Notules dominicales 2005
 
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Notules dominicales de culture domestique n°223 - 4 septembre 2005

DIMANCHE.
Vie au grand air. Pique-nique dans les coteaux de Saint-Laurent en guise de pré-pré-rentrée. La réussite de la journée, que ne parviendront pas à entamer une durite fugueuse et une guêpe piqueuse, occasionne la première - légère mais tenace - dépression du dimanche soir.

TV. 25 degrés en hiver (Stéphane Vuillet, Belgique-France, 2003 avec Jacques Gamblin, Carmen Maura, Ingeborga Dapkunaite; diffusé sur Canal + en juillet 2005).
Miguel, coincé dans un bouchon à proximité d'un aéroport, hérite d'une passagère imprévue en la personne de Sonia, une Ukrainienne à la recherche de son mari.
Jacques Gamblin est à l'aise dans un rôle inattendu d'Espagnol bohème et un peu ahuri au service d'un petit film attachant qui le promène à travers la Belgique à la recherche d'un mari fugueur. Outre Sonia, il voyage en compagnie de sa mère et de sa fille, utilisée sans excès pour donner une charge émotionnelle à l'histoire. Sympathique.

LUNDI.
Courrier. Derniers feux de l'été avec une carte postale des M, sur l'île d'Yeu.

Lecture. Viridis Candela (Carnets trimestriels du Collège de 'Pataphysique n° 18, 15 décembre 2004; 80 p., 15 €).
Ce numéro est consacré à François Le Lionnais (1901-1984), mathématicien, écrivain, spécialiste des échecs, fondateur de l'Oulipo et de l'Oulipopo (Ouvroir de littérature policière potentielle), régent du Collège de 'Pataphysique, érudit touche-à-tout adepte du disparate. On regrettera la note de la page 42 qui énonce "On n'a pas reproduit ici l'article de François Le Lionnais La Peinture à Dora (Confluences, mars 1946), car il a été plusieurs fois republié et il reste disponible aux éditions de l'Échoppe, 1999." En effet, il n'est pas aisé de se procurer ce texte essentiel dans lequel Le Lionnais raconte les visites virtuelles du Louvre qu'il organisait au camp de Dora pour ses camarades déportés. L'un de ceux-ci, Jacques Bergier, est un personnage intéressant qui "affirmait que tous les discours du général de Gaulle, lors de ses présidences, avaient été scientifiquement démarqués de Chéri-Bibi de Gaston Leroux."
On y trouve aussi une photo de la cantatrice Félia Litvine qui justifie son surnom ("la tour de mamelles"), une notice sur L'homme qui faisait des boustrophédons de Claude Daubercies (notulien) et l'amusant catalogue d'une exposition consacrée à l'Art absent qui contient de belles pièces comme Le Cirque de Paul Gavarni (retiré pour faire place à l'extincteur), une Nature morte à la théière de Chardin (A retirer, les fruits commencent à pourrir) ou un anonyme Paysage d'automne en hiver, peinture à la craie malencontreusement effacée par une femme de ménage zélée.

TV. Amour et mort à Long Island (Love and Death on Long Island, Richard Kwietniowski, G.-B., 1996 ave John Hurt, Jason Priestley, Fiona Loewi; diffusé sur Canal + en juillet 1999).
Il fallait oser cette histoire qui voit un écrivain anglais d'âge mûr se prendre de passion pour un jeune acteur américain spécialisé dans les films adolescents nunuches et entreprendre le voyage jusqu'à Long Island pour tenter de le rencontrer. Le mérite du film est de ne jamais sombrer dans le ridicule, et ce grâce à la présence de John Hurt, plus anglais que nature. Le personnage qu'il interprète, un écrivain reclus, sorte de Julien Gracq d'outre-Manche, voit sa vie bouleversée par un amour interdit qui met à bas toutes ses valeurs, le silence, la discrétion, une certaine conscience de classe, pour lui faire découvrir l'inconnu : l'Amérique, la jeunesse, la futilité.

MARDI.
Vie avunculaire. Le neveu nouveau est arrivé, Rémi Didion né ce matin à Bruxelles.

TV. San Antonio (Frédéric Auburtin, France, 2004 avec Gérard Lanvin, Gérard Depardieu, Jérémie Renier; diffusé ce mois sur Canal +).
Le commissaire San Antonio est chargé de retrouver le président de la République, mystérieusement disparu.
Frédéric Auburtin n'est pas le premier à se casser les dents en tentant de porter à l'écran les personnages de Frédéric Dard. En son temps (1966) Guy Lefranc s'y était déjà essayé en offrant le rôle de San Antonio à Gérard Barray (Sale temps pour les mouches, Béru et ses dames). Il n' y a pas ici d'erreur de distribution : Lanvin est un San Antonio crédible, Luis Rego campe un Pinaud plus vrai que nature, Michel Galabru retrouve les accents du Gendarme de Saint-Tropez dans son rôle de chef de la police et on a désormais l'habitude, même si ce n'est pas une consolation, de voir Depardieu dans des rôles gras (Obélix, RRRrrrr !!!, Boudu...). L'intrigue, reposant sur une sorte de parodie des romans d'espionnage qui fait bon marché de la géopolitique, est aussi lâche et filandreuse que dans les livres. Claude Berri, producteur, a eu beau ne pas lésiner sur les moyens (poursuites automobiles, lieux de tournage exotiques), on ne s'intéresse pas une seconde à l'histoire. Il demeure, comme ingrédients essentiels de la série San Antonio, le langage et les situations lestes qui, qu'on les apprécie ou non, en ont fait le succès. Les digressions de l'auteur sont impossibles à reproduire à l'écran et il ne reste à se mettre sous la dent que quelques greluches dénudées et une poignée de sous-produits de l'almanach Vermot distillés sans conviction. Le ratage est total.

MERCREDI.
Courrier. J'envoie des aptonymes à AZ, des coupures à Y et une lettre à la Bilipo.

Vie professionnelle. C'est demain la rentrée, ou du moins la pré-rentrée, les élèves n'arriveront que vendredi. Ce serait mentir de dire que j'attends ce jour avec impatience, mais habituellement il est précédé d'une certaine curiosité, sensation plutôt agréable. Il y a l'emploi du temps à découvrir, qui conditionnera le mode de vie à suivre en dehors de l'école et la persistance ou non des fins de semaine parisiennes. Il y a les nouvelles têtes, l'habituelle brigade de jeunes collègues en provenance de Nancy qui débarquent et qui, après avoir traversé Nomexy et Châtel, vu la gare rasée, les rues vides et les usines fermées, se demandent ce qu'ils ont fait au bon Dieu pour atterrir ici. Après un moment de stupeur, ils songent à l'évasion, ils interrogent les anciens et tombent de leur chaise quand ceux-ci leur apprennent qu'ils sont ici depuis x ou y années (une bonne vingtaine pour moi). Plus tard, l'étonnement fera place chez certains, convaincus que l'excellence de leur enseignement est destinée à des frontons plus ronflants et à des univers plus urbains, à une vague condescendance. D'autres tomberont dans le chaudron et, volens nolens, y resteront, ayant fini comme moi par s'apercevoir qu'on n'y est pas plus mal qu'ailleurs. Aujourd'hui, curieusement, pas de curiosité mais un mélange de sensations que j'essaie d'inventorier en arrachant mes patates. En premier lieu, je trouve la haine de l'ennui. J'ai déjà parlé l'an dernier de la vacuité qui préside à ces journées de pré-rentrée, qui n'a d'équivalent que dans le regretté service militaire. Cette année, le programme de la journée, reçu la semaine dernière, m'atterre. L'après-midi est consacrée à une série de causeries creuses qui promettent un emmerdement maximum. Or, l'âge aidant, je supporte de moins en moins le fait de perdre mon temps et ce qui auparavant m'agaçait me met aujourd'hui franchement en rogne. Deuxième raison, la qualité des vacances qui s'achèvent. Là aussi, il y a rupture. Les dernières années, Ulysse et Lassie me laissaient peu de repos (le personnel de la pharmacie étant moindre en été, Caroline y assure une présence non stop) et je finissais les vacances sur les rotules, presque heureux de reprendre le collier et le bâton de craie pour échapper au tintouin quotidien. Elles ont grandi, sont devenues moins exigeantes et plus autonomes (ce qui, si je me mets à y réfléchir est un crève-cur d'une autre catégorie) et j'ai pu travailler à mes grimoires et à mon jardin beaucoup plus et beaucoup mieux que les étés passés. Et enfin il y a le coup de massue que fut cette semaine l'arrivée de Rémi, neveu nouveau venu au monde avec ce que tout futur parent redoute avant une naissance, promesse d'une vie douloureuse pour lui et les siens. Les futilités de la rentrée, de la pré-rentrée, de l'après-rentrée sont peu de choses face à la peine que je ressens pour mon petit frère et sa famille.

TV. Mort d'un pourri (Georges Lautner, France, 1977 avec Alain Delon, Ornella Muti, Stéphane Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Klaus Kinski).
Xavier Maréchal reçoit la visite de son ami, le député Philippe Dubaye, qui lui annonce qu'il vient de tuer un collègue parlementaire qui le faisait chanter. Maréchal accepte de protéger son ami en lui fournissant un alibi.
Le thriller politique français n'avait pas bonne presse dans les années 70. La critique trouvait les films de Lautner (qui avait quitté le polar parodique pour ce genre) ou d'Yves Boisset très schématiques, manichéens, simplistes. On regardait avec plus de mansuétude les films de Costa-Gavras, parce qu'ils s'intéressaient à une actualité passée (Section spéciale) ou étrangère (Z, L'Aveu), et surtout les films politiques italiens, ceux des Rosi, Montaldo eu Elio Petri. Mais les dénonciations des abus des années Pompidou ou Giscard, si elles rencontraient le succès public, étaient regardées de haut. Aujourd'hui, c'est plus simple, le film politique français a disparu comme a disparu d'ailleurs le politique qui, conscient de son impuissance à peser sur l'économique, se réfugie dans la compassion médiatique (Sarkozy et Chirac courant les enterrements) et la réglementation comportementale (pas de voile, pas de tabac, pas de gros mots).
Mort d'un pourri est donc un film daté mais c'est un très bon film. Son scénario tortueux, ses personnages multiples (plaisir de voir Jean Bouise, Michel Aumont, Henri Virlojeux, Daniel Ceccaldi, Julien Guiomar dans des rôles secondaires) tranchent avec la production actuelle ou bien souvent on se contente d'épuiser une seule idée, une seule situation. Ici on se perd avec plaisir dans les méandres d'une affaire compliquée imaginée par Raf Vallet, auteur de Série Noire moins talentueux que Daeninckx ou Manchette mais tout aussi efficace dans la dénonciation de la corruption d'une certaine classe politique. On a aussi plaisir à revoir le véritable Alain Delon qui se retrouve face à Maurice Ronet presque vingt ans après Plein soleil de René Clément.

JEUDI.
Vie familiale. Mes parents prennent le train pour Bruxelles. Ma sur est déjà là-bas. La cellule d'aide psychologique est en place.

VENDREDI.
Cinéma. Zim and Co. (Pierre Jolivet, France, 2005 avec Adrien Jolivet, Mhamed Arezki, Yannick Nasso, Naida Ayadi).
Zim mène une vie insouciante en exerçant plusieurs travaux au noir. Un accident de scooter l'amène devant un juge qui l'oblige à trouver un emploi déclaré pour éviter la prison.
La quête de Zim à la recherche d'un emploi "normal"est traitée comme un parcours du combattant par un réalisateur plus convaincant dans ce portrait de jeunesse que dans la défense du petit patronat (Ma petite entreprise). Sans expérience, sans permis de conduire, Zim doit trouver des subterfuges pour se faire accepter par un employeur, ce qui entraîne une série de catastrophes qui s'enchaînent selon l'effet boule de neige hérité du burlesque. Avec Zim et ses amis, soigneusement colorés, Pierre Jolivet donne un bon aperçu de la jeunesse et de ses impasses. On est certes plus du côté de Klapisch que des frères Dardenne mais le ton enlevé et la bonne humeur des jeunes acteurs sont des atouts efficaces.

SAMEDI.
Football. SA Épinal - Vauban Strasbourg 3-2. Six avertissements et trois expulsions dans les cinq dernières minutes. A la Colombière, il ne faut jamais partir avant la fin.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°224 - 11 septembre 2005

DIMANCHE.
Invent'Hair. R envoie cliché d'un salon "Changez d'Hair", sis à Ploemeur, Morbihan.

TV. Paparazzi (Alain Berbérian, France, 1998 avec Vincent Lindon, Patrick Timsit, Isabelle Gélinas, Nathalie Baye, Catherine Frot; diffusé sur Canal + en août 2005).
Un quidam perd son emploi suite à une photo à la une d'un magazine à scandales qui le montre assistant à un match de foot alors qu'il devait être au travail. Il retrouve le photographe et devient son assistant.
Ç'aurait pu être un film à vocation vertueuse visant à dénoncer les menées des paparazzi qui empoisonnent la vie de nos gentilles vedettes. Malgré quelques interventions complaisantes de celles-ci (Bruel, Arthur, Claire Chazal...), Berbérian tourne heureusement le dos au film moral pour se contenter d'une comédie gentillette où Patrick Timsit retrouve un rôle voisin de celui qu'il interpréta dans La Crise de Coline Serreau, où il formait déjà tandem avec Vincent Lindon. C'est largement suffisant.

LUNDI.
Vie littéraire. Je me mets au travail, au vrai, et entame la chronique que je proposerai à Histoires littéraires sur le thème de la vie littéraire vue dans la presse. J'ai un beau tas de suppléments, articles, coupures et enregistrements amassés au cours des trois derniers mois et qu'il faut maintenant exploiter.

MARDI.
Lecture 1. Bulletin Marcel Proust n° 52 (Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, 2003; 238 p., sur abonnement).
Comme souvent, le bulletin ouvre sur un inédit, ici quatre lettres de Proust au prince de Polignac chez qui il allait écouter de la musique, notamment celle de Reynaldo Hahn. La flagornerie dont Proust fait preuve dans sa correspondance, même si c'est un trait assez commun à l'époque, me surprend toujours un peu ("votre don exceptionnel excuse mon remerciement anormal"). On passe ensuite aux rapports entre Proust et la littérature de son temps avec un article sur "Le côté Elstir de Dostoïevski" et, plus inattendu, un intéressant "Proust lecteur d'H.G. Wells" qui compare les machines à explorer le temps imaginées par les deux écrivains. Toujours sur l'histoire littéraire, Aude Le Roux compare les "Représentations baudelairienne et proustienne de la vieillesse", Elias Ennaïfar trouve des traces proustiennes dans deux romans de Balzac, Le Père Goriot et Le Curé de Tours, et conclut son article par une citation de Bernard Guyon ("on serait tenté de poser cette question paradoxale : Balzac a-t-il lu Proust") qui rappelle le "Pourquoi Joyce admirait tant Perec" de Jacques Lederer. La bibliographie recense la masse d'articles publiés sur Proust au cours de l'année 2002 d'où l'on sortira l'alléchant texte de Roger Barny intitulé "Une sensation olfactive complexe dans les toilettes des Champs-Elysées". Pour rester dans le domaine sensitif, on regrettera de n'avoir pu assister à la communication de Thanh-Vân Ton-That à l'université d'Orléans sur le thème "Les asperges chez Proust : un fantasme culinaire".

TV. Malpertuis (Harry Kümel, France-Belgique, 1971 avec Orson Welles, Susan Hampshire, Michel Bouquet, Mathieu Carrière, Jean-Pierre Cassel, Sylvie Vartan; diffusé sur Canal + en ?).
Un jeune marin assiste aux dernières heures de son grand-oncle Cassave dans son domaine de Malpertuis. Cassave lègue une grosse fortune à ses héritiers mais cet héritage est assorti d'une condition : ils ne devront en aucun cas sortir de Malpertuis, où des phénomènes étranges ne tardent pas à se produire.
Si l'on apprécie l'univers de Jean Ray, on ne sera pas déçu par cette adaptation qui restitue fidèlement l'atmosphère fantastique teintée de surréalisme propre à l'auteur. L'idée de départ de Jean Ray, qui consiste à faire réapparaître sous des traits contemporains des figures mythologiques, est une trouvaille suffisamment riche pour faire tenir le film jusqu'à la révélation finale. Ceux qui, j'en suis, n'ont pas gardé un souvenir inoubliable du livre et ne manifestent pas de penchant prononcé pour le fantastique retiendront les apparitions d'Orson Welles, dans un rôle économique de baleine sous édredons : il joue l'oncle Cassave qui ne quitte son lit que pour être convoyé au cimetière.

Lecture 2. Le cambrioleur en maraude (The Burglar on the Prowl, Lawrence Block; William Morrow/HarperCollins, New York, 2004; Éditions du Seuil, coll. Policiers, 2005 pour la traduction française; traduit de l'américain par Etienne Menanteau; 336 p., 20 €).
Bernie Rhodenbarr, libraire et cambrioleur à ses heures perdues, accepte de visiter l'appartement d'un vieux beau qui a fait du tort à l'un de ses amis. En chemin, il ne résiste pas à la tentation de pénétrer dans un autre logement. Cette entorse à son programme va avoir des conséquences inattendues.
Après le loupé de Lendemains de terreur, on est rassuré de voir Lawrence Block revenir à l'un de ses héros récurrents, le sympathique Bernie Rhodenbarr. Comme René Fallet dans un autre genre, Lawrence Block cultive deux veines : sa face sombre est réservée aux aventures de Matt Scudder, le privé alcoolique, et son côté léger apparaît dans les aventures de Rhodenbarr. Seulement, la résurrection ne dure qu'une petite centaine de pages. Lawrence Block a en effet imaginé une histoire à tiroirs beaucoup trop complexe pour qu'on s'y attache jusqu'au bout et l'intérêt retombe très vite. On attendra la prochaine apparition de Matt Scudder pour voir si la crise est durable.

MERCREDI.
Emplettes. J'achète un grimpant, un recueil de poèmes, les actes d'un ancien Colloque des Invalides et le petit volume de Vux de Perec, mystérieusement disparu de mes rayonnages.

TV. Football. Eire - France (0 - 1).
Vu sans pouvoir m'empêcher de penser à Jacques Chirac et à la soirée Corona - cacahuètes qu'il a dû organiser en cachette au salon télé de son étage du Val-de-Grâce.

JEUDI.
TV. Desperate Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes 1, 2 & 3 diffusés le soir même sur Canal +).
C'est l'événement télévisuel de la rentrée, si l'on en croit les gazettes, spécialisées ou non. Un quatuor de femmes quadragénaires, menant une vie aisée dans une banlieue chic (un cadre lisse qui rappelle celui d'Edward aux mains d'argent), une vie bouleversée par le suicide imprévisible d'une voisine. L'événement amène chacune d'entre elles à s'interroger sur sa propre existence, en tout point semblable à celle de la défunte malgré les situations différentes : l'une peine à élever trois enfants turbulents en l'absence d'un mari en perpétuel voyage d'affaires, l'autre trompe son ennui et son mari avec son jardinier, la troisième cherche à s'attirer les faveurs d'un nouveau voisin après son divorce et la dernière est une épouse d'une perfection telle que son mari ne rêve que de la quitter. Les deux premiers épisodes, menés sur un ton léger, caractérisent les personnages dans une suite de scènes amusantes, certes, mais insuffisantes sur le plan dramatique, ce qui explique peut-être le refus de la chaîne HBO, qui a pourtant la réputation de flairer les bons coups, de se lancer dans la production de la série. Mais peu à peu, les fêlures se devinent, puis apparaissent, le comportement étrange du veuf pas vraiment éploré et les activités mystérieuses du nouveau voisin laissent pressentir des développements intéressant, ce qui est tant mieux car on est tout de même partis pour vingt-trois épisodes. Une fausse note : la voix off envahissante et sentencieuse de la suicidée qui commente les péripéties.

VENDREDI.
Courrier. Je commande des DVD au Monde, envoie des coupures à Y. Parallèlement, je reçois, at home, une lettre du Ministre de l'Éducation Nationale qui a l'air de me tenir en haute considération : "C'est la première rentrée que nous allons assumer ensemble. C'est l'occasion de vous exprimer directement et personnellement mon estime, mon soutien et mes encouragements à aborder cette année scolaire avec confiance et dans l'esprit de responsabilité qui vous caractérise." Je ne vais pas plus loin, je rougis déjà, mais je me demande comment cet homme a fait pour me connaître si bien. Si j'avais su, je serais passé lui dire bonjour le mois dernier quand je me promenais près de la rue de Grenelle.

Vie professionnelle. Cette année, mon emploi du temps ne m'accorde que deux heures de cours le vendredi, de 15 à 17 heures. C'est la première fois que j'expérimente ce cas de figure, et je m'aperçois qu'il est tout à fait taillé pour moi. Je passe la matinée à travailler pour Histoires littéraires, m'occupe des trajets des filles pour l'école et de la croûte, suis le tiercé en direct et m'accorde une belle sieste avant de partir. Deux petites heures de cours "dans l'esprit de responsabilité qui [me] caractérise" et puis s'en va, les fâcheux ne se sont même pas aperçus de ma présence. A ce rythme-là, je serais presque prêt à travailler jusqu'à ma retraite. Il faudra que j'en parle au ministre.

Cinéma. Peindre ou faire l'amour (Arnaud & Jean-Marie Larrieu, France, 2005 avec Daniel Auteuil, Sabine Azéma, Sergi Lopez, Amira Casar, Philippe Katerine, Hélène de Saint-Pierre, Roger Mirmont).
Un couple s'installe dans une maison isolée du Vercors et se lie d'amitié avec des autochtones, un aveugle et sa femme. Une relation à quatre, plus intime, ne tarde pas à s'établir.
Belle performance des frères Larrieu qui réussissent à éviter le côté scabreux du sujet, les échanges entre couples, filmés avec pudeur, arrivant de façon presque naturelle. C'est tout de même dommage de réussir cela pour tomber, et de haut, dans un travers inattendu de leur part, si l'on a vu Un homme un vrai, leur précédent film : le ridicule. Principale victime : Sergi Lopez. Il joue l'aveugle, porte des lunettes noires et ressemble à une sorte de John Belushi du Vercors dissertant avec emphase sur la couleur des courants d'air. Les dialogues, sur la peinture, la nature et autres, sont d'une niaiserie peu commune. Un exemple. La maison des voisins a brûlé. Réaction de William (Auteuil) : "On ne sait pas combien de temps il leur faudra pour donner un sens à l'événement". Le meilleur passage du film est, paradoxalement, celui où Auteuil et Azéma se retrouvent seuls, abandonnés par leurs compagnons en galipettes et découvrent combien ils leur sont attachés et leur manquent. Les frères Larrieu constituaient jusque là un bel exemple de cinéastes attachés à un territoire, les Pyrénées, qui servaient de cadre à leurs oeuvres précédentes. On ne peut que leur souhaiter d'y retourner fissa, l'air du Vercors et les subventions du Conseil Régional de Rhône-Alpes ne leur valent manifestement rien.

SAMEDI.
Aptonymes. Découvertes des nouveaux aptonymes mis en ligne par Alain Zalmanski sur http://www.fatrazie.com/news.htm. Celui-ci a l'amabilité de m'en attribuer un certain nombre mais pour beaucoup je n'ai fait que lui transmettre les trouvailles envoyées par des notuliens attentifs. Qu'ils soient ici remerciés.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°225 - 18 septembre 2005

DIMANCHE.
TV. J'me sens pas belle (Bernard Jeanjean, France, 2004 avec Marina Foïs, Julien Boisselier; diffusé sur Canal + en août 2005).
Une célibataire déçue par les hommes, la trentaine, invite à dîner un collègue de travail avec l'intention de tenter une nouvelle aventure sentimentale.
En 2002, Frédéric Jardin avait déjà fait une tentative de film à deux personnages avec Charles Berling et Édouard Baer dans Cravate club. L'entreprise est risquée, il faut, pour la réussir, un texte de haute tenue, ce qui n'est le cas dans aucun des deux films, ou des interprètes exceptionnels. Boisselier et Foïs sont bien sympathiques mais n'ont pas vraiment la carrure, disons qu'ils sont adaptés au texte qu'on leur propose, un jeu sur le mode "je te veux/je ne te veux plus" qui manque de consistance. On n'a rien trouvé de mieux ici, pour aérer le propos, que la multiplication des conversations téléphoniques, un subterfuge qui montre bien que le monde extérieur fait cruellement défaut à l'aventure. L'audace tourne vite au ronron gentillet, jusqu'au happy end attendu.

LUNDI.
Courrier. Arrivée d'un bel objet, le dernier volume en date consacré à Perec, hommage collectif à Bernard Magné dû aux éditions Joseph K.

MARDI.
Lecture. Les à-côtés du siècle (Du Lérot éditeur, coll. "En marge" et Paragraphes, Université de Montréal, Québec, 2001; 160 p., 22,85 €).
Premier colloque des Invalides, 7 novembre 1997, textes réunis par Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens.
Pour cette première édition, le sujet du colloque est assez vague. Invités à traiter un aspect marginal des années 1870-1920, les intervenants ont choisi d'évoquer des auteurs (Pantaléon John, Roberto de Las Carreras, Marc de Montifaud...), des aspects ignorés d'auteurs connus (le lyrisme chez Alphonse Allais), des genres (le pastiche), des angles d'approche (l'intertextualité chez Proust), des collections (le catalogue clandestin de livres érotiques de Gay et Doucé), des thèmes (les écrivains francophones victimes du chemin de fer) qui peuvent être classés "à côté" de la norme et qui pourront plus tard apparaître dans d'autres éditions du colloque aux sujets mieux définis : les ratés de la littérature, les mystifications littéraires, les fous littéraires. On n'a pas encore, dans cette première livraison, les résumés des débats qui suivent les communications et qui apportent souvent des précisions intéressantes. Cependant, la norme est déjà établie, des interventions limitées à cinq minutes par personne qui fouillent avec minutie et érudition un aspect original de la littérature du tournant du siècle, un régal pour le curieux qui, parmi d'autres découvertes, n'oubliera pas la figure de Sir John George Tollemache Sinclair (1825-1912), auteur de Larmes et sourires - Poésies originales et traduites des chefs-d'uvre de la poésie anglaise, un fourre-tout de 1023 pages dans lequel il laisse libre cours à son goût pour les listes et l'énumération. On y trouve une "liste des personnes connues", une liste des "infractions des règles prosodiques de Boileau", celle de "quelques personnes dont les noms se trouvent dans les biographies générales et qui ont été malheureuses dans leur mariage" (accompagnée des précisions suivantes : "Dans cette liste on peut comprendre les maris de toutes ces femmes et les femmes de tous ces hommes"). "Une autre manière de relativiser le malheur des mal mariés (je cite Michel Pierssens, l'auteur de l'exposé) consiste à donner la liste des "personnes d'importance qui ne se sont jamais mariées", de Jésus-Christ à Alexandre Dumas père - liste plus brève que celle des "personnes d'importance qui se sont suicidées", mais plus longue que celle des candidats au suicide qui en sont réchappés, parmi lesquels, dit-il, Chateaubriand, Napoléon, George Sand et Saint-Simon (le socialiste). La "liste des personnes connues qui ont exprimé des opinions défavorables sur les oeuvres de Shakespeare, ou qui les ont corrigées" introduit une longue étude sur le dramaturge, où ce dernier se fait fustiger pour n'avoir pas parlé de la "classe ouvrière", tandis que Hamlet donne l'occasion de rappeler des statistiques sur le suicide."

TV. Les grands espaces (The Big Country, William Wyler, E.-U., 1958 avec Gregory Peck, Jean Simmons, Carroll Baker, Charlton Heston; diffusé sur Télé Monte-Carlo en ?).
James McKay arrive de Baltimore. Il doit épouser la fille d'un riche fermier du Middle West en guerre avec ses voisins.
Une femme enlevée, le meurtre d'un fils par son père, deux familles en guerre l'une contre l'autre : si l'on veut considérer, comme c'est parfois le cas, le western comme une version modernisée de la tragédie antique, les thèmes présents dans ce film en constituent un bon exemple avec, en plus, le problème plus typiquement américain d'un territoire, les grands espaces du titre, à conquérir et à administrer. Le personnage interprété par Gregory Peck est un héros surprenant. Il vient de la ville, avec des valeurs et des attitudes qui choquent : ses vêtements, son refus de la violence, son langage ne sont pas ceux d'un homme de l'Ouest. Pour s'affirmer, il devra cependant se plier aux coutumes locales, dompter un cheval indocile, mener une vie de cow-boy, se battre (William Wyler filme les combats en plans larges, pour montrer la réticence de McKay) mais le seul coup de feu qu'il consent à tirer se perd dans la poussière. Un film intéressant, qui aurait pu être plus ramassé, sa durée, près de trois heures, étant tout de même un handicap.

MERCREDI.
Emplettes. J'achète le Simenon de Pierre Assouline et récupère l'appareil photo décabossé. Le vendeur tient à prévenir tout futur accident et me répète, le doigt levé : "La dragonne ! La dragonne !" Sans doute un ancien moniteur de ski, ou un émule d'Alfred Jarry.

TV. Je suis un assassin (Thomas Vincent, France, 2004 avec François Cluzet, Karin Viard, Bernard Giraudeau, Anne Brochet; diffusé sur Canal + en août 2005).
Kantor est un écrivain à succès qui ne supporte plus de voir ses droits d'auteur happés par la femme dont il vient de divorcer. Il charge un de ses confrères désargenté, Ben, de la supprimer.
Il s'agit de l'adaptation d'un des rares romans de Westlake que je n'ai pas encore lus, Le contrat, paru en France en 2000, soit peu après Le couperet récemment porté à l'écran par Costa-Gavras. Impossible donc de dire si le film est ou non fidèle à l'histoire imaginée par l'écrivain, cependant on remarque que l'aspect polar n'a pas vraiment intéressé le réalisateur. Il se débarrasse en effet assez rapidement du problème de la femme en trop, repérée, traquée et vite éliminée par le romancier tueur. Le film s'intéresse ensuite beaucoup plus longuement à l'espèce de folie morbide qui s'empare de Kantor et de la femme de Ben, hantés par la présence de la disparue. Thomas Vincent réussit à créer une atmosphère de malaise très dérangeante au sein de laquelle François Cluzet (Ben), retrouve un rôle aussi fort que celui qu'il tenait dans L'Enfer de Chabrol.

JEUDI.
Vie sociale. Et même mondaine pour l'occasion, puisque c'est le député-maire local qui célèbre le mariage de son fils et qui a invité la moitié de la ville pour l'occasion. Ce n'est pas, à quelques exceptions près, la moitié que je préfère. Nous quittons rapidement les lieux avant que la nostalgie de l'époque des attentats anarchistes ne soit trop forte.

VENDREDI.
Vie littéraire. J'envoie ma proposition de chronique à Histoires littéraires. Résolument optimiste, j'ai déjà commencé à travailler sur la suivante. Je ne suis pas très rassuré pour autant. Hors sujet, hors délais, sans saveur, sans intérêt... Il ne fait pas bon redevenir élève, parfois.

TV. Vij (Konstantin Ierchova & Georgui Kropatchova, URSS, 1967 avec Leonide Kouravlev, Natalia Varleï; diffusé sur Canal + en ?).
Un jeune séminariste de Kiev doit se rendre au chevet d'une jeune morte et prier pour son âme pendant trois nuits. Des phénomènes étranges se déroulent pendant la veillée funèbre.
Ce n'est pas tous les jours qu'on peut dire qu'on a vu un film fantastique soviétique des années 60. Celui-ci, adapté d'une nouvelle de Gogol, est plutôt réussi, les décorateurs et les truqueurs s'en sont apparemment donné à cur joie. Ce qui est sûr, c'est que les trognes des moujiks qui peuplent le film ne se rencontrent dans aucune autre cinématographie.

SAMEDI.
Football. AS Nancy Lorraine - FC Metz 1 - 1. Je délaisse le frigo de la Colombière pour effectuer avec R une deuxième incursion dans le chaudron nancéien. Baladés de porte en porte, refoulés par les CRS qui bloquent les rues entre deux petites charges gentillettes, nous nous apercevons rapidement que la signalétique du stade Marcel-Picot n'est pas franchement accessible au Vosgien de base. Nous parvenons tout de même à gagner nos sièges à temps pour assister au coup d'envoi (ce qui est chanceux car le premier but intervient au bout de quarante secondes) et suivre à cette bataille pour la suprématie lorraine qui est surtout, c'est moins glorieux, un combat pour éviter la dernière place du championnat. Pour l'occasion, j'ai laissé mon drapeau messin dans ma poche : la bêtise épaisse qui émane de quelques propos, banderoles et attitudes, incite à la plus élémentaire prudence.

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°226 - 25 septembre 2005

DIMANCHE.
Vie patrimoniale. Nous profitons des Journées du patrimoine pour découvrir l'intérieur de la chapelle Saint-Michel et ses fresques dont j'ai appris l'existence il y a peu. La balade se poursuit au parc du Château, transformé en champ d'expérimentation d'art contemporain. On y voit des concepts usés jusqu'à la corde (téléviseurs, cubes peints, calicots autoréférents) et des choses plus intéressantes.

Pollution visuelle

Vie littéraire. Jean-Jacques Lefrère a transmis ma proposition de chronique au comité de la revue Histoires littéraires et me fait part des premières réactions ("satisfaction, approbation et suggestion"). Je recommence à respirer.

TV. Desperate Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes 4 & 5, diffusés sur Canal + le 15 septembre).

LUNDI.
Vie littéraire. Ma chronique sera au sommaire du prochain numéro d'Histoires littéraires. La respiration se fait plus ample.

TV. Le Diable par la queue (Philippe de Broca, France, 1968 avec Yves Montand, Madeleine Renaud, Jean Rochefort, Marthe Keller; diffusé sur Canal + en février 2003).
Des châtelains désargentés ont l'idée de transformer leur demeure en hôtel de luxe.
Avec Mon oncle Benjamin et Raphaël ou le débauché, sortis à la même époque, Le Diable par la queue témoigne d'un certain intérêt du cinéma français pour le libertinage. Pas de costumes ici toutefois mais une histoire bien contemporaine avec gangsters et voitures américaines. La châtelaine interprétée par Madeleine Renaud utilise toutes les ressources humaines (la part féminine de sa descendance) et géographiques (les chambres et le parc du château) pour retenir les clients de passage. C'est gentiment amoral, servi par des interprètes plaisants (l'occasion de voir Jean Rochefort sans moustaches et Montand dans son premier rôle léger) et peut-être à comparer avec La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, que je n'ai jamais vu.

MARDI.
Courriel. Échange avec JMP, heureux détenteur d'un exemplaire des Larmes et sourires de Sir John George Tollemache Sinclair.

Courrier. Y envoie une vue de Bucarest.

Vie familiale. Sortie restauratrice pour fêter les huit ans de Lucie avec un jour d'avance.

MERCREDI.
Emplettes. Huysmans, que je n'ai toujours pas lu, est enfin disponible en édition savante. Ce n'est pas la Pléiade mais ce premier volume de la collection Bouquins a l'air de haute tenue. J'acquiers.

JEUDI.
Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

TV. Desperate Housewives (série américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross, Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes 6 & 7, diffusés sur Canal + le soir même).
Maintenant, on voit comment la série est construite : les ingrédients de nature policière (pourquoi Mary Alice s'est-elle suicidée ? pour quelles raisons Mike s'est-il installé dans le quartier ?) sont relégués à la fin des épisodes, histoire de s'assurer la fidélité du téléspectateur. Le reste du temps, les tranches de vie des quatre personnages principaux sont traités sur un ton léger. Marivaudage entre Susan et Mike, comédie familiale pour le couple Lynette-Tom Scavo, vaudeville du côté de Gabrielle qui essaie d'échapper à la surveillance de sa belle-mère, déballage psychanalytique pour le couple Bree-Rex Van de Camp. C'est plutôt drôle et réussi dans le genre mais on s'attendait, à l'ouverture de la série, à quelque chose d'un peu plus noir, d'un peu plus profond. C'est peut-être en préparation avec le coup de théâtre qui clôt le dernier épisode, l'accident causé par Zach Van de Camp que ses parents semblent avoir l'intention de dissimuler.

VENDREDI.
Vie technologique. J'ai commandé l'autre jour un CD à la FNAC. Un CD audio, avec de la musique dessus, un disque comme on disait. Depuis qu'il n'y a plus de disquaire à Épinal, je commande mes disques sur Internet. Aujourd'hui, je reçois un courriel de la FNAC qui, pour me remercier de ma commande, m'invite à télécharger gratuitement un morceau de musique sur son site. Le téléchargement, je n'entends parler que de ça, il paraît même que ça va tuer l'industrie du disque. Lors, alléché par l'aubaine (c'est un cadeau d'une valeur de 0,90 €, tout de même) et titillé par l'idée de passer pour un homme du vingt-et-unième siècle (l'autre jour, un visiteur se gaussait des cassettes que j'utilisais encore), je suis les instructions pour procéder à mon premier téléchargement. Bien sûr, je n'arriverai pas au bout, je n'ai pas le programme idoine ou je ne sais pas le mettre en marche mais ça n'a guère d'importance : je n'aurais de toute façon jamais écouté ce morceau... J'ai mis beaucoup de temps à admettre que l'écriture avait sa place dans ou sur un ordinateur, il m'en faudra encore plus pour considérer cet outil comme une boîte à musique (et je ne parle pas des images, des films qu'on télécharge). Pour l'instant, je vais continuer à cultiver ma part néolithique et continuer à acheter des disques tant qu'il s'en vend encore.

Cinéma. Broken Flowers (Jim Jarmusch, E.-U., 2005 avec Bill Murray, Julie Delpy, Jeffrey Wright, Sharon Stone, Frances Conroy, Chloë Sevigny, Jessica Lange).
Don, célibataire endurci, reçoit une lettre anonyme dans laquelle il apprend qu'il est le père d'un enfant de dix-neuf ans. Il part à la recherche de ses anciennes conquêtes : laquelle a eu un enfant de lui ?
Il n'y aura pas de réponse à cette question. L'histoire de la recherche en paternité, si elle est le fil narratif du film, n'intéresse guère. Elle n'est qu'un prétexte à une visite de quelques morceaux d'Amérique à la suite de Jarmusch et de son personnage. Les anciennes maîtresses de Don appartiennent désormais à des milieux divers, l'ancienne hippie s'est embourgeoisée, une autre est tombée dans le sous-prolétariat... A chaque fois, Don achète des fleurs, pose quelques questions, et repart. C'est plutôt maigre... Mais il y a Bill Murray. Et mieux : il y a Bill Murray d'après Lost in Translation. Tout le monde a pu voir dans ce film, Jarmusch le premier, que Murray n'avait pas son pareil pour habiter un plan, avec sa seule présence physique. Alors on ne joue plus que là-dessus et on lui offre des rôles de dandy ironique et peu loquace. Broken Flowers est un catalogue Bill Murray, son press-book : Bill Murray seul sur un canapé, Bill Murray dans un aéroport, le réveil de Bill Murray, Bill Murray tient un bouquet de fleurs... C'est vrai que sa façon de se tenir assis, sa façon d'ouvrir un oeil, sa façon de tenir un objet sont uniques, que son visage porte bien l'espèce de distance amusée que Jarmusch veut donner à son personnage. Alors on marche et le film se regarde sans ennui. Mais ça ne marchera pas à tous les coups...

SAMEDI.
Vie culturelle. Les lampions de la fête anniversaire de Lucie sont à peine éteints que nous filons à Vandoeuvre pour une soirée vaudeville (La fille bien gardée de Labiche et Feu la mère de madame de Feydeau) dans laquelle on peut applaudir Ch., notulienne de choc. Les filles supportent assez bien leur baptême théâtral.

Bon dimanche.