Notules dominicales 2007
 
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Notules dominicales de culture domestique n°330 - 2 décembre 2007

DIMANCHE.
Coin coin. "La rencontre a eu lieu ce week-end pour quatre-vingts représentants d'associations adhérentes venus des quatre coins de l'hexagone" (La Liberté de l'Est du jour).

TV. Avida (Benoît Delépine & Gustave de Kervern, France, 2006 avec Benoît Delépine, Gustave de Kervern, Eric Martin; diffusé ce mois sur Canal +).
Comme pour Aaltra des mêmes auteurs, la lecture du générique est un vrai bonheur avec une liste de personnages plutôt réjouissante dans laquelle on croise un picador suicidaire (interprété par Arrabal), un zoophile débonnaire, un chanteur de faïence, une armoire qui parle, une infirmière diaphane, un ermite goguenard, un pourvoyeur d'esclaves et un taxidermiste incompris.

Lecture. L'Analyse de la poésie (Jean-Michel Gouvard, Presses Universitaires de France, 2001, coll. Que sais-je ? n° 3618; 128 p., s.p.m.).
Je me suis un peu trompé en achetant ce livre, croyant y trouver des clés pour une analyse du texte poétique. Ce n'est pas exactement le propos de l'auteur. Celui-ci semble plutôt se consacrer à une analyse du genre poétique, ce qui n'est pas inintéressant pour autant. Bon, c'est sûr, pour faire tenir vingt-cinq siècles de poésie en cent vingt-huit pages, il faut jouer serré. Jean-Michel Gouvard s'en tient à trois époques essentielles, l'Antiquité, le romantisme et le XXe siècle en s'appuyant sur les éléments essentiels de chacune : la Poétique d'Aristote, les rapports entre la poésie et l'art rhétorique, les théories linguistiques des frères Schlegel, le formalisme russe et son dérivé, le structuralisme. C'est un peu plus ardu que les aventures de Harry Potter mais la clarté du propos, la rigueur de la construction et le souci didactique qui caractérisent les ouvrages de la collection donnent un résultat appréciable : on se surprend à suivre les développements proposés sans trop de mal et on apprécie de pouvoir associer quelques notions à des personnes qui n'étaient, dans l'esprit chétif du notulographe, que des noms : Aristote, Horace, Polivanov ou Jakobson. La reprise de l'analyse structurale proposée par ce dernier sur Les Chats de Baudelaire est l'occasion de découvrir un texte célèbre mais peu accessible. La réussite de Jean-Michel Gouvard donne envie d'aller voir de plus près son ouvrage sur la versification, publié aux P.U.F. en 1999.

LUNDI.
TV scolaire. Voyage au centre de la Terre (Journey to the Center of the Earth, Henry Levin, E.-U., 1959 avec Pat Boone, James Mason, Arlene Dahl; DVD Editions Atlas).

Vie immobilière. Signature d'un compromis de vente pour les nouveaux pénates. Il s'agit désormais de se mettre en quête d'un peu de fraîche. Le quinté de demain soir à Vincennes peut-être ?

MARDI.

Vie hippique. Vincennes ? Ce n'était pas une bonne idée.

TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2006-2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 10 & 11, diffusés jeudi dernier sur Jimmy).

MERCREDI.
TV. Les Gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels (Eric Assous, France, 2001 avec Isabelle Gélinas, Agnès Soral, Gad Elmaleh; diffusé ce mois sur Cinécinéma Premier).

JEUDI.
Vie musicale. Nous assistons en duo au concert de Laurent Voulzy au Palais des Congrès de Vittel. Après avoir écumé les grandes salles suite au succès de sa Septième vague, Voulzy racle les fonds de terroir : Saint-Avold, Dôle, Ludres, Vittel ce soir et Saint-Loubès (c'est où ?) demain pour la dernière. Ça sent la fin de tournée : mise en route difficile, lassitude sensible (ne pas oublier que l'homme se tape "Rock Collection" en rappel depuis 1977), approximations, monologues fatigués, avant que le métier ne refasse surface et finisse par emporter le morceau. Je reçois la dose de ce que j'attendais : des arrangements vocaux bien léchés, simples et efficaces, qui ont toujours fait mon miel. Pas des harmonies sophistiquées à la Double Six, juste des trucs de base, école Pills et Tabet, Charles et Johnny, Carter Family, Everly Brothers, Simon et Garfunkel. Pas un mot sur son collègue Fred Chichin mort il y a deux jours. Il faut dire que ce dernier n'a jamais été tendre avec ses confrères...

VENDREDI.
TV. 24 Heures chrono (24, série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Pater MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes 3 & 4 diffusés la veille sur Canal +).

SAMEDI.
Vie musicale. Deuxième escapade de la semaine, en quatuor et à Luxeuil cette fois, pour un concert de Karpatt. Karpatt est un des 3 698 groupes français qui font dans la java et le genre manouche. Comme les 3 697 autres, il est composé d'excellents musiciens qui jouent à cent à l'heure et frappent comme des forgerons sur des guitares qui ne se désaccordent jamais, ce qui me stupéfie à chaque fois. Ils ont aussi des atouts bien à eux : ils sont drôles, ils ont écouté Brassens dans leurs jeunes années, ça s'entend, et ils ont oublié d'emmener un accordéoniste en tournée.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°331 - 9 décembre 2007

DIMANCHE.
Lecture. Les Disparus de Saint-Agil (Pierre Véry, Gallimard, 1935, rééd. Librairie des Champs-Elysées, Les Intégrales du Masque, tome 1, 1992; 1024 p., s.p.m.).
Pierre Véry n'est déjà plus un débutant au moment où il écrit Les Disparus de Saint-Agil. Il a déjà six romans à son palmarès, dont Le Testament de Basil Crookes qui lui a valu le Grand Prix du Roman d'Aventures en 1930. Sa relative notoriété lui permet alors de changer de registre et de délaisser pour un temps le roman policier traditionnel pour un récit fortement teinté de souvenirs personnels et de nostalgie. Le pensionnat de Saint-Agil est en effet la copie de la pension Sainte-Marie où Véry fut élève, à Meaux, et membre de la société secrète des Chiche-Capon au sein d'un trio ici recréé pour la fiction. Tout n'est pas à sauver dans le livre, comme dans le film qu'en tira Christian-Jaque en 1938 d'ailleurs et qui a lui aussi un peu vieilli : la trame policière n'est guère solide, les péripéties guère crédibles. Mais le charme réside dans la peinture de la vie au pensionnat, les portraits des professeurs et surveillants, les souvenirs de dortoirs, de promenades, de pensums. En situant son roman à la fin de l'année scolaire 1913 - 1914, l'auteur laisse en outre peser un climat particulier dû à l'imminence de la déclaration de guerre, un climat proche de celui de l'époque de rédaction de son livre.

Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2006-2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 12 & 13, diffusés ces derniers jeudis sur Jimmy).
Attention, avec l'épisode 13, on entre dans l'inédit, le jamais diffusé. Le compte à rebours est commencé, plus que huit numéros après celui-là. Ça démarre très fort avec une partie de Monopoly qui se termine en pugilat homérique entre Tony Soprano et Bobby Bacala. Il est difficile de regarder cela sereinement car la question est là, la question qui taraude depuis qu'on sait qu'il n'y aura pas d'autre saison : qu'est-ce qu'on va devenir sans nos Soprano ?

LUNDI.
TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2006-2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 14 & 15, diffusés jeudi dernier sur Jimmy).

MARDI.

TV. Le Grand Meaulnes (Daniel Verhaeghe, France, 2006 avec Nicolas Duvauchelle, Jean-Baptiste Maunier, Clémence Poésy, Emilie Dequenne, Jean-Pierre Marielle; diffusé en octobre dernier sur Canal +).

MERCREDI.

Scène de garde. Ce matin, cinq heures, sonnette de garde. Un type, une vingtaine d'années, sur un scooter : "Bon sang, j'ai eu du mal à vous trouver, j'ai fait presque toutes les pharmacies de la ville." Caroline : "Vous n'êtes pas allé au commissariat ?" (c'est là que l'on donne les coordonnées de la pharmacie de garde pour la nuit) Le type : "Bourré comme je suis ?"

TV. Les Criminels (The Criminal, Joseph Losey, G.-B., 1960 avec Stanley Baker, Sam Wanamaker, Grégoire Aslan; diffusé ce mois sur Polar).

JEUDI.
Baptême. C'est mon premier scanner. Le côté 2001, Odyssée de l'espace me plaît beaucoup.

TV. 24 Heures chrono (24, série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Pater MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes 5 & 6 diffusés le soir même sur Canal +).

Lecture. Les Miscellanées culinaires de Mr. Schott (Schott's Food & Drink Miscellany, Ben Schott, Bloomsbury, Londres, 2003; Allia, 2007 pour la version française, adaptation et traduction de Boris Donné; 162 p., 15 €).
Chronique à rédiger pour La Liberté de l'Est.

Courrier. Je reçois ma carte d'Auditeur du Collège de 'Pataphysique, ornée de ma photo d'identité imaginaire et obligatoire sur laquelle j'apparais à mon avantage. Les règles sont très strictes : "Tout membre du Collège de 'Pataphysique doit porter cette carte sur lui de jour comme de nuit".

SAMEDI.
Football. SA Epinal - Jura Sud 2 - 1.

TV. Miami Vice - Deux flics à Miami (Miami Vice, Michael Mann, E.-U./Allemagne, 2006 avec Colin Farrell, Jamie Foxx, Gong Li, Naomie Harris, Luis Tosar; diffusé en octobre dernier sur Canal +).

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°332 - 16décembre 2007

DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. Je pars à la découverte du monument aux morts de Brouvelieures.

TV. La Chasse à l'homme (Edouard Molinaro, France, 1964 avec Jean-Claude Brialy, Claude Rich, Françoise Dorléac, Marie Laforêt, Catherine Deneuve, Marie Dubois, Bernadette Lafont, Francis Blanche, Bernard Blier, Mireille Darc, Micheline Presle, Michel Serrault, Jean-Paul Belmondo; diffusé ce mois sur Cinécinéma Classic).

LUNDI.
TV. Le Grand Raid (The Great Raid, John Dahl, E.-U./Australie, 2005 avec Benjamin Bratt, Joseph Fiennes, James Franco, Robert Mammone; diffusé ce mois sur Canal +).

MARDI.
TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 16 & 17, diffusés jeudi dernier sur Jimmy).

Lecture. Les Allongés (Deadfolk, Charlie Williams, Serpent's Tail, Londres, 2004; Gallimard, coll. Série Noire, 2007 pour la traduction française, traduit de l'anglais par Daniel Lemoine; 352 p., 21 €).
La Série Noire, depuis sa dernière transformation, a eu la bonne idée de puiser dans le vivier du polar britannique et en a rettiré des prises intéressantes : Ken Bruen, Jonathan Trigell, Adrian McKinty et, pour ce qui nous occupe aujourd'hui, ce Charlie Williams qui n'est pas le moins appétissant du lot. Ce premier roman met en scène Royston Blake, le caïd d'une petite ville anglaise, Mangel, videur de boîte de nuit dont l'auréole commence à s'effriter. On murmure dans la ville qu'il ne serait qu'un dégonflé, un fier-à-bras. Résolu à rétablir sa réputation, Royston Blake va se lancer dans une série d'initiatives plus désastreuses les unes que les autres qui vont le conduire au meurtre. Charlie Williams retrouve ici un thème, celui de l'homme pris dans un engrenage fatal, largement utilisé par ses prédécesseurs dans la Série Noire. On pense à William Irish, à Charles Williams (évidemment) et à ses histoires de petits Blancs du Sud mais aussi à des noms moins connus, les petits maîtres des années cinquante, Day Keene, Harry Whittington, des gens comme ça qui produisaient des titres à la chaîne avec un art du récit imparable. On pense à des auteurs américains parce que l'ambiance créée est semblable à celle d'une petite ville des Etats-Unis avec ses clans, ses jalousies, ses gloires locales, ses impasses ("Personne ne quitte Mangel" apparaît comme le leitmotiv du livre), mais aussi à cause de l'écriture sans fioritures, directe, et du rythme imposé au récit, sans temps mort : Royston Blake dévale la pente à grande vitesse, sans avoir le temps de réfléchir ou de se retourner. C'est peut-être un hommage, un exercice de style, après tout, le fait d'écrire comme un petit maître américain des années cinquante n'est peut-être pas un titre de gloire. En tout cas, c'est particulièrement réussi même si l'histoire a du mal à se terminer. Pour le prochain livre, deux cent cinquante pages, pas plus, ce sera parfait.

MERCREDI.

TV. Rendez-vous au tas de sable (Didier Grousset, France, 1990 avec Richard Gotainer, Thierry Fortineau, Ged Marlon, Jean-Claude Leguay; diffusé ce mois sur Cinécinéma Star).

Lecture. Cadavres sur cadavres. Emotions à jet continu (Albert Humbert, in La Lanterne de Boquillon, 1869, rééd. chez Patrick Fréchet éditeur, 2005; 56 p., s.p.m.).
S'il est aujourd'hui totalement oublié, Albert Humbert, né à Vesoul en 1835, a tout de même publié quelque soixante-quinze titres au cours de sa carrière. Mais c'est surtout comme directeur de journal qu'il se fit connaître à son époque, grâce à sa Lanterne de Boquillon, publication anticléricale et antimilitariste que lisait un certain Arthur Rimbaud et qui connut tout de même des tirages de plus de 150 000 exemplaires dans les années 1870. C'est dans son journal dont il était l'unique rédacteur et illustrateur qu'il fit paraître, en 1869, Cadavres sur cadavres, une parodie de roman feuilleton que ressort aujourd'hui le libraire Patrick Fréchet, devenu éditeur pour l'occasion (à petite échelle, 300 exemplaires), avec une préface de François Caradec dont sont issues les informations ci-dessus. C'est une histoire médiévale dans laquelle on rencontre des brigands, un alchimiste, un homme sans tête, un bossu, un abonné du Petit Journal et, bien sûr, une flopée de cadavres que l'auteur renonce à compter au bout de quelques pages (il faut dire qu'on en est déjà au quatre-vingt-quinzième). Humbert mêle à son récit débridé des allusions à l'actualité du moment et des clins d'oeil au genre qu'il parodie, Ponson du Terrail apparaissant comme sa tête de Turc préférée. Les titres de chapitres sont particulièrement soignés ("Où l'inouï ruisselle à chaque ligne"), de même que les transitions d'un chapitre à l'autre : "Quelle sombre tragédie se prépare donc ? C'est ce que le chapitre suivant nous apprendra, à moi comme à vous, car je n'en sais pas encore le premier mot"; "Il prit en croupe Mathieu Bringuenille et son cadavre, et tourna la tête de son cheval du côté du chapitre suivant".
Extrait. "Et maintenant, ce qui prouve bien que l'appétit vient en mangeant, son plus grand désir était de faire agréer son coeur, sa bosse et sa main à la belle Odette, nièce et pupille du très redouté seigneur Falcium Pied-de-Fer.
Celle-ci était l'unique enfant de très-haut et très-puissant sire Agilulf Bonnes-Mains et de noble dame Eddeline File-Etoupe, morts tous deux à la fleur de l'âge, quatre ans avant la naissance de leur fille."

JEUDI.
Charcuterie fine. Je confie mon âme au Très Haut, les clés de l'auto à Caroline et mon oneille gauche à la chirurgie cervico-faciale.

TV. 24 Heures chrono (24, série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Pater MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes 7 & 8 diffusés le soir même sur Canal +).

VENDREDI.
Vie littéraire. La Faculté, consciente du fait que ma physionomie à la Elephant Man risquait de m'attirer les lazzi de mes élèves et collègues, m'a consigné at home. J'en profite pour rédiger et envoyer ma chronique destinée à Histoires littéraires. Il me reste du temps à consacrer à la lecture. Un petit tour dans les étagères : L'Oreille cassée (Hergé), L'Homme à l'oreille cassée (Edmond About) ou L'Homme à l'oreille croquée (Jean-Bernard Pouy) ?

TV. La Californie (Jacques Fieschi, France, 2006 avec Nathalie Baye, Roschdy Zem, Ludivine Sagnier, Mylène Demongeot, Radivoje Bukvic; diffusé en novembre dernier sur Canal +).

SAMEDI.
Vie auriculaire. Je laisse à un praticien le soin d'ôter mon pansement et constate l'étendue des dégâts. Je mettrai un bonnet pour faire cours lundi.

Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

Vie sociale. Les H arrivent pour la croûte. Lui est le seul homme que je connaisse capable de raconter une grille de mots croisés.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°333 - 23 décembre 2007

DIMANCHE.
TV. Football. CSC Cayenne - SA Epinal 1 - 3 (en différé sur France Ô).
Là, j'avoue que j'ai eu du mal à y croire et que j'ai failli me pincer ce qui me reste d'oreille pour m'assurer que je ne rêvais pas : le SAS à la télévision, presque en direct, pour un 64e de finale de la Coupe de France, du jamais vu. Un événement qui a dû mobiliser une bonne douzaine de téléspectateurs en métropole. Bien sûr, c'est du rustique, avec une caméra plantée à dix-huit kilomètres du terrain, on y voyait encore moins qu'à la Colombière mais tout de même. Et puis les commentaires incroyablement élogieux sur cette équipe "bien organisée" avec "deux attaquants remarquables" (surtout si l'on sait qu'ils doivent en être à trois buts marqués à eux deux en quinze matches de championnat) dont l'un est "un véritable petit Benzema". Avec ça, on est outillé pour caramboler le PSG qui viendra à Epinal pour le prochain tour.

Lecture. Minnie. Une affaire classée (Minnie oder ein Fall von Geringfügigkeit, Hans Werner Kettenbach, Diogenes Verlag AG, Zürich, 1984; Christian Bourgois, 2005 pour la traduction française, traduit de l'allemand par Olivier Mannoni; 252 p., 23 €).
Un petit polar, tout petit même, écrit à distance avec un Baedeker sur les genoux. Le Sud (Tennessee, Georgie) dans lequel un avocat d'affaires spécialisé dans la country music se déplace avec une mystérieuse voiture aux trousses se résume à une collection de clichés éculés. Ballotté de motels douteux en prisons crasseuses, le pauvre bougre se démène pour échapper aux griffes d'un shérif brutal et raciste, genre Rod Steiger dans le film Dans la chaleur de la nuit en beaucoup moins réussi. On ne croit pas une seconde à la machination bancale qui sert de trame à l'histoire et on se demande pourquoi les éditions Bourgois ont décidé de traduire, vingt ans après sa sortie, ce livre qui ressemble à un Fleuve Noir de série des années cinquante. Le Krimi de langue allemande a sûrement produit des choses plus intéressantes depuis.

LUNDI.
Mickey. "Le président Sarkozy s'affiche à Eurodisney au bras d'une créature" (les gazettes). Quand on connaît leurs loisirs, on comprend pourquoi certains n'ont que le mot travail à la bouche.

TV. Cinq tulipes rouges (Jean Stelli, France, 1949 avec René Dary, Suzanne Dehelly, Raymond Bussières, Jean Brochard; diffusé ce mois sur Cinécinéma Classic).

MARDI.
Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

Lecture. A l'agité du bocal et autres textes (Louis-Ferdinand Céline, Les Cahiers de l'Herne n° 3 & 5, 1963, 1965, 1972; rééd. Editions de l'Herne, coll. Carnets, 2006; 96 p., 9,50 €).
L'Herne plonge dans ses cahiers pour trouver matière à remplir des carnets, pourquoi pas. La collection compte déjà plusieurs numéros consacrés à Derrida, Ricoeur, Cioran, Dostoïevski... Pour Céline, c'est une réunion de petits textes plus ou moins oubliés ou oubliables, en tout cas pas toujours faciles d'accès. Si je connaissais les Carnets du cuirassé Destouches, déjà publiés à la suite de Casse-pipe me semble-t-il, je ne connaissais A l'agité du bocal que de réputation. Destiné à Jean-Paul Sartre, auteur d'un Portrait d'un antisémite paru dans Les Temps modernes en 1945, ce texte donne une bonne idée de la tendresse dont Céline pouvait faire preuve quand on le chatouillait ("Satanée petite saloperie gavée de merde, tu me sors de l'entre-fesses pour me salir au-dehors" etc.). Le reste contient une préface inédite à la thèse de Céline sur le docteur Semmelweis, une autre préface sans grand intérêt, un entretien dans lequel l'auteur revient sur les éléments autobiographiques de Mort à crédit et surtout un beau texte écrit pour présenter le livre d'Albert Serouille sur Bezons à travers les âges (1944) : "Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle ? Personne. Abrutie d'usines, gavée d'épandages, dépecée, en loques, ce n'est plus qu'une terre sans âme, un camp de travail maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris "le coeur de la France", quelle chanson ! quelle publicité ! La banlieue tout autour qui crève ! Calvaire à plat permanent, de faim, de travail, et sous bombes, qui s'en soucie ? Personne, bien sûr. Elle est vilaine et voilà tout. Les dernières années n'ont pas arrangé les choses. On s'en doute. Banlieue de hargne toujours vaguement mijotante d'une espèce de révolution que personne ne pousse ni n'achève, malade à mourir toujours et ne mourant pas." C'est tout de même autre chose que ce qu'il écrivait ailleurs à l'époque...

TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 18 & 19, diffusés ces derniers jeudis sur Jimmy).

MERCREDI.
TV. Les Soprano (série américaine de David Chase, 2007 avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes ultimes, diffusés jeudi dernier sur Jimmy).
On se demandait bien comment cela allait finir pour Tony Soprano. Paisible retraité, truffé de plombs sur le parking du Bada Bing, lesté d'un bloc de ciment au fond de l'East River, pensionnaire d'une prison d'Etat ? Rien de tout ça. Le cut final est à l'image de la série, magistral.

JEUDI.
Nul si découvert. J'étais pourtant sûr d'avoir trouvé une bonne cachette pour mes cadeaux de Noël.

TV. 24 Heures chrono (24, série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Pater MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes 9 & 10 diffusés le soir même sur Canal +).

VENDREDI.
Vie auriculaire. C'est aujourd'hui qu'on ôte les fils chirurgicaux qui assurent l'équilibre de mon étagère à mégots. Leçon de la semaine : ne jamais se faire taillader l'épiderme exposé à l'air libre quand la température extérieure est de - 10°. A l'intérieur, les courants d'air sont aussi redoutables : cette nuit, la gerbille a bien failli mourir d'hypothermie.

Vie scolaire. Repéré sur le bulletin trimestriel d'Alice : "Item 27. S'intéresser aux traces du passé, lors d'une sortie au monument aux morts : Acquis." Le contraire eût tout de même été étonnant.

TV. L'Homme de sa vie (Zabou Breitman, France, 2006 avec Bernard Campan, Léa Drucker, Charles Berling, Jacqueline Jehanneuf; diffusé en octobre dernier sur Canal +).

SAMEDI.
TV. L'Affaire Nina B. (Robert Siodmak, France/Allemagne, 1961 avec Nadja Tiller, Pierre Brasseur, Walter Giller; diffusé ce mois sur Ciné Polar).

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°334 - 30 décembre 2007

DIMANCHE.
Obituaire. "Je me souviens que Julien Gracq était professeur d'histoire au Lycée Claude-Bernard" (Georges Perec, Je me souviens, Jms n° 262).

Lecture. Le Mystère de Big Bow (The Big Bow Mystery, Israel Zangwill, paru en feuilleton dans The London Star, 1891; première traduction française dans Hollywood Story, anthologie de Stéphane Bourgoin, Super Poche, Fleuve Noir, 1993, rééd. dans Mystères à huis clos, Omnibus, 2007, traduit de l'anglais par Jean-Paul Schweighaeuser; 1148 p., 27 €).
Les spécialistes (Claude Mesplède et Jean Tulard dans leurs dictionnaires respectifs, Romain Brian dans son enquête sur le genre parue dans la revue Temps Noir en 2002, Roland Lacourbe dans la préface à ce recueil) s'accordent sur ce point : Le Mystère de Big Bow peut être considéré comme le premier roman mettant en scène un meurtre en chambre close, si on laisse de côté Le double assassinat dans la rue Morgue qui n'était qu'une longue nouvelle et quelques épisodes du genre mis en scène par Dumas ou Balzac. Zangwill, qui fait ainsi le lien entre Edgar Poe et Gaston Leroux, imagine donc une enquête sur le meurtre d'un homme retrouvé la gorge tranchée dans une chambre fermée de l'intérieur. La solution qu'il propose a certes été réutilisée depuis avec plus de brio et d'efficacité mais l'histoire du polar a retenu son rôle de pionnier. Ce n'est d'ailleurs pas le seul intérêt du livre car Zangwill était aussi un écrivain humaniste, attaché à dépeindre la communauté juive londonienne. Sa conscience de classe (la victime du Mystère de Big Bow est un militant syndicaliste et l'enquête se déroule dans les milieux ouvriers) lui valut d'ailleurs le surnom de "Dickens juif". Il faudrait maintenant voir le film (Le Verdict) que Don Siegel a tiré du livre en 1945 avec Peter Lorre et Sydney Greenstreet.

Itinéraire patriotique départemental. Découverte du monument aux morts de Brû, le nom le plus court pour une commune des Vosges.

LUNDI.
Vie musicale. Les préparatifs de Noël se déroulent au son des chansons d'Antonio Lachance, le barde de Saint-Robert-Bellarmin dont le disque Guy, chauffe la truie est arrivé samedi en provenance du Québec.

MARDI.
Poème de circonstance.

NOËL

Petit Jésus qu'il nous faut être
Si nous voulons voir Dieu le Père,
Accordez-nous d'alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire
Qu'une étable et sans compagnie
Qu'un âne et qu'un buf, humble paire;

D'avoir l'ignorance infinie
Et l'immense toute-faiblesse
Par quoi l'humble enfance est bénie;

De n'agir sans qu'un rien ne blesse
Notre chair pourtant innocente
Encor même d'une caresse,

Sans que notre il chétif ne sente
Douloureusement l'éclat même
De l'aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,
Sans éprouver aucune envie
Que d'un long sommeil tiède et blême...

En purs bébés que l'âpre vie
Destine - pour quel but sévère
Ou bienheureux ? - foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire ?

Paul Verlaine, Liturgies intimes

TV. Love Song (A Love Song for Bobby Long, Shainee Gabel, E.-U., 2004 avec John Travolta, Scarlett Johansson, Gabriel Macht, Deborah Kara Unger, Dane Rhodes; diffusé en octobre dernier sur Canal +).

MERCREDI.
TV. Les Moissons du ciel (Days of Heaven, Terrence Malick, E.-U., 1978 avec Richard Gere, Brooke Adams, Sam Shepard; diffusé ce mois sur Cinécinéma Culte).

JEUDI.
Lecture. A l'ombre des jeunes filles en fleurs (Marcel Proust, éditions de la Nouvelle Revue Française, Gallimard, 1918; rééd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 100, 1954, édition établie et présentée par Pierre Clarac et André Ferré; 1012 p., s.p.m.).
Relecture.
A chaque fois c'est pareil. Je me lance dans la Recherche, Du côté de chez Swann m'enchante, je poursuis sur ma lancée, A l'ombre des jeunes filles m'éblouit et me donne envie de revenir au point de départ, alors je recommence et ainsi de suite. Je ne me suis aventuré qu'une fois du côté de Guermantes, je m'y suis un peu ennuyé, je n'y suis jamais retourné, je ne suis jamais allé plus loin. Les deux premiers volets, le va-et-vient entre Combray et Balbec, entre Gilberte et Albertine me suffisent, me comblent. Mon Proust est mon Pléiade le plus patiné, la couverture est devenue si souple que je peux presque le plier en deux, il est plein de marque-pages et de coups de crayon, de passages soulignés ("Les '"quoique" ne sont jamais que des "parce que" méconnus"; "Ce n'est jamais qu'à cause d'un état d'esprit qui n'est pas destiné à durer qu'on prend des résolutions définitives"; "Il n'y a presque pas un des gestes qu'on a faits alors [c.-à-d. à l'adolescence], qu'on ne voudrait plus tard abolir. Mais ce qu'on devrait regretter au contraire, c'est de ne plus posséder la spontanéité qui nous les faisait accomplir"; "Il n'y a pas d'homme si sage qu'il soit [...] qui n'ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir lui soit désagréable et qu'il souhaiterait être aboli. Mais il ne doit pas absolument le regretter, parce qu'il ne peut être assuré d'être devenu un sage, dans la mesure où cela est possible, que s'il a passé par toutes les incarnations ridicules et odieuses qui doivent précéder cette dernière incarnation-là", je ne puis dire ici ce que ces dernières phrases signifient pour moi en termes d'apaisement et de soulagement quand je les superpose à mon parcours personnel). Ma lecture est à chaque fois une lecture contingentée, dix pages par jour, pas plus, de peur de perdre toute envie de lire autre chose. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'écrivais lors de ma lecture précédente en 2002 (notules n° 85) : "Proust a tout compris et tout su traduire en mots de l'âme humaine. Quiconque a eu un jour une enfance, un père, une mère et un amour ne peut qu'être ébloui par la justesse et la finesse de ses analyses des sentiments." Allez, c'est décidé, demain j'attaque Le Côté de Guermantes.

TV. 24 Heures chrono (24, série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Peter MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes 11 & 12 diffusés le soir même sur Canal +).

VENDREDI.
Lecture. Régime sec (Olivier Bordaçarre, Fayard, 2008; 480 p., 22  €).
Compte rendu à rédiger pour La Liberté de l'Est.

TV. Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors, Woody Allen, E.-U., 1989 avec Martin Landau, Woody Allen, Mia Farrow, Sam Waterston, Anjelica Huston; diffusé en novembre dernier sur Canal +).

SAMEDI.
Lecture. Histoires littéraires n° 25 (janvier-février-mars 2006, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 256 p., 20 €).
Revue trimestrielle consacrée à la littérature française des XIXe et XXe siècles.
On découvre en entrée l'intérêt de Jean Cocteau pour Mallarmé à travers un échange de lettres avec un certain Charles Chassé, auteur en 1954 d'un ouvrage intitulé Les Clefs de Mallarmé qu'il serait peut-être intéressant de rechercher, même si, paraît-il, les thèses qu'il y défend sont aujourd'hui dépassées. Henry Phillips signe un article intéressant sur les actrices et la religion au début du XXe siècle, donnant en exemple de surprenantes conversions et de spectaculaires prises de voile. Laurence Chaffin fait découvrir une femme de lettres oubliée, Zénaïde Fleuriot (1829-1890), dont le premier roman, Souvenirs d'une douairière, allait donner le départ d'une importante carrière dans la littérature de jeunesse : 83 ouvrages parus, notamment dans la Bibliothèque rose illustrée, dont certains réédités plus d'une dizaine de fois pour des dizaines de milliers d'exemplaires. "Une grande majorité des jeunes filles des milieux catholiques et bourgeois, nées dans la deuxième moitié du XIXe siècle, furent élevées, pour paraphraser l'expression de monseigneur Dupanloup "sur les genoux" de Zénaïde Fleuriot et influencées par les personnages féminins de ses romans." L'entretien du trimestre concerne Michel Butor, qui a bien du mérite à s'y retrouver dans les 1050 titres qui figurent à son catalogue. Comme d'habitude, la chronique des ventes et des catalogues recèle quelques merveilles comme une lettre de Théophile Gautier à Paul de Saint-Victor ("A Paris, j'emprunterai à quelque Shylock contre une livre de ma chair la somme qu'il [Buloz, fondateur de La Revue des Deux Mondes] réclame, car jamais je ne ferai une ligne de copie contre un être qui a eu envers un galant homme des procédés pareils et quand il sera payé je sacrifierai pour lui donner un coup de pied au cul une vieille botte que je brûlerai ensuite") et ce tract situationniste antifranquiste de 1964, où l'on voit paraît-il une hôtesse de l'air nue, allongée sur une plage et déclarant en espagnol : "Il n'y a rien de mieux que de baiser avec un mineur asturien. Eux, au moins, ce sont des hommes !"). Enfin, dans une revue qui ne manque jamais d'épingler les étourderies chez les autres, on ne ratera pas la bourde d'un chroniqueur qui transforme Une ville flottante, de Jules Verne, en Une île flottante. A ce sujet, j'ai eu quelque surprise à constater que certaines coquilles que j'avais relevées dans le Dictionnaire du roman policier de Jean Tulard avaient été corrigées à l'impression, ce qui rend mon compte rendu un rien bizarre.

Sésame. J'achète deux places pour le match Épinal - Paris Saint-Germain. Deux belles places réservées à mon nom, sans faire la queue. C'est bien la première fois que mon statut d'abonné me vaut autre chose que des sarcasmes.

TV. Le Souffle au coeur (Louis Malle, France, 1971 avec Lea Massari, Benoît Ferreux, Daniel Gélin, Michael Lonsdale; diffusé ce mois sur Cinécinéma Star).

Bon dimanche.