Notules dominicales
de culture domestique n°326 - 4 novembre 2007 DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental.
Je m'y remets enfin. Il faut dire que la perspective d'aller à Brancourt,
contrainte alphabétique oblige, m'a longtemps retenu : Brancourt n'est
même pas une commune, juste un écart (mais figurant dans la liste
du calendrier des Postes, autre contrainte) situé à plus de quatre-vingts
kilomètres d'ici. Bref, c'était le chou blanc assuré. Mais
la fortune sourit parfois aux compilateurs audacieux : 
TV.
Le Vent se lève (Ken Loach, G.-B./Irlande/Allemagne, 2006 avec Cillian
Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald, Mary O'Riordan; diffusé
en septembre dernier sur Canal +). LUNDI. Courrier.
Arrivée d'un magnifique drap de bain siglé "Bons Mayennais"
récompensant la consommation de quatre-vingts camemberts de la marque.
TV. Une affaire de femmes (Claude
Chabrol, France, 1988 avec Isabelle Huppert, François Cluzet, Nils Tavernier,
Marie Trintignant; diffusé en octobre dernier sur Cinécinéma
Émotion). MARDI. TV.
Football. Olympique de Marseille - FC Metz 2 - 2 après prolongation, Marseille
vainqueur aux tirs au but (en direct sur France 2). MERCREDI.
Vie de comptoir. Pendant les vacances, comme
celles qui nous occupent en ce moment, j'aime bien donner un coup de main à
la pharmacie. Comme je ne sais rien faire dans la boutique proprement dite, je
fais le coursier, il y a de temps en temps des produits à échanger,
à livrer, à retirer auprès des autres officines de la ville.
Et quand je dis je fais le coursier, je le fais à fond : je prends mon
vélo et mon air le plus benêt, j'arrive ahanant, avec mon petit sac
à dos, chez le potard visé et je m'annonce : "C'est le coursier
de la pharmacie Didion", le genre de phrase qui donne une idée de
la dimension de l'entreprise à laquelle j'appartiens. Je ne crains pas
d'être démasqué, je n'ai jamais fréquenté le
milieu, personne ne me connaît. De toute façon, le pharmacien n'est
jamais là. Il n'y a qu'ici où je vois le titulaire au comptoir.
Ailleurs, je n'ai pratiquement jamais vu un pharmacien s'abaisser à servir
un client, je ne sais pas où ils sont, je ne sais pas ce qu'ils font, s'ils
sont occupés à compter leurs sous ou leurs boîtes, à
roupiller devant la télé ou à faire des réussites
sur leur ordinateur, mais ils ne sont pas là. En général,
j'ai droit à la valetaille en blouse, ou, comme aujourd'hui, à la
préparatrice en chef qui, du haut de ses trente-cinq ans de comptoir, me
toise d'un air méfiant comme si j'allais lui chouraver ses Pulmoll. Si
j'avais un béret, je le tortillerais nerveusement entre mes doigts en baissant
la tête. Quand j'ai fini mon affaire, je remonte sur mon vélo et
je repars en rigolant. J'adore ça. TV.
Danse avec lui (Valérie Guignabodet, France, 2006 avec Mathilde Seigner,
Sami Frey, Jean-François Pignon; DVD Studio Canal). JEUDI.
Itinéraire patriotique départemental.
Pas de monument visible à Brantigny. D'après l'indigène interrogé,
il y aurait une plaque dans l'église. Fermée. J'essaierai de revenir
le 11 novembre. TV. Les Soprano
(série américaine de David Chase, avec James Gandolfini, Edie
Falco, Lorraine Bracco; saison 6, épisodes 1 & 2, diffusés le
soir même sur Jimmy). C'est une révision puisque Jimmy a déjà
diffusé le début de cette dernière saison au printemps mais
la révision, comme la relecture, est toujours enrichissante. Ne serait-ce
que pour constater l'évolution du vocabulaire américain. Témoin
cette phrase prononcée pour commenter le coup de feu tiré par Uncle
Junior sur Tony Soprano : "He marvingayed his own nephew !"
VENDREDI. Vie familiale. Visite
fraternelle en provenance de Bruxelles. Lecture.
Argent facile (Money for Nothing, Donald Westlake, 2003; Payot &
Rivages, coll. Rivages/Thriller, 2007 pour la traduction française, traduit
de l'américain par Mathilde Martin; 288 p., 18,50 €). C'est
un Westlake en petite forme qui raconte cette histoire d'agent secret dormant
- et ignorant de ce statut - soudain réactivé par les services secrets
d'une puissance étrangère non identifiée pour participer
à l'organisation d'un meurtre politique. Un Westlake hésitant, plus
exactement, oscillant entre le ton décalé qui lui réussit
habituellement si bien et qui convenait parfaitement au thème traité
(un type dépassé par des événements qu'il ne peut
contrôler ni même comprendre) et le récit classique d'une aventure
d'espionnage obéissant aux règles du genre. C'est cette deuxième
voie qui finit par l'emporter, après une mise en place assez réjouissante
où l'absurde vient égayer la situation tragique du héros.
Or, on n'a pas vraiment besoin de Westlake dans ce genre de récit, il y
a bien d'autres auteurs plus à l'aise que lui dans ce registre traditionnel.
On attendra donc qu'il revienne à son domaine de prédilection, un
polar plus décalé, plus personnel, propre à susciter une
lecture moins ronronnante. SAMEDI. TV.
Desperate Housewives (série américaine de Marc Cherry, 2007
avec Eva Longoria, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Marcia Cross; saison 3, épisodes
18 & 19 diffusés jeudi sur Canal +). Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°327 - 11 novembre 2007 DIMANCHE.
Lecture. Entre chien et loup (André
Blanchard, Le Dilettante, 1989, rééd. 2007; 128 p., 14 €).
"Carnets, avril - septembre 1987" C'est le premier volume des carnets
de Blanchard dont le même Dilettante reprit la publication au début
de cette année, après plusieurs volets parus dans des maisons moins
bien exposées, avec Contrebande qui fit l'objet d'une notule en
avril dernier. Le premier constat que l'on peut faire, c'est que l'auteur est
plus intéressant aujourd'hui qu'il ne l'a été à ses
débuts. Les notes rassemblées ici ne sont pas toutes d'un intérêt
capital, loin s'en faut. Aphorismes bas de plafond, impressions de lectures peu
enthousiasmantes (Jules Renard, Calaferte), réflexions convenues sur l'écriture,
la vie, la mort et ce qu'il y a autour. On ne trouve pas les coups de griffe,
les choses vues à la galerie de Vesoul dont il deviendra le gardien, les
réflexions littéraires, on ne fait que déceler l'amertume
qui donnera naissance au spleen bien évoqué dans Contrebande.
C'est normal, l'écrivain n'est pas encore à maturité, sans
doute aurait-il fallu lire les volumes dans l'ordre chronologique pour suivre
son évolution. Par ailleurs, malgré son goût affirmé
pour le style, Blanchard ne séduit pas par son écriture. Ses phrases
s'entortillent sur elles-mêmes sans que la lumière en jaillisse à
tout coup et on songe ici à d'autres carnets, ceux de Pierre Bergounioux
qui, avec le même parti pris de complexité syntaxique, réussit
le miracle d'être toujours limpide. Courriel.
CD suggère de traduire le verbe "to marvingaye", signalé
dans les dernières notules par son équivalent français "fragsonner",
en souvenir de Harry Fragson, chanteur de la Belle Époque lui aussi revolvérisé
par son paternel. On pourrait d'ailleurs voir ici l'ébauche d'un chantier
lexicographique intéressant qui consisterait à chercher des néologismes
verbaux illustrant la mort violente de personnages célèbres. On
pourrait commencer chronologiquement par le verbe "eschyler" dans le
sens de "lâcher d'une certaine hauteur une tortue sur le crâne
d'un homme de lettres dans un but homicide". Ex. "Bernard-Henri Lévy
s'est fait eschyler par Henri Guaino en passant sous les fenêtres de l'Élysée".
Patrimoine familial. Visite d'une exposition
à Longchamp, un village situé à moins de dix kilomètres
d'Épinal et berceau de la famille, côté paternel. La chose
étant intitulée "Exposition sur les vieilles familles de Longchamp
et de Vaudéville", on comprendra mon intérêt pour un
événement somme toute très local, ne serait-ce que pour voir
la photo d'un grand-père que je n'ai pas connu. 
TV.
Football. Toulouse FC - FC Metz 0 - 0 (en direct sur Canal + Sport).
Les Soprano (série américaine
de David Chase, avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco; saison 6,
épisode 3, diffusé jeudi dernier sur Jimmy). LUNDI.
TV. Trois camarades (Three Comrades,
Frank Borzage, E.-U., 1938 avec Robert Taylor, Margaret Sullavan, Franchot Tone,
Robert Young; diffusé en octobre dernier sur TCM). MARDI.
Vie automobile (avec débris). Aujourd'hui
est programmée une virée en quatuor vers Nancy, histoire d'éponger
quelques excédents de PMU. Nous touchons presque au but quand, à
la hauteur de Flavigny, un quatre fois quatre déboule d'une bretelle d'accès,
nous harponne et nous envoie dinguer contre la glissière centrale de sécurité.
L'auto rebondit, retrouve l'équilibre et un semblant de trajectoire, tout
cela se déroule à cent dix à l'heure, c'est assez impressionnant
mais il ne faut pas mollir car le Ned Land local a l'air de vouloir se carapater.
L'air seulement, il s'arrête un peu plus loin. Il ne nous avait pas vus.
Tu parles, planqué derrière son pare-buffle, tranquille dans sa
tourelle de tank, je veux bien le croire. Enfin bon, on ne va pas se fâcher,
on est déjà assez surpris d'être encore entiers. Après
le constat, nous gagnons enfin la ville que nous investissons avec des jambes
en flanelle et un appétit de survivants. Retour sans encombre, démarches
auprès de l'assurance et du garage avant d'accueillir L., en provenance
de Haute-Savoie. On a quand même bien failli ajouter un verbe au lexique
entamé dimanche. MERCREDI. TV.
Selon Charlie (Nicole Garcia, France, 2006 avec Jean-Pierre
Bacri, Vincent Lindon, Benoît Magimel, Benoît Poelvoorde; diffusé
en octobre dernier sur Canal +). JEUDI. Cinéma.
L'Île de Black Mor (Jean-François Laguionic, France, 2004,
vu dans le cadre de l'opération Collège au cinéma).
A l'américaine. C'est JS, notulien
québécois, qui m'écrit : "Avec la visite de votre président
j'entends aux infos sur une chaîne de télé américaine
(ABC) : « The one the French call : Sarko the American ». Et le même
jour sur TV5, aux infos de TF1 : « Celui que les Américains appellent
: Sarko l'Américain ». Faudrait savoir à qui ce surnom fait
le plus plaisir..." Lecture.
Drive (James Sallis, Poisoned Pen Press, 2005; Payot & Rivages, coll.
Rivages/Noir n° 613, 2005 pour la traduction française, traduit de
l'américain par Isabelle Maillet; 176 p., 6,9 €). James Sallis
dédie son livre à "Ed McBain, Donald Westlake et Larry Block,
trois grands écrivains américains". L'homme a du goût,
c'est certain. De là à arriver à la cheville de ses maîtres,
il y a un pas qu'il n'est pas encore en mesure de franchir si l'on en croit ce
petit polar assez creux dans lequel les rares péripéties sont relatées
d'une façon tellement décousue qu'on a peine à y trouver
un quelconque intérêt. Il y a bien un personnage central, cascadeur
de jour et truand de nuit qui, par sa froideur et son mutisme, rappelle le Parker
de Richard Stark (alias Donald Westlake) mais on peut préférer l'original
à la copie. Maintenant, s'il ne s'agissait que de faire des gammes en attendant
de se lancer sur quelque chose de plus consistant, on veut bien attendre la suite.
VENDREDI. Vie parisienne. C'est
aujourd'hui que se tient, au Centre culturel canadien, le XIe Colloque des Invalides.
Je remarque tout d'abord avec satisfaction que l'effectif notulien a doublé
par rapport aux éditions précédentes, et ce grâce à
la seule présence d'AZ. L'intitulé de l'édition 2007 est
"Curieux curiosa", un thème qui m'intrigue dans la mesure
où je me suis longtemps mépris sur le sens du mot curiosa.
Lorsque je fus amené à prendre les rênes du Bulletin de l'Association
Georges Perec, j'avais voulu y apporter une petite touche personnelle en ajoutant
aux rubriques habituelles qui faisaient l'ordinaire de la publication une section
destinée à rassembler des informations décalées, un
peu à part, un peu moins sérieuses que ce qu'on trouvait dans les
autres pages : l'existence d'une boutique de jeux lyonnaise à l'enseigne
de "L'Envie mode d'emploi", la découverte d'un auteur appelé
Perec Zylberstein, le lancement d'un parfum nommé "Je me souviens",
ce genre de choses. Comme elle traitait de choses curieuses, j'avais ingénument
titré cette rubrique "Curiosa", ce qui m'avait valu un
sec renvoi à la définition du mot telle qu'on la trouve dans les
bons dictionnaires : "terme de collectionneur et de bibliophile, désignant
les objets, les oeuvres d’art ou les livres traitant de la sexualité et
de l’érotisme". Bon, j'avais au moins appris quelque chose, j'ai gardé
la rubrique en lui donnant un autre titre (Varia) mais j'ai conservé
à l'égard des curiosa une méfiance tenace qui me conduisit
par exemple à décliner l'invitation faite à intervenir dans
ce colloque par peur de me retrouver une fois de plus hors sujet. Aujourd'hui,
je peux constater que cette méfiance n'atteint pas tout le monde : les
communications sur les Jocondes moustachues, sur les soucoupes volantes ou la
chanson interprétée par Paul Braffort sur un poème de Marcel
Duchamp étaient, je le jure, dépourvues de toute étincelle
érotique. Les tentatives de définition du terme formeront d'ailleurs
le fil conducteur de la journée, la question étant de savoir s'il
convenait ou non de l'élargir au-delà de sa stricte acception. Il
faut dire qu'il y avait déjà beaucoup à dire en se limitant
à celle-ci et à ses multiples déclinaisons, erotica, merdiana,
scatologica et alia ainsi qu'aux différentes spécialités
qui mettent les curiosa à l'honneur, curiosa politiques,
curiosa médicales, curiosa religieuses par exemple. L'amateur
de curiosa étant un collectionneur, certains membres de la corporation
sont venus dévoiler une partie de leurs trésors, un collectionneur
de marque-pages découverts dans les livres d'occasion, des collectionneurs
d'affiches, de tracts ou de Jocondes (Marc Décimo, un habitué) avant
qu'on en vienne à disserter plus généralement sur le collectionnisme.
Le Colloque des Invalides, c'est chaque année, l'occasion de se frotter
à des célébrités : cette année, même
si Jackie Berroyer n'est pas venu, j'étais content de voir Michel Braudeau
dont je ne sais s'il est toujours à la tête de la Nrf, l'Oulipien
Paul Braffort déjà cité et surtout Christophe Bourseiller
qui, même s'il a quelque peu délaissé les plateaux pour devenir
un spécialiste du situationnisme et du lettrisme, a gardé la voix
et l'élocution caractéristiques qu'il avait déjà dans
les films d'Yves Robert. Le Colloque des Invalides, c'est aussi l'occasion de
rencontrer des gens qui se passionnent pour des auteurs obscurs dont vous n'auriez
jamais soupçonné l'existence (Émile Blain, Alexander Trocchi,
Clovis Hugues, Raoul Ouffard - ce dernier n'étant plus vraiment un inconnu
depuis que Dominique Noguez en a fait son chouchou et dont il faudra bien savoir
un jour s'il a ou non croisé Jean-Baptiste Botul ou Paul Guignon à
un moment de sa vie), l'occasion de découvrir des éditeurs inconnus
(Nadine Zobobec à Constantinople, Isidore Liseux, prêtre défroqué),
des livres qui n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient (Zola
et sa queue, L'Ode au vagin, Les Malices des grandes filles, L'Amour dans les
colonies, Sirop-au-cul, L'Odyssée d'un pantalon) ou encore des personnages
dont on a immédiatement envie de connaître les aventures (le roi
de Merdenchine, la princesse Etronille...). Le Colloque des Invalides, c'est
aussi l'étrange sentiment qui vous gagne quand vous imaginez ce que pourraient
penser votre patron, votre maman, votre boulanger ou votre médecin s'ils
vous surprenaient là, tout à coup, en train de disputer le plus
sérieusement du monde sur le fait de savoir si un prêtre doit ôter
ses habits sacerdotaux avant d'aller au bordel, sur la conduite sexuelle à
tenir face à un conjoint lépreux ou face à un eunuque monotesticulé,
sur le langage des saucissons (car il y a un langage des saucissons comme il y
a un langage des fleurs), sur le problème des éjaculations dans
les bains publics ou sur les moulages de vagins des prostituées tchèques
exposés l'an passé au Palais de Tokyo. Le Colloque des Invalides,
enfin, et c'est pour ça que j'aime tant y participer, c'est l'occasion
de voir la littérature comme un immense et passionnant terrain de découverte
et de jeu. SAMEDI. Football.
SA Épinal - Besançon 0 - 2. Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°328 - 18novembre 2007 DIMANCHE.
Lecture. Violette Nozière (Jean-Marie
Fitère, Presses de la Cité, 1975, rééd. Acropole,
coll. Jugés coupables, 2007; 228 p., 14,90€). C'est cette biographie
qui a servi de point de départ à Claude Chabrol pour son film et
à la lire, on constate qu'il a fait le bon choix et que la nouvelle mouture
de Véronique Chalmet, lue et notulisée en septembre dernier, ne
s'imposait pas vraiment. Chez Fitère, on a affaire à un travail
sérieux, chronologique, sobre, sans inutiles envolées poétiques.
Un travail plus précis, qui ne néglige aucun détail, des
noms des garçons de cafés fréquentés par Violette
aux numéros des registres d'écrou. Un travail plus prudent aussi
pour ce qui est de l'inceste dénoncé par la parricide, qui n'a jamais
été avéré et sur lequel elle n'est jamais revenue
après le procès. Il est clair ici que les mesures de clémence
prises à son endroit, remises de peine et réhabilitation, ne sont
dues qu'à sa bonne conduite en prison, à son repentir et non pas
à la découverte d'éléments nouveaux remettant en cause
le jugement ce qui rend son cas encore plus inhabituel. Itinéraire
patriotique départemental. 191 kilomètres aller et retour,
mais une récompense au bout du chemin. Ce n'était pas, là
non plus, gagné d'avance avec Brechaincourt, 46 habitants au compteur du
calendrier des Postes. Pas de fioritures ici, c'est peut-être le monument
le plus petit et le plus sobre du département. 
Courriel. Une demande de désabonnement
aux notules. TV. Les Vécés
étaient fermés de l'intérieur (Patrice Leconte, France,
1975 avec Jean Rochefort, Coluche, Roland Dubillard; diffusé ce mois sur
Cinécinéma Star). LUNDI. TV.
Desperate Housewives (série américaine de Marc Cherry, 2007
avec Eva Longoria, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Marcia Cross; saison 3, épisodes
20 & 21 diffusés jeudi dernier sur Canal +). MARDI.
Courrier. Arrivée d'un CD de Rudy Vallée
and His Connecticut Yankees (1928 - 1930) qui ne contient malheureusement pas
la version désirée de "Underneath the Russian Moon" avec
refrain chanté par Harry Milton. Je me consolerai avec une nouvelle mouture
d'un de mes thèmes préférés, "On the Alamo".
TV. Les Soprano (série
américaine de David Chase, avec James Gandolfini, Edie Falco, Lorraine
Bracco; saison 6, épisodes 4 & 5, diffusés jeudi dernier sur
Jimmy). MERCREDI. Vie merdicale.
J'ai rendez-vous aujourd'hui chez un spécialiste pour préparer une
intervention chirurgicale. Rien de spectaculaire à étaler ici, il
n'y a pas de quoi effrayer un vétéran de la maxillo-faciale de ma
trempe, disons simplement qu'il s'agit de me débarrasser de certains nodules
douloureux consécutifs à mes brûlures. Lexicalement, c'est
très intéressant puisque mon statut de notulographe s'accompagne
désormais de celui de nodulophore. Ce qui me ravit également, c'est
d'apprendre de la bouche du spécialiste que le problème qui m'affecte
est fréquent "chez les agriculteurs et les montagnards", deux
nobles corporations qui ne correspondent pas vraiment à mon profil. Ça
ne valait quand même pas les trois heures d'attente qu'il m'a fallu subir
avant de pousser la porte du cabinet. Bien sûr, je ne m'aventure jamais
dans ces lieux sans quelques biscuits imprimés mais c'est tout de même
la première fois que j'en suis réduit à attaquer la grille
de sudoku du Monde après en avoir lu consciencieusement toutes les
pages et fait la grille de mots croisés sans crayon pour faire durer le
plaisir. Si j'entends aux informations du soir des voyageurs se plaindre d'avoir
été pris en otage par les nantis de la SNCF, je râle. L'expérience
a toutefois le mérite de ressusciter mon projet de "Guide touristique
des salles d'attente". Et de constater que celle où je suis contraint
de faire le poireau aujourd'hui ne vaut pas tripette.

Événement.
C'est aujourd'hui la Journée mondiale du diabète. Thème de
l'année : Le diabète chez les enfants et adolescents. Le
problème, avec ces oiseaux-là, c'est qu'on ne peut même pas
les envoyer au lit sans souper. JEUDI. Presse.
Parution de mon article sur Paris, musée du XXIe siècle de Thomas
Clerc dans La Liberté de l'Est, lisible ici : http://pdidion.free.fr/chroniques/chroniques_2007.htm#151107
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Marc Cherry, 2007 avec Eva Longoria, Teri Hatcher, Felicity
Huffman, Marcia Cross; saison 3, épisodes 22 & 23 diffusés le
soir même sur Canal +). VENDREDI. Histoire
du petit but. 
Derrière
la maison, c'est le canal. C'était la maison de l'éclusier. Je la
vois tous les jours, elle est près de l'endroit où je travaille.
L'éclusier, je le voyais aussi, en train d'actionner ses manivelles, clope
au bec, un petit chapeau de cuir noir sur la tête. Ce qu'on ne voyait pas,
c'était ce qu'il éclusait à l'intérieur, derrière
les rideaux. Chez lui, on avait renoncé à compter les verres depuis
un moment, on était plutôt sur l'échelle litres/journée
pour ce qui est de l'unité de mesure, on alignait les pointerolles. Les
mariniers savaient sa trogne et le plaisantaient sans doute, moi je savais celle
de sa femme, j'avais les enfants en classe, deux garçons, pas forcément
des cadors mais des gamins tranquilles, sans histoires. La mère s'en occupait
bien, ils ne prenaient pas le bus, elle les conduisait en voiture, je la voyais
aux réunions de parents. Elle commençait à être marquée,
des rougeurs, des mauvaises dents, le cheveu mal soigné mais elle était
là. Un jour, elle en a eu marre, elle a envoyé le plus jeune se
coucher, l'autre n'était déjà plus à la maison, elle
a salé la soupe du père, pris des cachets et elle a foutu le feu
à la cabane en priant Dieu pour que tout le monde y passe. Ça n'a
pas marché, le gosse a été réveillé par la
fumée et a réussi à sauter par la fenêtre mais le père
y est passé. Elle, les pompiers ont réussi à la sortir de
la maison, inconsciente. Au tribunal, on a considéré qu'elle n'était
pas responsable de ses actes et elle vit aujourd'hui dans un établissement
psychiatrique. Des histoires, des situations comme celle-là, il y en a
d'autres dans le canton, qui n'ont pas ou pas encore franchi le seuil du fait
divers, mais ce n'est pas ça qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse,
c'est le petit but, à droite, en bas sur la photo. Là, on le voit
mieux. 
Je
me suis arrêté aujourd'hui pour le photographier avant qu'il ne disparaisse
sous la végétation. Ce petit but, c'est juste le signe qu'à
un moment donné, il y a eu à cet endroit, dans cette maison aujourd'hui
fermée, des parents aimants, des parents à cadeaux qui ont offert
ça à leurs mômes. Il y a eu de la surprise, de la joie, des
sourires, des mercis, le père a pris une masse, il a planté le but
dans le jardin, avec son mégot et son petit chapeau noir. Il y a eu des
parties de ballon à deux, pas plus, il n'y avait pas beaucoup de place
et puis les autres, les copains n'avaient peut-être pas envie de venir jouer
là vu ce qui se passait derrière les rideaux, mais à deux
ça suffit, à toi, à moi, je fais goal, tu m'envoies des mines,
après on change, je les voyais en rentrant du boulot, les devoirs on les
fera après. Quatre fois par jour je passe devant, mais je ne regarde pas
la maison, les fenêtres noircies, la lèpre qui gagne. Je regarde
le petit but et je pense à tout ce gâchis. Lecture.
Histoires littéraires n° 24 (octobre-novembre-décembre
2005, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 302 p.,
20 ). Revue trimestrielle consacrée à la littérature
française des XIXe et XXe siècles. Il s'agit d'un numéro
historique : il contient mes premières contributions à cette revue.
Ce n'est pas pour autant un numéro entièrement fantaisiste : le
gros dossier composé en hommage à Claude Pichois, spécialiste
de Baudelaire et de Colette qui venait de disparaître, est particulièrement
ardu, pour ne pas dire hermétique. Comme il occupe tout de même 120
pages, le reste du volume est consacré aux rubriques habituelles, l'entretien
(avec Bernard Pivot, dont les propos sont toujours intéressants), la chronique
des ventes et catalogues et l'actualité des livres reçus parmi lesquels
j'ai repéré un Guide érotique du Louvre et du Musée
d'Orsay à l'air prometteur. SAMEDI. Football.
SA Épinal - Olympique Lyonnais B 1 - 1. Deux déceptions : le
joueur lyonnais Pied, un des rares aptonymes du monde du football avec l'arbitre
Sébastien Crampon, ne joue pas et le gardien de l'O.L., qui s'appelle Hartock,
n'est même pas capitaine de l'équipe.
TV. Le Deuxième souffle (Jean-Pierre Melville, France,
1966 avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Raymond Pellegrin, Christine Fabréga,
Michel Constantin; diffusé ce mois sur Canal +). Bon dimanche. Notules
dominicales de culture domestique n°329 - 25 novembre 2007 DIMANCHE.
Courriel. 12 heures 25. Envoi des notules.
12 heures 36. Une demande de désabonnement. Qu'est-ce que j'ai encore dit
de mal ? 15 heures 16. Une demande d'abonnement. Ça rassérène.
Itinéraire patriotique départemental.
Le monument aux morts de La Bresse présente une jolie juxtaposition du
général et du particulier. 
LUNDI.
TV. Ray (Taylor Hackford, E.-U., 2004
avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King; diffusé ce mois sur Cinécinéma
Premier). MARDI. TV. Les
Soprano (série américaine de David Chase, 2006-2007 avec James
Gandolfini, Edie Falco, Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony
Sirico, Dominic Chianese; saison 6, épisodes 6 & 7, diffusés
ces derniers jeudis sur Jimmy). Lecture. Echo
Park (Michael Connelly, Little, Brown And Company, New York, 2006; Le Seuil,
coll. Policiers, 2007 pour la traduction française; traduit de l'américain
par Robert Pépin; 368 p., 22 €). Depuis Deuil interdit,
Harry Bosch a réintégré le Los Angeles Police Department
et officie désormais au Service des affaires non résolues. C'est
à ce poste qu'on le retrouve ici, hanté par une affaire de disparition
qui date de 1993 et qui pourrait bien changer de statut si l'on en croit les déclarations
d'un suspect prêt à reconnaître plusieurs meurtres contre une
promesse d'emprisonnement à vie. Après l'intermède que constituait
La Défense Lincoln, Michael Connelly retrouve donc son héros
principal pour un épisode remarquable. Aucun signe d'essoufflement ou de
lassitude chez Connelly comme on peut en déplorer parfois chez les auteurs
embarqués dans des séries de longue haleine qui croient avoir tout
fait une fois qu'ils ont donné corps à un personnage intéressant.
Intéressant, Bosch l'est à plus d'un titre, par son parcours atypique,
par son souci de justice, par ses incessants démêlés avec
sa hiérarchie et avec le pouvoir politique encore à l'honneur ici.
Mais Connelly, contrairement à d'autres, ne se satisfait pas de cette création
: il prend soin de placer son personnage au sein d'histoires bien menées,
tortueuses, changeantes, en un mot passionnantes. Echo Park est passionnant
de bout en bout et Harry Bosch est un grand homme. Extrait. "A l'ombre
des tours du centre-ville et dans la pleine lumière des éclairages
du Dodger Stadium, Echo Park était l'un des quartiers les plus anciens
et les plus changeants de Los Angeles. Une décennie après l'autre,
il avait été la destination de la sous-classe des immigrants, les
Italiens ouvrant la marche, suivis par les Mexicains, les Chinois, les Cubains,
les Ukrainiens et tous les autres. Dans la journée, se promener dans la
grande artère de Sunset Boulevard pouvait exiger la maîtrise de cinq
ou six langues, voire plus, pour pouvoir lire toutes les enseignes. La nuit, c'était
le seul endroit de la ville où l'air pouvait être déchiré
par le bruit d'une fusillade entre gangs, les hurlements des supporters assistant
à un home run de base-ball et les aboiements des coyotes dans les
collines - tout cela en même temps." MERCREDI.
Vie immobilière. La décision
a été prise : nous n'achèterons pas la maison qui abrite
la pharmacie et notre logis actuel. La somme des travaux à engager pour
la remettre en état, la réticence à enrichir le propriétaire
actuel et la peur d'y périr noyés dans une inondation ou carbonisés
suite à un court-circuit auront su vaincre notre inertie naturelle. La
quête d'un abri plus sûr commence aujourd'hui avec la visite d'un
appartement à vendre. Il n'est pas sûr qu'il y en ait d'autres (de
visites). TV. Les Soprano (série
américaine de David Chase, 2006-2007 avec James Gandolfini, Edie Falco,
Lorraine Bracco, Aida Turturro, Michael Imperioli, Tony Sirico, Dominic Chianese;
saison 6, épisodes 8 & 9, diffusés jeudi dernier sur Jimmy).
Vie parisienne (avortée).
Bernard Magné annonce l'annulation du séminaire Perec prévu
samedi, vaincu par les grèves des transports et les remous qui agitent
la Sorbonne où il devait avoir lieu. Il y aura donc des notules dimanche,
contrairement à ce qui avait été annoncé. L'amertume
qu'engendre la perte du week-end parisien que je comptais m'offrir est compensée
par la perspective réjouissante d'aller me geler samedi soir à la
Colombière pour le derby SAS - Thaon en Coupe de France. Vie
perecquienne. Je boucle le numéro 51 du Bulletin de l'Association
Georges Perec et l'envoie à Bernard Magné. JEUDI.
TV. 24 Heures chrono (24, série
américaine de Joel Surnow et Robert Cochran avec Kiefer Sutherland, Mary
Lynn Rajskub, D.B. Woodside, Pater MacNicol, Carlo Rota; saison 6; épisodes
1 & 2 diffusés le soir même sur Canal +). La tête de
Jack Bauer après son séjour dans les geôles chinoises ! C'est
l'abbé Faria. VENDREDI. Vie
immobilière (suite). Confirmation du fait qu'il n'y aura pas
de nouvelle visite. Pour les appartements, je fais comme pour les pantalons :
je prends toujours le premier, je déteste perdre mon temps en cabine d'essayage.
TV. Au loin s'en vont les nuages
(Kauas pilvet karkaavat, Aki Kaurismäki, Finlande, 1996 avec Kati Outinen,
Kara Väänänen, Elina Salo, Sakari Kuosmanen, Markku Peltola; diffusé
ce mois sur Canal +). SAMEDI. Football.
SA Épinal - ES Thaon 2 - 1. TV. De
guerre lasse (Robert Enrico, France, 1987 avec Nathalie Baye, Pierre Arditi, Christophe
Malavoy; diffusé ce mois sur Cinécinéma Émotion).
Courriel. Une demande d'abonnement aux
notules. Bon dimanche. |