et dans une collection "normales". Depuis deux ou trois titres, Villard a donc tourné le dos à la Série Noire et à Rivages où il a écrit de bons polars (Le petit prince a dit, Ballon mort) et de moins bons (La porte de derrière, Coeur sombre).
Malheureusement, les nouvelles de ce recueil n'ajouteront rien à sa gloire. On y trouve pêle-mêle des souvenirs d'enfance, de vie familiale et professionnelle, tous bien plats. Seul ou presque surnage Ovronnaz, où l'auteur raconte sa participation à un festival de polar suisse particulièrement gratiné.
Curiosité : dans Homme de lettres, Villard raconte comment il est devenu secrétaire d'un maître-chanteur analphabète. On se souvient que dans de nombreux écrits et entretiens, Léo Malet a raconté qu'il avait occupé cette fonction. Prenons ça comme un hommage.

JEUDI.
Vie scolaire. Lucie, trop malheureuse dans la classe de grands, est recasée dans celle des moyens.

Courrier. J'envoie des coupures de presse à l'AGP.

Informatique. 18 heures 30. J'essaie d'envoyer un document à G.N. à l'aide du scanner.
20 heures. Je vais chercher une enveloppe et un timbre.

TV. Il faut marier papa (The Courtship of Eddie's Father, Vincente Minnelli, U.S.A., 1962 avec Glenn Ford, Shirley Jones, Stella Stevens).
Depuis la mort de sa femme, Tom Corbett élève seul son garçon âgé d'une dizaine d'années. Celui-ci l'exhorte à lui trouver une nouvelle mère.
Vincente Minnelli mêle habilement les deux ingrédients principaux du film : la comédie et l'émotion. Dès que la première apparaît, la seconde n'est pas loin. C'est l'insistance et l'obstination de son fils qui feront faire à Corbett le bon choix. Ce n'est pas un grand Minnelli, mais il sait transformer un matériau scénaristique ordinaire en bon film.

Lecture. La sieste assassinée (Philippe Delerm, L'Arpenteur, 2001).
Je ne sais par quel miracle j'ai échappé à la lecture de La première gorgée de bière. Delerm reprend ici la recette qui lui valut tant de succès avec ce titre : un petit volume rempli de textes courts (il s'agit de ne pas effaroucher l'acheteur non-lecteur) centrés sur l'évocation de souvenirs, de sensations, de lieux, de situations, de micro-événements baignant dans une nostalgie, un amour des choses simples qui sonnent particulièrement faux. Le tout avec une écriture pleine d'afféteries : chez Delerm, les choses ne ralentissent pas, elles s'alentissent (deux occurrences), de même, elles ne ramollissent pas, elles s'amollissent. Crispant.

VENDREDI.
Vie scolaire. Je n'ai pas cours à midi et suis bien aise d'échapper au devoir de faire célébrer une minute de silence en mémoire des victimes américaines. C'est que depuis mardi, on est passé de la compassion à une "France totalement solidaire "(Chirac) d'une Amérique lancée dans la lutte du "Bien contre le Mal" (Bush), à la défense de l'Occident (bientôt l'Occident chrétien), à la croisade.
Gageons que le fils Bush et ses compatriotes sauront bientôt se rendre encore plus détestables qu'ils l'étaient avant les attentats. Comme s'ils faisaient semblant de ne pas voir que leur morgue, leur suffisance, leur certitude du bon droit n'est pas pour rien dans ce qu'ils ont pris sur la gueule.

Cinéma. La Pianiste (Michael Haneke, France-Autriche 2001 avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot, Anna Sigalevitch, Cornelia Köngden, Susanne Lothar, Udo Samel).
Erika est professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Un élève, Walter, tombe amoureux d'elle.
Les films de Haneke (c'est mon premier) ont toujours un parfum de soufre, dû à l'utilisation de la violence ou du sexe. Ici, c'est la sexualité d'Erika qui est totalement perturbée. Au point de tenter une relation incestueuse avec sa mère (Annie Girardot) dont elle partage le logis et la couche. Elle ne connaît que les rapports de force : conflits perpétuels avec sa mère possessive, humiliations infligées à ses élèves. Quand Walter entre dans sa vie, elle pense pouvoir donner libre cours à ses fantasmes sado-masochistes.
Grâce à l'interprétation d'Isabelle Huppert, Haneke réussit parfaitement à obtenir ce qu'il veut : créer un sentiment de malaise, d'inconfort et d'incompréhension chez le spectateur. Le film a reçu le Grand Prix du Jury et les deux prix d'interprétation (pour Magimel, ce n'était peut-être pas justifié) au dernier Festival de Cannes. Il n'empêche qu'après avoir vu les films de Claire Denis, de Catherine Corsini et de Haneke, plutôt obscurs dans tous les sens du terme, on comprend mieux que pour la Palme d'Or, les jurés se soient plutôt tournés vers la lumière de La Chambre du fils de Moretti.

 

Notules dominicales de culture domestique n°27 - 23 septembre 2001

DIMANCHE.
TV. Le Talentueux Mr Ripley (The Talented Mr Ripley, Anthony Minghella, U.S.A. 1999 avec Matt Damon, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Cate Blanchett).
Tom Ripley a été chargé par un riche industriel américain d'aller chercher son fils Dickie qui mène une vie oisive en Italie. Tom trouve Dickie et tombe sous son charme.
Dans un premier temps, on ne pense qu'à comparer cette version avec celle que René Clément avait faite du même roman de Patricia Highsmith, Plein Soleil en 1959. A côté de Maurice Ronet, Alain Delon et Marie Laforêt, leurs équivalents blondinets made in U.S.A. font plutôt pâle figure. Le traitement cinématographique n'est pas le même non plus : Minghella s'intéresse plus à l'environnement dans lequel l'action se déroule que René Clément pour qui primaient les relations entre les personnages et les symboles (j'ai le souvenir d'un plan dans un marché sur une balance, préfigurant la justice qui va condamner Ripley).
Minghella aime l'image soignée, voire sophistiquée, le détail, la reconstitution parfaite, on l'avait déjà remarqué dans Le Patient anglais. Ce souci ne nuit pas à son film à part quand sa stylisation est outrancière - notamment quand il y a la moindre goutte de sang. C'est que l'histoire est particulièrement prenante, le suspense est bien mené tout au long des deux heures passées que dure le film. De l'esthétique sur un bon scénario, donc.
Un bon point pour Minghella : les Italiens qu'il met en scène en Italie parlent italien, ce qui devient de plus en plus rare dans les films U.S.

Lecture. L'inceste (Christine Angot, Stock 1999).
Avec Angot, on s'évite la question qui agite les commentateurs de Houellebecq, à savoir si le je du narrateur et le je du romancier font un ou sont différents. Ici, pas de masque, c'est bien Christine Angot qui se dévoile, à la suite de Sujet Angot dont le titre était déjà assez clair.
Le livre s'ouvre sur l'évocation d'une relation homosexuelle tourmentée qui mène l'auteur au bord de la folie. Elle s'interroge alors sur les causes de ses troubles et replonge dans son adolescence au cours de laquelle son beau-père a abusé d'elle.
Ici, il n'est pas question de mettre en cause la profondeur du traumatisme, la violence du comportement, la sincérité de Christine Angot mais simplement de s'interroger sur le traitement littéraire qu'elle utilise pour les traduire. Long monologue volontairement confus (on supprime même la ponctuation dans certains passages pour faire joycien), pages entières recopiées dans le Dictionnaire de la psychanalyse d'Élisabeth Roudinesco, voilà les ingrédients. C'est extrêmement pénible à lire, on cherche à s'intéresser, à comprendre, mais c'est en vain.

LUNDI.
Santé. Lucie tousse à s'en faire vomir (bronchite asthmatiforme), Alice fiévreuse. La nuit fut rude.

MARDI.
Nettoyage par le vide. Nous traînons sur le trottoir un nombre impressionnant de vieux présentoirs et autres vieilleries pour le ramassage des objets encombrants.

Courrier. J'envoie des copies de l'introduction du Cahier des charges de La Vie mode d'emploi à GN.

Mail. X. se propose de m'aider à mettre mes notules sous une forme plus attrayante et à leur assurer une plus large diffusion en créant un site. Il y a peu, c'est V. qui proposait de me guider pour les envoyer sous forme de "newsletter". Je m'interroge. Ma présentation est, c'est vrai, plutôt austère, mes lecteurs et lectrices peu nombreux mais triés sur le volet. Cette audience me suffit pour le moment : il s'agit de donner des nouvelles, de faire partager des impressions à des gens qui me connaissent; j'ai d'autres chantiers destinés à un public plus large. Quant à l'habillage, il faudrait, pour l'améliorer, que j'y consacre plus de temps, ce qui ne m'est pas possible. Pour rendre compte de livres lus et de films vus, il faut que je garde du temps pour les lire et les voir. Donc statu quo, pour le moment disons.
Échange avec S. sur New York, ses misères et ma façon d'en parler qui a un peu choqué.

TV. Harry, un ami qui vous veut du bien (Dominik Moll, France, 2000 avec Laurent Lucas, Sergi Lopez, Mathilde Seigner, Sophie Guillemin).
On a beaucoup parlé de Hitchcock à la sortie du film, succès français de l'été dernier. On peut donc le regarder en cherchant les clins d'il : le titre, bien sûr, référence à Mais qui a tué Harry ? , un plan de campagne déserte pour La Mort aux trousses, des cris d'oiseaux dans une séquence onirique, une course-poursuite automobile évoquant Complot de famille, la musique orchestrale ("musique à suspense" disait le sous-titre - j'ai vu le film dans une version destinée aux sourds et malentendants). Au delà de ces détails, c'est l'ambiance générale qui rappelle Hitchcock car on a affaire à un vrai suspense angoissant à souhait. Harry (formidable Sergi Lopez qui a fait, Dieu merci, des progrès en français depuis les films de Manuel Poirier) fait irruption dans la vie de Michel et Claire et de leurs trois filles. Il se présente comme un ancien condisciple de Michel, admirateur de ses écrits parus dans un journal lycéen. Il veut l'aider à écrire et pour cela supprime ce qui l'en empêche : il lui
achète une voiture neuve, tue ses parents envahissants et est à deux doigts de faire de même avec le reste de la famille.
C'est peut-être un exercice de style, mais il est réussi de façon brillante. La séquence d'ouverture, un voyage dans une voiture inconfortable et surchauffée avec des enfants intenables, est un petit bijou.

Lecture. Longues peines (Jean Teulé, Julliard 2001).
Scènes de la vie quotidienne dans une maison d'arrêt.
Jean Teulé a rassemblé diverses anecdotes réelles de la vie pénitentiaire. Son propos est de montrer que dans ce monde, on est malheureux d'un côté des grilles comme de l'autre. Il y a le maton compréhensif amoureux d'une détenue, le maton corrompu, le prisonnier pédophile, le prisonnier illettré qui fait écrire à ses compagnons de cellule ses lettres à sa correspondante de prison, celui qui est amoureux d'une pensionnaire du quartier des femmes qu'il n'a jamais vue. Ca fait un peu collection artificielle mais ça se lit sans déplaisir. Il me semble que Jean Teulé a travaillé, et travaille peut-être toujours à la télévision. Il donne là matière à un bon téléfilm.

MERCREDI.
Emplettes. Razzia dans les rayonnages de la Licorne et de Panorama 88 : Brasseur, Block, Alexakis, Garnier, Roegiers, Svevo, Rivière. Je renouvelle ma
carte de la Boîte à Films pour la saison cinématographique (65 francs pour des séances à 27 francs).

TV. In The Soup (Alexandre Rockwell, U.S.A. 1992 avec Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals, Jim Jarmusch, Carol Kane).
New York. Adolpho Rollo rêve de mettre en scène son scénario de 500 pages. Il finit par trouver un producteur, Joe, qui s'avère être un truand.
Encore un film sur un jeune cinéaste, ou plutôt un jeune tout court voulant devenir cinéaste. Rollo est admirateur de Tarkovski ( ce qui explique les couleurs anémiées du film - curieusement annoncé dans les programmes et dans le Guide des Films de Jean Tulard comme étant en noir et blanc) et on se doute que son scénario est plutôt aride.
Rockwell, dans ce qui doit être une histoire largement autobiographique, enchaîne les saynètes entre Rollo et son producteur, Rollo et sa voisine qu'il veut faire tourner dans son film, sans parvenir à éveiller l'intérêt.

JEUDI.
Courrier. Je renouvelle mon abonnement aux Cahiers du cinéma, envoie une proposition d'abonnement aux notules aux G. dans l'Aveyron, des coupures de presse et une cassette d'entretiens de Raymond Queneau à l'AGP.

Mail. Danielle Constantin, secrétaire de l'AGP, m'informe qu'elle a retrouvé un exemplaire des Cahiers Georges Perec n°2 que je cherche depuis longtemps. Je le commande immédiatement. Au passage, elle parle de ma "contribution inestimable" au Bulletin de l'Association qu'elle est en train de mettre en forme.
J'investis quelques gains de PMU dans la commande des Entretiens de Paul Léautaud avec Robert Mallet en 10 CD. Je les ai déjà sur 6 cassettes mais c'est une version tronquée.

VENDREDI.
Lucie a quatre ans. On mange du gâteau.

Mail. Echange avec GN sur Houellebecq et le monothéisme.

Cinéma. The Mission (Cheug Fo, Johnnie To, Hongkong/Chine 1999 avec Francis Ng Chun-Yu, Anthony Wong Chau-Sang, Jackie Lui Chun-Yin, Simon Yam Tat-Wah, Ron Cheung Yiu-Yeung, Lam Suet, Eddy Ko Hung).
A la suite de la tentative d'assassinat d'un parrain local, cinq professionnels retirés du milieu sont engagés afin d'assurer sa protection.
Lorsqu'on trouve les cinq tueurs -qui ont tous des tronches impossibles- obligés de cohabiter dans la villa du parrain qu'ils doivent protéger, on pense immédiatement à la bande de yakusas de Sonatine. Comme les personnages de Kitano, ceux de Johnnie To tuent le temps en se faisant des farces stupides, jouent à des jeux d'enfants comme improviser une partie de football avec une boule de papier.
L'histoire n'est pas claire -surtout quand on s'assoupit- les motivations des personnages non plus. Il n'empêche qu'il y a dans ce film des moments splendides, comme cette séquence dans un centre commercial où le parrain va être attaqué sans qu'on sache de quel côté va venir le danger. L'ironie n'est jamais loin, on sent la jubilation de Johnnie To à mettre en scène une histoire de durs où les flingues parlent sans cesse, jubilation qu'il parvient souvent à faire passer.

Lecture. Le cinquante-quatrième jour (Roland Brasseur, Baleine 2001).
C'est la quatrième aventure de Pierre de Gondol, le libraire-enquêteur récemment découvert dans 1280 âmes de Jean-Bernard Pouy. Il déniche ici des inédits de Perec qui le conduisent à rechercher les liens qui pourraient exister entre celui-ci et l'auteur de L'Atlantide, Pierre Benoit. Il est ainsi amené à fréquenter les cénacles perecquiens, le séminaire et l'association, et leurs membres.
Sur [listeperec], il y a peu, Roland Brasseur se plaignait du silence qui avait entouré la sortie de son livre, disait qu'il avait retrouvé des exemplaires du service de presse dans les caisses des soldeurs. C'est qu'il n'a pas conscience que son livre est absolument illisible pour qui n'a pas passé les dix (au moins) dernières années de sa vie à étudier Perec et à vivre dans son univers. C'est ce qu'a fait Brasseur, notamment pour écrire son Je me souviens de Je me souviens, et ça lui a fait perdre tout sens des réalités.
Là où il n'était même pas nécessaire de connaître l'uvre de Jim Thompson pour apprécier le livre de Pouy, il faut un D.E.A. en perecologie pour suivre Brasseur. Le personnage de Pierre de Gondol n'est plus qu'un prétexte, un ectoplasme chargé de véhiculer les passions (Perec et Benoit), les recherches, les convictions de Roland Brasseur (qui en profite pour régler quelques comptes avec Bernard Magné). Bien sûr, connaissant assez bien Perec, je me suis un moment régalé aux allusions, aux clins d'il, amusé à reconnaître des personnes connues sous des anagrammes un peu poussives (Brenda Mergan pour Bernard Magné, Vlad Bodelis
pour David Bellos, Bernard Salours pour Roland Brasseur lui-même, etc.), plu à voir reconstituée dans l'Épilogue, la séance du séminaire à Jussieu du 20 janvier 2001 à
laquelle j'assistais. Il y a d'ailleurs un certain vertige à se retrouver, même si ce n'est qu'au rang des figurants anonymes, propulsé personnage de roman... Mais ce plaisir s'estompe rapidement car l'intrigue imaginée par l'auteur (Perec a-t-il lu, aimé et plagié Benoit ?) est peu intéressante et mal fichue. Je pense que la prochaine fois que je verrai Brasseur, j'hésiterai à lui demander de me mettre un mot sur son bouquin de peur qu'il ne me demande ce que j'en ai pensé...

SAMEDI.
Je me lève à 7 heures 15, une heure plus tard que d'habitude et je passe la journée à courir après cette heure perdue.

Courrier. Carte postale d'Allemagne où A. est en voyage.

Vie sociale. Mes parents et ma marraine au dîner pour l'anniversaire de Lucie.

 

Notules dominicales de culture domestique n°28 - 30 septembre 2001

DIMANCHE.
Plaisir de passer un dimanche at home.

Lucie et Caroline vont faire un tour à la Fête d'Épinal. Le matin, les manèges ne tournent pas, c'est moins cher. On mange des gaufres.

Tâches d'automne. Je rentre le salon de jardin, ôte les jardinières, remise la piscine, cueille les derniers piments et poivrons, écime les poireaux.

Cinéma. Le Lait de la tendresse humaine (Dominique Cabrera, France, 2001 avec Patrick Bruel, Marilyne Canto, Dominique Blanc, Sergi Lopez, Valeria Bruni-Tedeschi, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Yolande Moreau, Jacques Boudet, Antoine Chappey, Claude Brasseur, Marthe Villalonga, Bruno Salvador, Antoine Bonnaire, Nour Gana, Lena Breban, Edmée Doroszlaï).
Dans une ville du Jura, Christelle quitte le domicile conjugal, abandonnant sans prévenir ses trois enfants et Laurent,son mari, qui la cherche partout. En fait, elle s'est réfugiée chez une voisine.
Au départ, il y a une idée intéressante : on ne connaît jamais la souffrance (ici le baby blues) que peut éprouver une personne qui, pourtant, donne tous les signes d'équilibre et de normalité. Lorsqu'il s'interroge, lorsqu'il interroge les collègues de travail de sa femme,
Laurent ne trouve rien qui cloche. Pourtant, Christelle n'en pouvait plus, et a fui. Le propos du film est donc de trouver le moyen de réunir un ensemble familial décomposé. Pour cela, les bonnes volontés ne manquent pas : de la voisine (Dominique Blanc) qui accueille Christelle au couple (Gourmet-Bruni) qui accepte de recueillir le dernier-né, tout le monde oublie ses propres problèmes -qui existent, et qui ne sont pas légers- pour aider Christelle et Laurent. Comme dans Nadia et les hippopotames, où tout le monde passait, à un moment donné, au-dessus de ses problèmes pour le soutien à la cause. Il y avait cependant dans le précédent film de Dominique Cabrera le regard critique du personnage interprété par Ariane Ascaride qui rendait les choses plus complexes et qui manque un peu ici. N'empêche : servie par Marilyne Canto, Cabrera réussit son portrait de femme à bout de nerfs, dont le modèle se trouve certainement dans Une Femme sous influence de John Cassavates avec Gena Rowlands.
Un bonus : la présence, dans chaque rôle, d'une tête connue, pas forcément une star, comme Jacques Boudet échappé de chez Guéguidian, Antoine Chappey de chez Oliveira, Olivier Gourmet de chez les Dardenne... A la suite de Pascal Thomas dans Mercredi,
folle journée, Dominique Cabrera réhabilite le second rôle et c'est tant mieux.

LUNDI.
Courrier. Carte postale du Maroc de N.

Santé scolaire. Lucie rentre de l'école avec une main écrasée par une semelle ennemie.

TV.
Fiesta (Pierre Boutron, France, 1995 avec Jean-Louis Trintignant, Grégoire Colin, Marc Lavoine, Dayle Haddon, Laurent Terzieff, Jean Davy, Françoise Christophe, Jean-Philippe Ecoffey, Jean-Louis Richard).
Octobre 1936. Rafael, 16 ans, quitte son collège religieux d'Arcachon : son père le réclame pour participer à la guerre civile d'Espagne. Rafael fait ses premières armes dans un peloton d'exécution sous les ordres du colonel Masagual.
Un an après Land and Freedom où Ken Loach montrait la guerre d'Espagne du côté des Républicains, Pierre Boutron présente la face franquiste du conflit. Sous les traits juvéniles de Grégoire Colin, Rafael fait un apprentissage douloureux : lui qui apprécie les religieux qui gouvernaient son collège doit, à son premier peloton, fusiller un prêtre (Terzieff). Il finira par se rebeller en délivrant une enfant de 15 ans promise à la mort avant de partir pour le front.
Le film est dominé par la figure de Trintignant qui incarne un colonel morphinomane autoritaire, cassant, misanthrope, sadique, qui organise chaque dimanche des exécutions publiques dans un cloître. Il malmène ses subordonnés, accepte la part abjecte qui lui est
dévolue dans le conflit mais avec lucidité : "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus cons."

MARDI.
Santé scolaire : Lucie sort de l'école avec une lèvre énorme, conséquence d'une chute. On dirait que cette fille n'a pas de chance.

Courrier. Je reçois Viridis Candela, n°5 des Carnets trimestriels du Collège de 'Pataphysique'.

Lecture. Paris-Athènes (Vassilis Alexakis, Fayard 1989).
Récit autobiographique.
Je remonte à contre-courant l'uvre de Vassilis Alexakis, après l'éblouissement qu'avait été pour moi, au printemps précédant la naissance de Lucie, la lecture de La langue maternelle. Alexakis aime bien parler de lui. Quand il se déguise sous le masque d'un narrateur, il choisit un masque transparent, comme dans Le coeur de Marguerite. Ici, c'est bien de lui qu'il s'agit. Il entreprend une fois encore de nous raconter ses rapports avec la Grèce et la France, qu'il habite alternativement, et surtout avec les langues de ces deux pays. A quelle langue appartient-on quand on parle français à ses enfants et grec à ses parents ?
Il est ainsi question de ses années d'enfance, de son départ pour la France, de son mariage raté, de ses livres, de Paris, de France Culture et des Papous auxquels il collabore, d'Athènes, de Lille, de Santorin, de Tinos. Alexakis aime à se donner une apparence de sceptique, de désabusé, de rêveur qui lui va à merveille et en fait, à mes yeux, un personnage extrêmement attachant.
Citation 1 : " Je lisais moins. Il faut croire que je cherchais dans les livres des autres les phrases que j'avais envie d'écrire, car à partir où j'entrepris de les rédiger moi-même, mon intérêt pour la lecture diminua. Je lus néanmoins Georges Perec et la plupart des San-Antonio."
Citation 2 : "Quand je ne sais pas trop quoi dessiner, je commence le plus souvent par tracer une ligne horizontale qui aboutit à un gouffre."
L'automne dernier, en réponse à un mot que je lui avais adressé, j'ai reçu un dessin de Vassilis Alexakis. On y voit un homme minuscule au bord d'une falaise, qui se penche pour scruter le gouffre.

MERCREDI.
Emplettes. Je trouve deux vieux Série Noire au marché.

TV. Stand by ( Roch Stéphanik, France, 2000 avec Dominique Blanc, Roschdy Zem, Jean-Luc Bideau, Patrick Catalifo, Rémi Martin).
Hélène se fait plaquer par son fiancé au moment où ils doivent partir pour Buenos-Aires. Elle décide de rester à l'aéroport et commence à se prostituer.
La caméra suit Hélène tout au long du film : pour exister, les personnages annexes doivent venir à sa rencontre (son fiancé qui, regrettant son geste vient la rechercher et veut l'emmener pour de bon cette fois en Argentine, le barman avec qui elle se lie d'amitié, sa sur qui tente de la ramener à la maison et à la raison, et bien sûr ses clients). Elle s'approprie peu à peu le lieu et ses codes, sa maîtrise de ses nouvelles occupations augmente en parallèle avec ses tarifs. Cette vie dans un univers impersonnel où ne résonnent que les appels et les messages des hôtesses semble lui convenir. Seulement arrive le moment où le spectateur se lasse un peu, lui, de tourner en rond dans Orly-Sud. Stéphanik n'ose pas conclure son film -peut-être parce que la fin est toute bête, qu'il n'y en a pas d'autre possible : Hélène retrouve le grand air- et rallonge inutilement la sauce.

JEUDI.
Santé scolaire. Lucie sort exceptionnellement indemne de l'école. Pour célébrer l'événement, Caroline l'emmène à la Fête. Alice malade, pas de crèche.

Courrier. Carte postale de l'île d'Yeu; Les Cahiers du cinéma d'octobre. J'envoie des coupures de presse à l'AGP et la nécrologie de M. Gouillart, notre professeur d'allemand au lycée, à F.

Emploi du temps. Je suis satisfait de ma nouvelle organisation : travail sur l'ordinateur (mail et oeuvres) le matin de 5h 50 à 6h 45, travail de bureau (oeuvres et écrits divers) de 18 à 19 h. Il semble que j'arrive à faire plus de choses que lorsque je procédais à l'inverse.

Cinéma. La Chambre des officiers (François Dupeyron, France, 2001 avec Éric Caravaca, Denys Podalydès, Grégori Derangère, Sabine Azéma, André Dussollier, Isabelle Renauld, Géraldine Pailhas, Jean-Michel Portal, Guy Tréjan, Catherine Arditi, Paul Le Person).
Le (beau) roman de Marc Dugain est impeccable pour une adaptation cinématographique : le thème du regard, une histoire d'amitié, une aventure sentimentale, dans un cadre historique qui se prête admirablement à la reconstitution. François Dupeyron livre un film très "qualité française", dans la lignée des Destinées sentimentales d'Olivier Assayas où le moindre détail est pris en compte : scènes de foule, scènes d'hôpital, scènes de rue, tout est parfaitement filmé, cadré, éclairé.
Le contenu, maintenant. J'avoue avoir été gêné par l'option choisie par le réalisateur entre le moment où Adrien, le jeune officier, subit son accident et le moment où il découvre son visage de "gueule cassée". Dupeyron filme soit en caméra subjective, soit en cadrant le personnage de dos de façon à ne pas dévoiler son visage. Il entretient ainsi une sorte de curiosité malsaine chez le spectateur qui se demande quand va lui être dévoilée la figure du monstre. Bien sûr il y a là la volonté de coller au personnage qui ne sait pas ce qu'est devenu son visage et qui brûle de le découvrir (j'ai le souvenir des sentiments qui se sont emparés de moi quand j'ai réussi à écarter les fils qui cousaient mes paupières devant la glace du cabinet de toilette de ma chambre à l'hôpital de Hyères) mais ce choix est plutôt pervers.
Heureusement, une fois passé ce cap, le film atteint une dimension beaucoup plus intéressante. Il s'agit, pour Adrien, d'accepter son visage, d'accepter celui de ses compagnons de chambre, puis de le faire accepter par les autres à l'extérieur. C'est ce
cheminement, ce lent basculement de la mort vers la vie qui donne son prix au film.

VENDREDI.
Alice toujours malade.

SAMEDI.
Alice toujours malade. L'anti-vomitif qu'elle ingurgite a sur elle des effets émétiques plutôt surprenants.
Lucie malade à son tour, mêmes symptômes.

Courrier. Je reçois le coffret des entretiens Robert Mallet-Paul Léautaud, le N°2 des Cahiers Georges Perec, un mot de remerciements de P.G. à la suite de la mort de son père, la réponse de France Télécom Mobiles à ma lettre concernant la sécurité et les portables. J'envoie ma cotisation à la Société des Amis de Marcel Proust.

TV. L'Homme des hautes plaines (High Plains Drifter, Clint Eastwood, U.S.A., 1973 avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Billy Curtis).
1870. Un étranger arrive à Lago, en Californie du Sud, abat trois malfrats, viole une femme et met le village à sa botte.
Il pèse en fait sur cette localité une honte collective concernant un épisode du passé : le shérif s'est fait torturer sans que quiconque ne lève le petit doigt pour lui venir en aide. On apprendra à la fin du film (dans sa version française, car la fin de la version originale reste ambiguë) que l'étranger est le frère du shérif défunt. Pour mener à bien son entreprise, il ne fait pas dans la dentelle, humiliant les hommes, séduisant les femmes, faisant peindre toutes les maisons en rouge, rebaptisant la ville "Hell".
Clint Eastwood reprendra plus tard son rôle de justicier énigmatique et solitaire dans Pale Rider. Ce n'est pas l'aspect de son oeuvre que je préfère. Ce n'est plus tard qu'il se débarrassera de l'influence de Sergio Leone et incorporera à son personnage les doses d'humour, d'humanité, de distance qui donneront des films plus réussis, jusqu'au chef-d'uvre que constitue Un Monde parfait.

DIMANCHE.
Caroline malade. Moi-même je ne me sens pas très bien. La guerre bactériologique a-t-elle commencé ? Ceci est peut-être mon dernier message. Bon dimanche aux survivants.