Notules dominicales 2005
 
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Notules dominicales de culture domestique n°191 - 2 janvier 2005

DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. 166 kilomètres au total pour voir le monument aux morts de Bazoilles-sur-Meuse, le premier de facture moderne que nous rencontrons. On ne vantera jamais assez la patience de mes accompagnatrices. Nous arrivons juste avant la nuit, à temps pour que les photos soient encore exploitables. Ouf.

TV. Dimanches d'août (Domenica d'agosto, Luciano Emmer, Italie, 1949 avec Anna Baldini, Emilio Cigoli, Franco Interlenghi, Marcello Mastroianni; diffusé sur ARTE en ?).
Le dimanche 7 août, des Romains se rendent sur la plage d'Ostie. Il y a là un groupe de jeunes cyclistes, une famille nombreuse qui s'entasse dans une guimbarde, un producteur de cinéma et sa cour, un père célibataire qui ne se résout pas à laisser sa fille en colonie de vacances, et bien d'autres. Repas, baignade, rencontre, rupture, vol d'un bateau, regards, sieste, la caméra de Luciano Emmer capte tous les aspects de la vie sans les hiérarchiser. On est ici à la source du néoréalisme italien, vie quotidienne, décors naturels, comédiens non professionnels ou débutants comme Mastroianni. On est aussi en présence d'une des premières expériences de montage parallèle, entremêlant les histoires et passant d'un groupe de personnages à un autre. La simplicité du propos et des personnages donne un vrai charme au film, d'autant que le réalisateur a la délicatesse de ne conclure aucune des intrigues minuscules qui le composent.

LUNDI.
Obituaire. Triste journée dans le quartier de Saint-Laurent où l'on enterre A., morte subitement à l'âge de 26 ans et qui fut un temps employée à la pharmacie. Les pompiers (A. était sapeur pompier volontaire et s'est éteinte, si j'ose dire, à la caserne) ont beau avoir mis leurs gants blancs, ils n'ont pas oublié leurs gros sabots. Venus de tout le département, ils confisquent la totalité de l'église et, plus grave, toute intimité, recueillement ou simplicité pour les remplacer par leur décorum à trois balles avec leur goût pour la pompe (qui, étymologiquement, peut se comprendre) et la breloque (médaille de ceci et de cela).

Lecture. Villa Triste (Patrick Modiano, Gallimard, coll. nrf; 188 p.; 11,89 €)
Un jeune apatride se cache dans une station alpine au moment de la guerre d'Algérie.
Comme d'habitude, la tranche de vie dépeinte ne débouche sur rien de tangible et le lecteur ne trouvera aucune réponse aux questions posées en préambule : qui est Chmara, le narrateur ? Que fuit-il ? Qui sont la belle Yvonne et le mystérieux docteur Meinthe ? Que concernent les mystérieux appels téléphoniques que celui-ci reçoit dans la nuit ? Pour qui a déjà pratiqué Modiano, l'intérêt est ailleurs, dans le plaisir de retrouver un univers familier, trouble, cotonneux. Le cadre est essentiel chez Modiano. Cette petite ville, qui ressemble beaucoup à Annecy, contient tous les éléments de son univers : pensions de famille, salons de thé, palaces, promenades, lac, kiosques à musique hantés par des oisifs ou par des personnages énigmatiques qui constituent une société assez proche de celle de Gatsby le Magnifique (une réplique de la dernière page, "N'oublliez pas l'Egypte et bonne chance, old sport", semble d'ailleurs renvoyer à Fitzgerald). Pour décrire cet univers et ces êtres déliquescents, l'auteur use souvent du même procédé qui consiste à ouvrir un paragraphe sur une longue phrase, suivie de phrases de plus en plus courtes, jusqu'à la dernière, sans verbe, qui constitue une sorte de point de fuite : " Elle m'écoutait sans rien dire, allongée sur le lit. Je lui parlais des débuts difficiles de Marilyn Monroe, des premières photos pour les calendriers, des premiers petits rôles, des échelons gravis les uns après les autres. Elle, Yvonne Jacquet, ne devait pas s'arrêter en cours de route. "Mannequin volant." Ensuite un premier rôle dans Liebesbriefe auf der Berg de Rolf Madeja. Et elle venait de remporter la coupe Houligant. Chaque étape avait son importance. Il fallait penser à la prochaine. Monter un peu plus haut. Un peu plus haut."

Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

MARDI.
Courrier. Des voeux en provenance d'Epinal.

TV. Derrière la façade (Georges Lacombe & Yves Mirande, France, 1939 avec Lucien Baroux, Jacques Baumer, Jules Berry, Michel Simon, Marguerite Moreno, Gaby Morlay; diffusé sur CinéClassics en ?).
La propriétaire d'un immeuble est retrouvée assassinée dans son ascenseur. Deux policiers rivaux interrogent tous les locataires.
Voici un ancêtre insoupçonné de La Vie mode d'emploi, un film qui, comme le roman, nous conduit dans tous les logements d'un immeuble parisien, des appartements bourgeois aux chambres de bonne en passant par l'ascenseur. Chaque appartement abrite une vedette de l'époque, appelée à faire son numéro devant le duo d'enquêteurs : Michel Simon en lanceur de couteaux surpris en plein entraînement, Jules Berry ("profession : turfiste"), Gaby Morlay, Marguerite Moreno comme cités précédemment mais aussi Elvire Popesco, Erich von Stroheim, André Lefaur, Julien Carette... Cette belle galerie se met au service d'une aimable comédie policière qui recèle quelques bons moments et quelques longueurs.

MERCREDI.
Courrier. Des voeux bretons en provenance d'Epinal.

Vie sociale. C'était il y a dix ans. Garlamb'Hic écumait alors les bars à bière tiède.


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Les mêmes ce soir, de la scène à la cène, avec un peu moins de décibels et des manches de fourchettes en lieu et place des manches de guitares, remisées au grenier.


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JEUDI.
Courrier. A mon tour d'expédier une charretée de voeux. J'en profite pour renouveler mes abonnements (Temps Noir, Histoires littéraires) et mes cotisations (Amis de Proust et de René Fallet) et envoyer le contrat de location pour les prochaines vacances d'été. Hier, la réaction de la dame au téléphone quand je lui eus fait part de notre choix ("Eh bien vous ne serez pas gênés par les voisins !") m'avait appris que ledit choix était le bon.

Courriel. Un double abonnement aux notules, mère et fille. Prévoir des formules "famille nombreuse".

Le figaro est parfois mélomane : F. m'envoie une photo du salon Wagn'Hair (Nancy). Je reste à l'affût des éventuels Scarlat'tif, Tchai'Coiff'Ski, Offenbac (à shampooing) et Mâle Hair (coiffeur pour hommes).

VENDREDI.
Lecture. Teckel (Les Contrebandiers Éditeurs, n° 1, printemps 2004; 96 p., 10 €).
Revue de "Folies littéraires".
Pas de notuliens au sommaire de cette nouvelle revue (dont le titre parodique est souligné par une section intitulée "L'étang moderne") mais un certain nombre de connaissances, issues de la [listeoulipo] (Rémi Schulz, Francis Mizio, Christian Dufour) ou des Papous de France Culture (Jean-Bernard Pouy, Patrice Delbourg, Patrice Minet). Ces derniers d'ailleurs n'hésitent pas à recycler des éléments expérimentés à la radio comme "Les marronniers du cinoche" ("C'est une flèche comanche !", "Vite, de l'eau chaude et des serviettes !" et autres lieux communs du patrimoine cinématographique) et les lettres que Patrice Minet envoya à diverses personnalités et institutions "dans le but d'obtenir les choses les plus abracadabrantes", lettres accompagnées à l'époque d'un billet de 50 francs"pour vos oeuvres" et reprises ici avec les réponses obtenues (qui permettent de constater que les services de l'Élysée renvoient scrupuleusement sous forme de mandat postal les 50 francs que le cardinal Lustiger se met allègrement dans la fouille et remplace par une image pieuse).
Parmi les choses plus originales, on goûtera particulièrement "un premier essai de transposition cinématographique de la méthode S + 7" sur les dialogues de films ("T'a de beaux yaourts, tu sais ?", "Atomisé, atomisé, est-ce que j'ai une guibole d'atomisé ?"). D'autres exercices partent d'une bonne idée mais s'étalent sur un trop grand nombre de pages comme le "Glossaire de l'euro" ou l'article de Luc Blanchet qui fait de La Guerre du feu un livre précurseur de Mai 68.
On saluera enfin la redécouverte, après celle du philosophe Botul, de l'écrivain Paul Guignon (Poisse, 1896 - Revers, 1943), auteur trop longtemps oublié de Méditations poissardes, des Chants de la glèbe et du limon et dont l'autobiographie, Né de la fange, s'ouvre sur ces lignes magistrales : "Longtemps je me suis levé tard. A peine éveillé, me demandant confusément quelle heure il pouvait bien être et contraint à espérer, afin que fût dénouée l'énigme, que le clocher de Poisse daignât en égrener la résolution, le sentiment d'obscure indécision, de trouble et d'inintelligibilité dans lequel je me trouvais alors me laissait à penser qu'émergeant de l'indiscernable liquidité du sommeil s'ouvrait à moi dans la pénombre douce et reposante pour mes yeux encore neufs un monde frais et chaque jour recommencé, illusion d'où me tiraient incontinent les appels renouvelés de ma grand-mère qui s'indignait qu'un enfant de dix-sept ans traînât au lit jusqu'à des onze heures et ne se levât point aux aurores pour aller tirer le fumier, manier le soufflet de la forge de son père ou mettre, comme elle disait avec les mots des pauvres gens, la main à la pâte. Mais quoi ! Poète et néphélobate, j'étais voué à marcher dans les nuées. "Poète ? Un beau feignant, ouais !" s'exclamait la pauvre femme, qui ne pouvait comprendre combien ces instants étaient nécessaires, essentiels, indispensables même, à l'éclosion de mon jeune talent."

Courriel. Une demande de désabonnement suite à un message destiné à "nettoyer les tuyaux".

2005. "C'était le jour Saint-Sylvestre, le jour qui clôt cette série presque sans mélange de vaines pensées, d'espérances trompeuses, de soucis et de douleurs, qu'on appelle l'année." Félicité Lamennais, Une voix de prison. Notre réveillon chez les D, à Maxéville, est heureusement moins sinistre que les considérations de Lamennais.

SAMEDI.
Bilan annuel 2004.
* 88 livres lus (+ 11)
* 142 films vus (- 20) dont 50 (- 22) au cinéma
* 80 pages de lecture de longue haleine (Sartre, Flaubert, Kafka, Nabokov, Proust, Blavier) (- 30)
* 107 abonnés aux notules version électronique (sans oublier les irréductibles abonnés papier de l'Aveyron) (+ 36)
* 7418 visites sur le site des notules (+ 4291).

En ce qui concerne mes chantiers littéraires :

* Inventaire 1998 toujours en cours d'élaboration
* Aperçu de littérature passive 2001-2002 toujours pas mis au propre
* 66 éléments (+ 8) pour l'inventaire Félicités
* 1228 peintres étudiés dans les Propos sur l'art peint (+ 145)
* 2235 Souvenirs quotidiens notés (+ 366, le compte est bon)
* 71 Nouvelles en deux lignes (+ 6).
* 180 volumes étudiés dans L'Atlas de la Série Noire (+ 30).
* 46 communes visitées (+ 7) de Ableuvenettes (Les) à Bazoilles-sur-Meuse dans le cadre de L'Itinéraire patriotique départemental
* 60 photos de Bars clos commentées (+ 18)
* 228 entrées dans la Petite géographie de l'incipit (+ 60)
* 269 Bribes oniriques recueillies (+ 93)
* 207 tableaux commentés dans la Mémoire louvrière (+ 142)
* 43 publicités murales peintes photographiées (+ 29)
* 88 numéros de téléphone récoltés dans des films en vue d'un travail à venir (+ 43).

Nouveautés 2004 :

* 17 photographies de salons de coiffure pour l'Invent'Hair.
* 9 frontons d'école photographiés dans l'Aperçu d'épigraphie républicaine.

Travaux achevés :

* Bulletin de l'Association Georges Perec n° 44
* Bulletin de l'Association Georges Perec n° 45 (à paraître).

Bon dimanche et bonne année.

 

Notules dominicales de culture domestique n°192 - 9 janvier 2005

DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. Dimanche dernier, je louais ici même, à propos de cette odyssée, la patience de mes accompagnatrices. Une patience qui a apparemment atteint ses limites : je suis seul aujourd'hui à partir à la découverte du monument aux morts de Beaufremont. Celui-ci, situé dans l'église heureusement ouverte, est pourtant une merveille :

Courriel. Une demande d'abonnement aux notules et des voeux en provenance des Yvelines et de la Réunion. Je me demande s'il reste des traces de Baudelaire à la Réunion...
Les notuliens étoffent l'Invent'Hair et font part des curiosités capillaires de leurs régions. Merci particulièrement à JM pour ses trois clichés de salons dieppois.

LUNDI.
Courrier. Des nouvelles de Champagne et d'Aveyron.

TV. Folies de femmes (Foolish Wives, Erich von Stroheim, E.-U., 1921 avec Erich von Stroheim, Maude George, Mae Busch, Dale Fuller, Cesare Gravina; diffusé sur ARTE en ?).
Le comte russe Wladislaw Sergius Kamarzin s'installe à Monte-Carlo avec ses deux cousines et mène un train de vie luxueux grâce à un trafic de fausse monnaie. Il entreprend de séduire la femme de l'ambassadeur des États-Unis.
Folies de femmes était parfaitement à sa place dans le cycle "aberrations" dans lequel il était présenté à l'époque. Erich von Stroheim s'y montre dans toute sa démesure, reconstruit Monte-Carlo en studio et y déroule le catalogue de ses fantasmes : uniformes, jeu, séduction, argent, corruptions, fausses identités, mutilations (la ville est pleine d'invalides de la guerre de 14), laideur, polygamie (les cousines du faux prince sont ses maîtresses)... Si le film n'est pas très novateur dans sa forme, il est en revanche tout à fait extraordinaire par l'amoralisme et le cynisme de son propos. Kamarzin est un personnage abject, au charme vénéneux, qui n'hésite pas à dépouiller de ses économies la bonniche enceinte de ses oeuvres et à violer une adolescente attardée. C'est le père de cette dernière qui finira par le tuer et par jeter son cadavre dans un égout de cette ville où le luxe cache le vice et la corruption.
Le film, dans cette version qui correspond au dernier montage retrouvé, dure deux heures. On peut rêver à ce qu'il pouvait bien être dans sa version originale, présentée en avant-première le 18 août 1921, longue de six heures et demie...

MARDI.
Vux. Ceux des M & M arrivent par la poste, d'autres, trop nombreux pour être détaillés, transitent par la toile.

TV. La Loi du silence (Alfred Hitchcock, E.U., 1953 avec Montgomery Clift, Anne Baxter, Karl Malden, O. E. Hasse; diffusé sur TCM en mai 2003).
Québec. Un prêtre reçoit la confession d'un criminel et refuse de la divulguer à la police. Il est rapidement accusé d'avoir commis le meurtre.
Un Hitchcock qui manque de nerf, un peu paresseux, notamment dans les scènes d'interrogatoire et dans celle du tribunal qui traînent en longueur. Deux atouts cependant : la ville de Québec, qu'on n'a pas l'habitude de voir à l'honneur au cinéma (avec notamment une enseigne "Taverne Verres Stérilisés" qui ravira les notuliens québécois et un final spectaculaire à l'intérieur du château Frontenac) et le visage de Montgomery Clift en prêtre tourmenté, propre à jeter dans le péché toute la population féminine catholique des deux côtés du Saint-Laurent.

Lecture. Les filles n'en mènent pas large (What's a Girl Gotta Do ?, Sparkle Hayter, 1995; traduit de l'américain par Joëlle Touati, Le Serpent à plumes, 1998; rééd. J'ai lu, coll. Comédie n° 6076; 288 p.).
Robin Hudson, journaliste à la télévision américaine, est mise au placard après une bourde professionnelle. Sur le plan sentimental, ça ne va guère mieux, son mari vient de la quitter. Là-dessus, elle est accusée du meurtre d'un maître-chanteur.
Sparkle Hayter a été journaliste à CNN et profite de son expérience professionnelle pour dépeindre le milieu d'une chaîne de télévision, les jalousies, les petits chefs tyranniques, les traquenards, les vengeances. La satire est loin d'être féroce, l'auteur se contente de faire une galerie interminable de portraits hâtifs qui se transforme en avalanche de noms et de postes qui aurait presque nécessité la présence d'un organigramme en annexe. Le créneau visé est celui de la comédie policière légère avec héroïne d'apparence futile mais sacrément débrouillarde, un genre dans lequel Val McDermid a fait mille fois mieux avec la série consacrée à Kate Brannigan. L'aspect policier est très maigre, un whodunit, une fausse piste et une révélation finale pour ceux qui ont tenu jusqu'au bout. La traductrice ne s'est pas non plus foulée, optant systématiquement, dans les dialogues, pour une proposition incise avec sujet inversé qui nous vaut une guirlande de "l'interrogeai-je", m'exclamai-je", "lui lançai-je", "réalisai-je", l'interrompis-je", "lus-je" du plus bel effet, jusqu'à un pétaradant "répéta-t-elle".

MERCREDI.
Emplettes. Je complète ma collection d'usuels avec un dictionnaire de mots croisés et un dictionnaire de rimes qui me semble contenir une bonne introduction consacrée à la versification, achète des billets de train, deux polars épais et le numéro 8 des Cahiers Georges Perec.

Cinéma. Les Surs fâchées (Alexandra Leclère, France, 2004 avec Isabelle Huppert, Catherine Frot, François Berléand, Brigitte Catillon, Michel Vuillermoz, Christiane Millet, Antoine Beaufils, Rose Thiéry, Bruno Chiche, Jean-Philippe Puymartin, Aurore Auteuil).
Louise rend visite à sa sur Martine à Paris. La bonne humeur de la provinciale vient rapidement à bout de la patience de la Parisienne.
La comédie attendue fondée sur l'opposition des caractères atteint rapidement ses limites. Louise débarque à Paris avec son sourire et sa simplicité (comme si c'était l'endroit idoine pour afficher l'un et l'autre) et se heurte à une sur du genre coincé qui se donne des airs de grande bourgeoise. Catherine Frot en fait des tonnes dans le registre bonne fille simple et nature, Huppert la remballe régulièrement avec morgue et froideur. C'est alors qu'Alexandra Leclère, qui réalise ici son premier film, sentant qu'elle atteint la limite de l'exercice, change de ton et fait de Martine un personnage beaucoup plus complexe, une femme dont le paraître masque un manque d'amour complet à la limite du sadisme dont souffre tout son entourage, amis, mari, enfant et sur. La réalisatrice offre à Isabelle Huppert quelques scènes dans lesquelles elle se rapproche du personnage qu'elle incarnait dans La Pianiste de Michael Haneke et qui donnent à son film une valeur de conte cruel remarquable.

JEUDI.
Courrier. J'envoie la première revue de presse de l'année à Y et commande des DVD au Monde.

TV. Mouchette (Robert Bresson, France, 1967 avec Nadine Nortier, Jean-Claude Guilbert, Marie Cardinal; diffusé sur CinéClassics en ?).
Bresson adopte Bernanos. Autrement dit, fini de rire. L'histoire de Mouchette, jeune fille solitaire, rejetée par ses camarades, inexistante aux yeux de ses parents, violée par un braconnier, donne lieu à un film sur-bressonnien : misère, milieu déshumanisé, tragique et sordide du quotidien, austérité de la mise en scène, sécheresse des dialogues, blancheur des voix, anonymat des acteurs. On a le droit, j'espère, de ne pas en raffoller et de s'attacher, par exemple, au traitement du son, une des marottes du rélisateur. Il fait l'objet d'un soin extrême, les cloches qui sonnent, le feu qui crépite, les pas qui résonnent produisent des bruits que l'on n'entend que chez Bresson, un auteur qu'on reconnaît les yeux fermés.

VENDREDI.
TV. Johnny English (Peter Howitt, G.-B., 2003 avec Rowan Atkinson, John Malkovich, Natalie Imbruglia; diffusé sur Canal + en décembre 2004).
Johnny English, agent secret calamiteux, est chargé de la protection des bijoux de la Couronne d'Angleterre.
Après Bresson, on pourrait trouver n'importe quel film de Bergman empli d'une vis comica insoupçonnée. Autant dire que les dernières aventures cinématographiques de Rowan Atkinson, alias Mr. Bean, sont du genre réjouissant. On se souvient des parodies de James Bond avec Leslie Nielsen dans le rôle du lieutenant Drebin (Y a-t-il un flic pour sauver la reine par exemple). Johnny English fonctionne sur le même principe, l'accumulation des bourdes, mais à un niveau supérieur grâce à la richesse d'expression d'Atkinson (meilleur que dans Bean), la présence de John Malkovich (le film doit être vu en version originale pour goûter son accent français), des gags très travaillés et des scènes d'action qui, pour être parodiques, n'en sont pas moins très spectaculaires.

SAMEDI.
Arlésienne. Arrivée du Bulletin de l'Association Georges Perec, tant attendu, confié à un autre imprimeur après la mystérieuse "Disparition" du premier.

Football. 32° de finale de la Coupe de France. Epinal 0 - Blois 1. Le but a été marqué au cours de la prolongation. Prolongation du match, prolongation de l'épreuve pour les spectateurs de la Colombière, un stade ouvert à tous les vents qui tient plus de la glacière que du chaudron et où, entre octobre et avril, chaque minute passée se solde par la perte de sensibilité, dans l'ordre, des oreilles, du nez, des orteils, des doigts, des membres et du corps tout entier.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°193 - 16 janvier 2005

DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. A l'intention des générations futures : il n'y a pas de monument aux morts à Beauménil.

Notules. Une demande d'abonnement en provenance d'Argentine. Slogan de L'Est Républicain : "De la frontière belge à la frontière suisse". Un slogan pour les notules : "De l'hémisphère nord à l'hémisphère sud". Ça a tout de suite une autre allure.

LUNDI.
Vie scolaire. Lucie passe aux mains d'une nouvelle institutrice. Les paris sont ouverts sur la longévité de la dame.

Perecstroïka. Bernard Magné, par courriel, et Ela Bienenfeld, par téléphone, m'annoncent la prochaine traduction en russe de La Vie mode d'emploi.

Cinéma. Un petit jeu sans conséquence (Bernard Rapp, France, 2004 avec Sandrine Kiberlain, Yvan Attal, Jean-Paul Rouve, Marina Foïs, Lionel Abelanski, Michel Vuillermoz, Annick Blancheteau).
Un couple modèle profite d'un rassemblement d'amis pour annoncer la fausse nouvelle de sa séparation. Tout le monde y croit, les époux eux-mêmes s'interrogent.
Le théâtre filmé, en soi, n'a rien de condamnable. Le mauvais théâtre filmé platement pose davantage problème. Le traitement plan plan que fait subir Bernard Rapp à une médiocre pièce boulevardière aboutit à un film sans grand intérêt sur les tourments du couple (fidélité, séduction, usure) ponctué de poncifs du genre "Il faut qu'on se parle" et "J'ai besoin de réfléchir". Yvan Attal s'agite pour meubler l'espace, Sandrine Kiberlain s'ennuie et ne sait que faire de son talent. Une mention tout de même pour Abelanski et Vuillermoz, brillants dans les seconds rôles.

Radio. Je mets une voix sur un lointain lecteur des notules en écoutant Michaël Ferrier parler à Alain Veinstein de ses livres et de Tokyo, où il réside, sur France Culture.

MARDI.
Obituaire. Les articles nécrologiques passent sous silence la carrière de chanteur du professeur Choron. C'est pourtant dans cet exercice que je l'ai vu, un samedi après-midi de la fin des années 90 au théâtre d'Épinal. Yves Cassuto, partenaire de vacances en Lozère, l'accompagnait au saxophone au sein du groupe Tes Baisers ont le goût de la mort.

Gobi tueur. "Le motard espagnol José Manuel Perez, victime d'une chute lors de la 7° étape du Dakar entre Zouérat et Tichit (Mauritanie) est décédé lundi 10 janvier, peu après son arrivée à l'hôpital d'Alicante (Espagne)." (Le Monde). Le vainqueur de l'étape moto du jour s'appelle Marc Coma. Peut-on parler d'aptonyme par anticipation ?

TV. Six Feet Under (série américaine d'Alan Ball avec Peter Krause, Frances Conroy; saison 4, épisode 1, diffusé sur Jimmy le 9 janvier 2005).
Retrouvailles avec la famille Fisher, entrepreneurs de pompes funèbres à Los Angeles. La série est une merveille d'humour noir mais pour l'ouverture de cette quatrième saison, l'humour est laissé de côté et le noir est seul en piste. La fille de la famille a subi un avortement, l'aîné a perdu sa femme et même le mariage de la mère semble une cérémonie macabre...

MERCREDI.
Cinéma. L'un reste, l'autre part (Claude Berri, France, 2004 avec Daniel Auteuil, Pierre Arditi, Nathalie Baye, Charlotte Gainsbourg).
Deux hommes d'âge mûr ressentent la lassitude de la vie conjugale. l'un, marchand d'art, dissimule maladroitement sa relation avec son assistante, l'autre, spécialiste en architecture, entame une relation avec une étudiante au moment où son fils est victime d'un grave accident.
Tout cela se déroule en milieu chic, aux environs de la rue de Seine, un monde que fréquente Claude Berri quand il n'est pas cinéaste et qu'il s'occupe d'objets d'art. L'aspect autobiographique n'a de valeur que dans la mesure où l'on s'intéresse à la vie sentimentale du réalisateur, à son regard sur le couple, si on a lu son Autoportrait, par exemple. La vision amère qu'il donne de ces sujets n'est pas très différente de celle qu'il offrait déjà dans Mazel Tov ou Le Mariage, un de ses premiers films (1968). Une amertume endossée par le personnage d'Auteuil et adoucie par des échappées dans le domaine de la comédie, Pierre Arditi interprétant son rôle de mari volage sur le mode boulevardier. Le film n'est pas inoubliable mais se laisse regarder avec plaisir. Il permet en tout cas, une fois de plus, de s'interroger sur les raisons qui peuvent pousser des jeunesses à s'amouracher d'hommes rassis plutôt que de jouer avec des camarades de leur âge.

JEUDI.
Courrier. Je reçois des vux en provenance de Nancy et de sa banlieue, envoie une revue de presse à Y.

Presse. "Une sculpture, exposée dans la rue à Francfort, a été brûlée par mégarde comme un déchet. Le service "Ville propre" a reconnu avoir brûlé cet assemblage de panneaux métalliques recouvert d'une bâche en plastique jaune. Le sculpteur berlinois Michael Beutler en a été ravi, trouvant "vraiment intéressants" l'incident et la dispute afférente." (Libération du jour).

VENDREDI.
Voyage. Je profite de celui qui me conduit à Paris pour abattre la quatre-vingtième et dernière grille des Mots croisés 7 de Michel Laclos (Zulma, coll. Grain d'orage, 2002; 192 p., 18,95 €). Arrivé à l'hôtel, je commence par prendre une photo de ma chambre, histoire d'entamer, malheureusement très tard, le catalogue illustré de mes "Lieux où j'ai dormi". Penser à mourir dans un lit et à laisser des instructions pour qu'on m'y photographie, afin qu'au moins un de mes chantiers soit mené jusqu'au bout.

SAMEDI.
Vie parisienne. A Jussieu, c'est Cécile de Bary, une habituée, qui officie au séminaire Perec. Son sujet, la phrase de Perec, permet d'aborder un thème rarement évoqué en ces lieux, le style (même si Meschonnic a déjà étudié le rythme, Bernard Magné le chiasme, Jacques Roubaud la liste et Christelle Reggiani la parenthèse chez Perec). Certains participants soutiennent que "quand on entend du Perec, on le reconnaît", ce qui n'est pas tout à fait mon point de vue. Paulette Perec en témoigne, le but de l'auteur était l'écriture blanche, lisse, voire une "écriture plate avec morceaux de bravoure" comme il l'indiquait dans ses notes préparatoires à 53 jours. De fait, la plupart des effets rhétoriques ou stylistiques sont commandés par la contrainte (l'anaphore de Je me souviens, le rythme ternaire des Choses décalqué de Flaubert, les citations plus ou moins fidèles d'autres auteurs de La Vie mode d'emploi et d'Un homme qui dort...). Cécile de Bary, en étudiant quelques longues phrases issues de divers ouvrages parvient toutefois à dégager des tendances, des écarts par rapport au modèle rhétorique (la multiplication des deux points, les phrases commençant par des conjonctions de coordination, le flottement dans l'usage de la majuscule), des répétitions syntaxiques ou sémantiques. J'apprends ce que sont protase et apodose, cadence majeure et cadence mineure, révise mes connaissances sur les figures de rhétorique, paronomase, parataxe et métabole.
Après avoir épargné mon plastron de toute éclaboussure bolognaise au Petit Cardinal, je travaille à la Bibliothèque des Littératures Policières en attendant l'Assemblée Générale de l'Association Georges Perec qui se tient à 17 heures à l'Arsenal, de l'autre côté de la Moselle locale. Il y sera question de numérisation et de microfilmage des documents d'archives, des numéros à venir des Cahiers Georges Perec avant la reconduction du bureau sur un score brejnévien.
De retour dans ma chambrette, j'écoute la soirée de football à la radio, téléphone à La Liberté de l'Est pour connaître le résultat du S.A. Spinalien qui officie à la Colombière pour une fois sans mon soutien (match remis au lendemain pour cause de brouillard). A la Brasserie de l'Est, je dîne en Parigot : tête de veau.

Lecture. L'ombre du tueur (Black and Blue, Ian Rankin, Orion Boooks Ltd, 1997; traduit de l'anglais par Edith Ochs, Éditions du Rocher, coll. Thriller, 2002; 483 p., 21 €).
L'inspecteur Rebus n'a jamais renoncé à coincer Bible John, un serial killer qui a sévi à la fin des années soixante avant de se volatiliser. Une nouvelle série de meurtres semble provenir d'un imitateur de Bible John, aussitôt surnommé Johnny Bible. Sur un troisième front, Rebus est lui-même placé sous surveillance policière pour une ancienne arrestation au cours de laquelle la procédure avait été quelque peu malmenée.
La conduite simultanée de ces trois intrigues conduit Ian Rankin à multiplier les personnages et les foyers d'action, une multiplication qui noie quelque peu le lecteur qui a bien du mal par moment à repérer qui est qui, ce qui aboutit à affaiblir le suspense recherché. Heureusement, il y a d'autres centres d'intérêt. Le premier, qui n'est pas vraiment neuf, tient au personnage de Rebus, qui apparaît dans plusieurs ouvrages de l'auteur. Une fois de plus, un flic usé, entre deux âges, à la vie de famille bousillée, frondeur vis à vis de sa hiérarchie mais opiniâtre et efficace. Le second est nouveau : c'est le cadre. Ian Rankin est, selon James Ellroy, "le maître du noir à l'écossaise". L'enquête de Rebus l'amène à se déplacer d' Édimbourg, jusqu'à Glasgow et Aberdeen. C'est cette dernière ville qui illustre les meilleurs pages du livre, par sa situation de capitale de l'industrie pétrolière écossaise. Rankin situe une grande partie de l'intrigue dans ce domaine géographique et économique, ce qui l'amène à parler d'une façon intéressante d'écologie, de la mainmise des Américains sur la ville, de la vie sur les plateformes pétrolières et au siège des entreprises qui les exploitent.

Bonne semaine.

 

Notules dominicales de culture domestique n°194 - 23 janvier 2005

DIMANCHE.
Vie parisienne (suite). Je suis de bonne heure au Louvre, je passe une heure salle 13, aile Richelieu, 2° étage, à travailler sur ma Mémoire louvrière sans voir personne. Je ne m'attarde pas, j'ai un autre projet pour la matinée, une sorte de pèlerinage personnel qui me conduit d'abord en métro jusqu'à Censier. Je démarre de la coquette rue Lagarde où toutes les places de stationnement sont prises. Je gagne la rue Mouffetard où le marché bat son plein, trouve le marchand de journaux en face du torréfacteur Marc. Devant le café Le Verre à Pied, un aboyeur vend Charlie Hebdo : "Achetez Charlie Hebdo, y'a des palindromes, c'est rigolo !". Je bois un jus au comptoir, feuillette le Charlie de la maison sans y trouver la queue, ni, par définition, la tête d'un palindrome... Je poursuis la descente, square Saint-Médard et son vrai faux chanteur de rues qui distribue des partitions, et pousse la porte de la librairie L'Arbre à lettres. Puis demi-tour, direction la Contrescarpe, je passe sous le porche des immeubles modernes qui conduit à la rue Pierre-Brossolette dans le prolongement de la rue de Épée-de-Bois ("École de garçons", photo), tourne au coin de l'extension 1930 de Normale Sup', traverse la rue d'Ulm, enfile la rue Thullier, traverse la rue Gay-Lussac, continue par la rue des Ursulines, débouche rue Saint-Jacques en face de l'Institut National des Jeunes Sourds (fondé par l'abbé de Épée et où officia le grand Itard, celui précisément qu'interprète lui-même François Truffaut dans L'Enfant sauvage), y marche vingt mètres, traverse encore, prends la rue de l'Abbé-de-Épée, longe et effleure de la paume de ma main le mur de l'institut sur lequel l'inscription DÉFENSE D'AFFICHER, LOI DU 21 JUILLET 1889 a presque disparu (il faut avoir de bonnes lectures pour connaître son existence, voir ici), traverse la rue Henri-Barbusse, et, enfin, prends pied sur le boulevard Saint-Michel où s'achèvent à la fois mon pèlerinage et mon exercice d'impli-citation.

Courrier. De retour at home, je trouve le dernier numéro de Viridis Candela et le premier volume d'Ernestine écrit partout, de la part d'Ernestine Chasseboeuf elle-même "et d'un de [mes] notuliens". Qu'ils soient ici vivement remerciés.

Faire-part. AZ annonce la naissance du site officiel de l'Oulipo.

LUNDI.
Courrier. JS m'envoie une sélection des dernières chroniques de Pierre Foglia parues dans La Presse de Montréal.

Vie scolaire. Un rien blasée, Lucie est prise en charge par une nouvelle institutrice. La septième ? La huitième ? On ne compte plus. Mais on se demande comment le ministère de l'Éducation Nationale ose programmer des suppressions de postes par centaines dans l'Académie de Nancy-Metz (744 exactement) quand il faut plus d'une demi-douzaine d'enseignants pour assurer cinq mois de cours dans une paisible classe de CE1.

MARDI.
TV. La Charge fantastique (They Died With Their Boots On, Raoul Walsh, E.-U., 1941 avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Arthur Kennedy, Charles Grapewin, Anthony Quinn; diffusé sur Cinétoile en février 2002).
Le jeune George Armstrong Custer arrive à l'école d'officiers de West Point et se fait vite remarquer par son excentricité. La Guerre de Sécession fera de lui un héros. Nommé à la tête d'un régiment dans le Dakota, il doit réprimer un soulèvement indien qui mènera à la bataille de Little Big Horn.
Presque trente ans après D.W. Griffith, Raoul Walsh entreprend de filmer sa Naissance d'une nation. L'heure est grave, 1941, c'est Pearl Harbor et l'entrée des États-Unis dans la guerre : il s'agit de fédérer, de rassembler autour de l'image d'un pays uni via le personnage consensuel du général Custer. Mais Walsh n'est pas un tâcheron et évite le piège de l'hagiographie facile. Aidé par la composition brillante d'Errol Flynn, il fait de Custer un personnage qui existe aussi en dehors de ses actes de bravoure, un homme avec ses zones d'ombre et ses démons (l'alcool). Le film n'est pas neutre : contrairement à beaucoup de westerns, il choisit franchement le côté de l'Union contre les Sudistes et souligne les erreurs commises dans la question indienne. Custer entretient de bons rapports avec les Indiens (le jeune Anthony Quinn est Crazy Horse), rapports envenimés par des personnages louches qui trafiquent et conduisent les Sioux à l'insurrection de Little Big Horn. L'humour (l'arrivée de Custer à West Point dans un uniforme copié sur celui de Murat) et le lyrisme (avec Olivia de Havilland, Errol Flynn recrée le couple de Robin des Bois) se mêlent à l'épopée pour une grande aventure à la sauce hollywoodienne.

MERCREDI.
Emplettes. J'achète le denier Modiano, Lautréamont en Pléiade et les oeuvres complètes de Bruno Schulz, un auteur dont la proximité avec Kafka ne pouvait que m'attirer.

TV. Le Complexe du kangourou (Pierre Jolivet, France, 1986 avec Roland Giraud, Clémentine Célarié, Zabou, Stéphane Freiss, Maaike Jansen, Maka Kotto, support DVD, DVDY Films).
Loïc, peintre fauché, souffre de ne pouvoir être père suite à une maladie. Il retrouve Claire avec qui il a vécu "avant". Elle a un enfant de six ans que Loïc s'imagine être le sien.
J'ai dû trouver ce DVD dans un bac à soldes et l'acheter pour deux ou trois euros. Le film ne vaut pas plus, comédie lourde sur le désir d'enfant, malgré la présence sympathique de Roland Giraud qui surfait alors sur son succès dans Trois hommes et un couffin.

JEUDI.
Cinéma. Les Temps modernes (Modern Times, Charles Chaplin, E.-U., 1936 avec Charles Chaplin, Paulette Goddard; vu dans le cadre de la formation "Collège au cinéma").
Charlot est employé à la chaîne, dans une usine. Devenu fou, il perd son emploi, recueille une jeune orpheline avec laquelle il vit d'expédients, incapable qu'il est de retrouver un travail stable.
Je ne connaissais de ce film que la première séquence, la plus célèbre, qui voit Charlot s'escrimer à suivre le rythme d'une chaîne de montage, largement copiée sur A nous la liberté de René Clair (1931). Ce n'est en fait que le premier épisode d'une riche tranche de vie dans laquelle on voit Chaplin retrouver les accents sociaux, mélodramatiques et burlesques des Lumières de la ville. En 1936, le réalisateur n'a toujours pas renoncé au cinéma muet : le film est ponctué par la musique (de sa composition), les bruits et les intertitres, jusqu'à la séquence finale où, pour la première fois (et la dernière sous le masque de Charlot), on entend la voix de Chaplin. Malicieux, celui-ci a choisi de la faire entendre dans une chanson interprétée dans une sorte de novlangue incompréhensible. Les Temps modernes souffre parfois d'un manque certain d'unité, mêlant des passages inoubliables à d'autres moins réussis. Dans ses meilleurs moments, il montre un artiste arrivé à la plénitude de son art, notamment dans sa gestuelle.

Courrier. Je ventile quelques exemplaires du Bulletin Perec, envoie ma cotisation à l'AGP et quelques vux tardifs.

TV. Rashômon (Akira Kurosawa, Japon, 1950 avec Toshiro Mifune, Machiko Kyo, Masayuki Mori; diffusé sur CinéClassics en ?).
Dans un tribunal médiéval de campagne, cinq témoignages se succèdent pour donner cinq versions d'un meurtre suivi d'un viol.
Les états de service de Rashômon sont impressionnants : Lion d'or à la Mostra de Venise et Oscar du meilleur film étranger en 1951, reconnaissance critique universelle, film de chevet avoué de Bergman, Scorsese, George Lucas. On regarde le film vaguement impressionné et on s'en veut de ne pouvoir le goûter à sa valeur proclamée, phénomène déjà éprouvé avec Ran, un film plus récent du même Kurosawa. On comprend son souci de montrer la difficulté à saisir une vérité, son originalité qui consiste à faire témoigner la victime par l'intermédiaire d'un médium, on admire son esthétique (l'histoire se déroule dans une forêt transpercée par le soleil) mais on s'embête, on se lasse du rire hurleur de Toshiro Mifune et on se dit qu'on a encore du chemin à faire, des choses à apprendre avant de goûter un chef-d'uvre.

VENDREDI.
Gloire surprise. On devrait toujours lire les livres que l'on achète. En janvier 2003, j'achetais un volume recueillant les actes d'un colloque consacré, à Rabat en novembre 2000, à "L'uvre de Georges Perec, réception et mythisation". Ce soir, je parcours ma perecothèque à la recherche d'informations susceptibles d'éclairer un récent lecteur de Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, le deuxième roman de Perec. C'est en feuilletant le livre consacré au colloque que je m'aperçois que mon nom apparaît dans un article de Myriam Soussan, à l'époque secrétaire de l'AGP que j'abreuvais alors de courrier récapitulant les mentions de Perec que je trouvais dans la presse ou à la radio. Bon sang ! Mon nom a résonné dans le ciel de Rabat (là, je m'emporte un peu) et je n'en savais rien. Mon nom imprimé dans un vrai livre, un gros, sans images, dans un vrai paragraphe, même pas une énumération, ça m'en bouche tout de même un fameux coin.

TV. Lovely Rita, sainte patronne des causes désespérées (Stéphane Clavier, France, 2003 avec Julie Gayet, Christian Clavier, Eddy Mitchell, Arielle Dombasle; diffusé sur Canal + en décembre 2004).
Un expert comptable compte bien profiter d'un déplacement professionnel sur la Côte d'Azur pour s'encanailler avec une créature rencontrée sur internet. Les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu et l'homme se trouve embarqué dans une affaire de tableau volé.
C'est loin d'être la première fois qu'on voit Christian Clavier, ici dirigé par son frère, dans un rôle de bourgeois étriqué dépassé par les événements. Au moins, il maîtrise la chose et reste amusant sans être crispant comme ça lui arrive fréquemment. A ses côtés, Eddy Mitchell ronronne et ronchonne gentiment dans un scénario invraisemblable pour un film de pur divertissement qui atteint son but.

SAMEDI.
Presse. On a coutume d'ironiser sur les suppléments de fin de semaine des journaux anglo-saxons qui donnent à ces numéros un poids équivalent à l'ennui que distillent les contrées dans lesquelles ils sont distribués. Le Figaro à son tour combat la vacuité de nos dimanches en livrant, outre ses déjà replets suppléments habituels et le DVD qui motive mon achat (L'Homme au bras d'or de Preminger), ni plus ni moins que le premier volume d'une encyclopédie, 832 pages et 1,6 kg au compteur. Apparemment, mon nom n'y figure pas.

TV. Football : F.C. Metz 0 - Olympique de Marseille 1. Surprise de trouver au micro de commentateur Frank Sauzée, un joueur que je croyais toujours en activité et dont les parents tiennent aux Vans, en Ardèche, un café - PMU qu'il m'est arrivé de fréquenter.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°195 - 30 janvier 2005

DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental. Le monument aux morts de Begnécourt n'est pas des plus faciles à dénicher, dans la mesure où il se trouve à Adompt, soit sur la commune de Gelvécourt-et-Adompt et qu'il est commun aux localités de Begnécourt, Gelvécourt-et-Adompt et Légnéville-et-Bonfays. J'ai bien failli rentrer bredouille pour la deuxième fois de suite.

Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

TV. Gorgo (Eugène Lourié, G.-B., 1961 avec Bill Travers, William Sylvester, Vincent Winter, Bruce Seton, Joseph O'Connor; diffusé sur Canal + en ?).
Au large de l'Irlande, un raz-de-marée (qu'on n'appelait pas encore tsunami) réveille un monstre antédiluvien. Capturé par des pêcheurs audacieux, il est transporté jusqu'à Londres pour devenir une attraction foraine.
Le problème, c'est que ce monstre de belle taille n'est qu'un bambin. Son père, dix fois plus gros, va s'apercevoir de sa disparition et se mettre en tête de le récupérer en fracassant tout sur son passage, tordant le Tower Bridge comme un bâton de guimauve et ne faisant qu'une bouchée de Big Ben. Une fois de plus (qu'on se souvienne du Monde perdu de Conan Doyle), ceux qui veulent utiliser une créature du passé à des fins mercantiles se voient dépassés par leur entreprise. Spécialiste du "cinéma bis", Jean-Pierre Dionnet a découvert avec Gorgo un film au-dessus de la moyenne de ceux qu'il présente habituellement dans son "Cinéma de quartier" sur Canal +. Décorateur de profession, Lourié déploie un arsenal d'effets spéciaux qui rendent particulièrement spectaculaire le clou du film, la mise à sac de Londres par la créature en furie.

LUNDI.
Courriel. RB me donne quelques précisions sur certains personnages de la rue Mouffetard, un endroit décidément plein de notuliens.

TV. Le grand bluff (Patrice Dally, France, 1957 avec Eddie Constantine, Dominique Willms, Mireille Granelli, Moustache; diffusé sur RTL 9 en octobre 1996).
Un aventurier qui a perdu tout son argent au jeu s'installe dans un grand hôtel où il se fait passer pour un milliardaire américain. L'héritière d'un terrain pétrolifère fait appel à lui pour sauver son affaire des griffes d'une bande d'escrocs.
L'ouverture du film, sur le mode parodique, est des plus réussies. On y voit Eddie Constantine interpréter avec une distance amusée son personnage emblématique de baroudeur entouré de jolies femmes et de mauvais garçons avec lesquels il n'hésite pas à faire le coup de poing (aucune arme à feu n'apparaît). L'intérêt s'émousse avec l'histoire pétrolière qui permet tout de même de goûter l'apparition d'un débutant prometteur, Jean-Pierre Marielle.

MARDI.
TV. Je suis un sentimental (John Berry, France/Italie, 1955 avec Eddie Constantine, Bella Darvi, Paul Frankeur, Olivier Hussenot; diffusé sur M6 en août 1999).
Le journaliste Morgan s'efforce de prouver l'innocence d'un pauvre type qui, à peine sorti de prison, est accusé d'avoir tué sa femme.
Pas de veine parodique ici comme dans Le grand bluff mais un bon film noir, un genre dans lequel John Berry était un petit maître tout à fait estimable. On y trouve un Constantine plutôt sobre, s'effaçant derrière sa cause, une tête à sauver de la guillotine.

Lecture. Jusqu'au dernier (Dead Before Dying, Deon Meyer, 1999; traduit de l'anglais par Robert Pépin, Éditions du Seuil, 2002, coll. Points, série Policiers P 1072; 464 p., 7 €).
L'inspecteur Mat Joubert exerce son métier à la brigade des Vols et Homicides de la ville du Cap. Il a du mal à se remettre de la mort de sa femme, et ne trouve plus de goût à rien. L'arrivée d'un nouveau chef va l'obliger à se secouer sous peine de perdre son travail.
Afrique du Sud, terre de polar. Deon Meyer, inconnu de nos services, s'affirme d'emblée comme un auteur de fort calibre, réussissant parfaitement l'amalgame des trois ingrédients qui, outre l'écriture, font les bons romans policiers : un cadre, un héros, une enquête. Les enquêtes plutôt puisque Joubert est confronté à deux affaires, l'une concernant un braqueur de banques et l'autre une série de meurtres que seule l'utilisation d'une vieille arme de guerre semble lier entre eux. Habilement, Deon Meyer ne fait pas des enquêtes le point principal de son histoire, du moins au début : c'est Joubert qui l'intéresse, et qui nous inquiète. Un flic neurasthénique, en route pour l'obésité et le cancer du fumeur qui se trouve amené, à cause d'un bouleversement de sa hiérarchie, à entreprendre une psychothérapie, à suivre un régime et à aligner dès l'aube les longueurs de piscine. Petit à petit, il reprend du poil de la bête et finit par se passionner pour son enquête, dont le final lorgne du côté de La mariée était en noir de William Irish. Ce qui est remarquable, c'est que Meyer est aussi intéressant quand il évoque Joubert aux prises avec le dosage de sa quantité quotidienne de matières grasses que lorsqu'il le dépeint en action. Le tout se déroule dans un pays politiquement neuf, à l'équilibre fragile et où les vieux démons ne dorment que d'un oeil.
Un nouveau roman de Deon Meyer a paru au Seuil ces jours-ci mais sans l'inspecteur Joubert, semble-t-il.

MERCREDI.
TV. Tombe les filles et tais-toi ! (Play It Again, Sam, Herbert Ross, E.-U., 1972 avec Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts, Susan Anspach; diffusé sur Paris Première en ?).
Allan Felix vient d'être abandonné par sa femme. Ses amis tentent de lui dénicher une nouvelle compagne.
Il s'agit d'un film charnière dans la carrière de Woody Allen, qui mêle les accents purement burlesques de ses débuts (Prends l'oseille et tire-toi, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir...) et la comédie douce-amère qui allait, à partir de Manhattan, devenir sa marque de fabrique. Il faut dire que c'est l'aspect loufoque qui est ici le plus réussi avec les gaffes d'Allan face aux femmes qui lui sont présentées. Woody Allen se transfigure en dragueur calamiteux, un rôle qui lui va à merveille. Son personnage, critique de cinéma, s'inspire des mimiques et de la dégaine de Bogart qui lui prodigue des conseils (un sosie se tient dans l'ombre dans les scènes de séduction) et le film copie plusieurs passages de Casablanca. Malgré ce secours, Allan échoue lamentablement mais finira par tomber amoureux de la femme de son meilleur ami. Chez Woody Allen, les couples ne sont jamais bien solides...

JEUDI.
TV. L'Ange ivre (Yoidore tenshi, Akira Kurosawa, Japon, 1948 avec Takashi Shimura, Toshirô Mifune, Michiyo Kogure; diffusé sur CinéClassics en juin 2000).
Dans un quartier pauvre de Tokyo, un docteur alcoolique et misanthrope se prend d'affection pour un mauvais garçon qu'il essaie de guérir de la tuberculose.
Après plusieurs tentatives et autant d'échecs, je parviens à entrer dans un film de Kurosawa. Peut-être parce que celui-ci est moins purement japonais que les précédents, parce qu'on y trouve des éléments proches de Dostoïevski, du Pasolini d'Accatone, et des touches d'expressionnisme allemand avec le traitement du personnage de Toshirô Mifune. Un homme se démène pour sauver un peu d'humanité dans un climat de lèpre sociale avec pour soutiens l'alcool et un caractère de cochon. Du noir, du noir, rien que du noir (saké, tuberculose, délinquance, faux code de l'honneur des yakusa) mais au bout une petite lueur d'espoir.

VENDREDI.
Lecture scolaire. Claude Gueux (Victor Hugo, La Revue de Paris, 1834; rééd. Magnard, coll. Classiques et Contemporains Collège/LP; présentation, notes, questions et après-texte établis par Michel Dobransky; 96 p.).
Cette nouvelle est le parfait pendant du Dernier jour d'un condamné, paru cinq ans auparavant. Hugo y poursuit son réquisitoire contre la peine de mort, illustré par l'exemple, celui de Claude Gueux, successivement ouvrier, pauvre, affamé, voleur de pain, prisonnier, meurtrier du directeur de la prison de Clairvaux, condamné à mort et guillotiné. Les faits sont relatés sèchement : "Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin", ce qui n'empêche pas l'auteur d'être présent à chaque page par des commentaires personnels qui prennent le plus souvent la forme de sentences on ne peut plus hugoliennes : "Mettez un homme qui contient des idées parmi des hommes qui n'en contiennent pas, au bout d'un temps donné, et par une loi d'attraction irrésistible, tous les cerveaux ténébreux graviteront humblement autour du cerveau rayonnant. Il y a des hommes qui sont fer et des hommes qui sont aimant. Claude était aimant." Une fois l'anecdote épuisée, Hugo passe à l'argumentaire, un discours adressé aux députés, véritable joyau de rhétorique dans lequel il les accuse de se détourner des vraies questions : "Vous vous querellez après pour savoir si les boutons de la Garde nationale doivent être blancs ou jaunes, et si l'assurance est une plus belle chose que la certitude", ce qui n'est pas sans annoncer les récentes arguties sur le voile et les termes ostensible et ostentatoire. La Chambre selon Hugo se détourne des vrais problèmes : "Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice selon le sexe. Ayez pitié du peuple à qui le bagne prend ses fils et le lupanar ses filles. Vous avez trop de forçats, vous avez trop de prostituées. Que prouvent ces deux ulcères ! Que le corps social a un vice dans le sang. Vous voilà réunis en consultation au chevet du malade; occupez-vous de la maladie." La guérison ne peut venir que de l'éducation : "Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en veine de suppression, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d'école." En quarante pages, c'est tout Hugo : grandiloquent souvent, agaçant parfois, mais toujours nécessaire et d'actualité.

SAMEDI.
Lecture. Un pedigree (Patrick Modiano, Gallimard, coll. nrf; 128 p., 12,90 €).
Modiano a choisi de se livrer, de faire tomber une partie des masques qu'il utilise dans ses romans. Ce n'est pas la première fois : en 2002, un petit livre, Éphéméride, passé inaperçu mais chroniqué dans le n° 114 des notules, contenait déjà l'ébauche d'une autobiographie. Modiano raconte sa vie, de sa naissance à la parution de son premier roman qui lui permet de prendre "le large avant que le ponton ne s'écroule". Ses parents, une mère actrice et un père spécialiste des affaires louches, font tout pour l'éloigner, pension à Jouy-en-Josas, à Thônes, à Bordeaux, séjour chez des vagues parents ou amis. La rupture avec le père viendra d'ailleurs au moment où celui-ci cherchera à faire partir son fils sous les drapeaux. lorsque le jeune Modiano est à Paris, il vit sous le même toit que ses parents, quai Conti, mais à un étage différent. Lorsque son père veut le voir, il lui donne rendez-vous dans un café. Parfois, il l'emmène à ses rendez-vous d'affaires, là aussi dans un café ou un hall d'hôtel. En faisant la liste de ses condisciples, des connaissances de son père, Modiano nous fait pénétrer dans un monde interlope, plein d'aigrefins, de demi-mondaines, d'apatrides, de rastaquouères que l'on connaît bien : c'est celui de ses romans. D'ailleurs, les noms qu'il donne semblent aussi faux que ceux de ses personnages : Georges d'Ismaïloff, Christos Bellos, Geneviève Vaudoyer, Charles Ruschewey... Modiano nous révèle sa souffrance, son malaise, qu' on a souvent pris pour une attitude composée. On a tant l'habitude de parler de la "petite musique" de Modiano qu'on a fini par perdre de vue qu'il s'agit avant tout d'une musique funèbre, d'un chant désespéré. De cette litanie de noms, pas un amour, pas un ami, juste des silhouettes croisées. Une exception : Raymond Queneau, déjà évoqué dans Éphéméride, qui publiera son premier livre.
On pourra donc maintenant lire ou relire Modiano et chercher dans Un pedigree les correspondances entre la vie et le roman. On lira Villa triste et on trouvera le passage d'Un pedigree qui nous livrera la véritable (?) identité des personnages : "Claude. Elle avait vingt ans en 1962. Elle travaillait chez un couturier de Lyon. Elle a été mannequin "volant". Puis à Paris mannequin tout court. Puis elle s'est mariée avec un prince sicilien et elle est allée vivre à Rome où le temps s'arrête pour toujours. Robert. Il faisait scandale à Annecy en revendiquant à très hautes voix sa qualité de "tante". Il était un paria de cette ville de province." On fera les rapprochements nécessaires, Yvonne Jacquet = Claude, docteur Meinthe = Robert. En saura-t-on plus pour autant ? Ne préférait-on pas rester dans l'incertitude ? Reste à savoir si Modiano ne solde pas ici la partie autobiographique de son oeuvre avant de passer à autre chose, à un travail pour lequel ce trousseau de clés sera inutile.

Bon dimanche.