Notules
dominicales de culture domestique n°223 - 4 septembre 2005
DIMANCHE.
Vie au grand air. Pique-nique dans
les coteaux de Saint-Laurent en guise de pré-pré-rentrée.
La réussite de la journée, que ne parviendront pas à
entamer une durite fugueuse et une guêpe piqueuse, occasionne la
première - légère mais tenace - dépression
du dimanche soir.
TV. 25 degrés en hiver
(Stéphane Vuillet, Belgique-France, 2003 avec Jacques Gamblin,
Carmen Maura, Ingeborga Dapkunaite; diffusé sur Canal + en juillet
2005).
Miguel, coincé dans un bouchon à proximité d'un aéroport,
hérite d'une passagère imprévue en la personne de
Sonia, une Ukrainienne à la recherche de son mari.
Jacques Gamblin est à l'aise dans un rôle inattendu d'Espagnol
bohème et un peu ahuri au service d'un petit film attachant qui
le promène à travers la Belgique à la recherche d'un
mari fugueur. Outre Sonia, il voyage en compagnie de sa mère et
de sa fille, utilisée sans excès pour donner une charge
émotionnelle à l'histoire. Sympathique.
LUNDI.
Courrier. Derniers feux de l'été
avec une carte postale des M, sur l'île d'Yeu.
Lecture. Viridis Candela (Carnets
trimestriels du Collège de 'Pataphysique n° 18, 15 décembre
2004; 80 p., 15 €).
Ce numéro est consacré à François Le Lionnais
(1901-1984), mathématicien, écrivain, spécialiste
des échecs, fondateur de l'Oulipo et de l'Oulipopo (Ouvroir de
littérature policière potentielle), régent du Collège
de 'Pataphysique, érudit touche-à-tout adepte du disparate.
On regrettera la note de la page 42 qui énonce "On n'a pas
reproduit ici l'article de François Le Lionnais La Peinture
à Dora (Confluences, mars 1946), car il a été
plusieurs fois republié et il reste disponible aux éditions
de l'Échoppe, 1999." En effet, il n'est pas aisé de
se procurer ce texte essentiel dans lequel Le Lionnais raconte les visites
virtuelles du Louvre qu'il organisait au camp de Dora pour ses camarades
déportés. L'un de ceux-ci, Jacques Bergier, est un personnage
intéressant qui "affirmait que tous les discours du général
de Gaulle, lors de ses présidences, avaient été scientifiquement
démarqués de Chéri-Bibi de Gaston Leroux."
On y trouve aussi une photo de la cantatrice Félia Litvine qui
justifie son surnom ("la tour de mamelles"), une notice sur
L'homme qui faisait des boustrophédons de Claude Daubercies
(notulien) et l'amusant catalogue d'une exposition consacrée à
l'Art absent qui contient de belles pièces comme Le Cirque de
Paul Gavarni (retiré pour faire place à l'extincteur),
une Nature morte à la théière de Chardin (A
retirer, les fruits commencent à pourrir) ou un anonyme Paysage
d'automne en hiver, peinture à la craie malencontreusement
effacée par une femme de ménage zélée.
TV. Amour et mort à Long
Island (Love and Death on Long Island, Richard Kwietniowski,
G.-B., 1996 ave John Hurt, Jason Priestley, Fiona Loewi; diffusé
sur Canal + en juillet 1999).
Il fallait oser cette histoire qui voit un écrivain anglais d'âge
mûr se prendre de passion pour un jeune acteur américain
spécialisé dans les films adolescents nunuches et entreprendre
le voyage jusqu'à Long Island pour tenter de le rencontrer. Le
mérite du film est de ne jamais sombrer dans le ridicule, et ce
grâce à la présence de John Hurt, plus anglais que
nature. Le personnage qu'il interprète, un écrivain reclus,
sorte de Julien Gracq d'outre-Manche, voit sa vie bouleversée par
un amour interdit qui met à bas toutes ses valeurs, le silence,
la discrétion, une certaine conscience de classe, pour lui faire
découvrir l'inconnu : l'Amérique, la jeunesse, la futilité.
MARDI.
Vie avunculaire. Le neveu nouveau
est arrivé, Rémi Didion né ce matin à Bruxelles.
TV. San Antonio (Frédéric
Auburtin, France, 2004 avec Gérard Lanvin, Gérard Depardieu,
Jérémie Renier; diffusé ce mois sur Canal +).
Le commissaire San Antonio est chargé de retrouver le président
de la République, mystérieusement disparu.
Frédéric Auburtin n'est pas le premier à se casser
les dents en tentant de porter à l'écran les personnages
de Frédéric Dard. En son temps (1966) Guy Lefranc s'y était
déjà essayé en offrant le rôle de San Antonio
à Gérard Barray (Sale temps pour les mouches, Béru
et ses dames). Il n' y a pas ici d'erreur de distribution : Lanvin
est un San Antonio crédible, Luis Rego campe un Pinaud plus vrai
que nature, Michel Galabru retrouve les accents du Gendarme de Saint-Tropez
dans son rôle de chef de la police et on a désormais l'habitude,
même si ce n'est pas une consolation, de voir Depardieu dans des
rôles gras (Obélix, RRRrrrr !!!, Boudu...). L'intrigue,
reposant sur une sorte de parodie des romans d'espionnage qui fait bon
marché de la géopolitique, est aussi lâche et filandreuse
que dans les livres. Claude Berri, producteur, a eu beau ne pas lésiner
sur les moyens (poursuites automobiles, lieux de tournage exotiques),
on ne s'intéresse pas une seconde à l'histoire. Il demeure,
comme ingrédients essentiels de la série San Antonio, le
langage et les situations lestes qui, qu'on les apprécie ou non,
en ont fait le succès. Les digressions de l'auteur sont impossibles
à reproduire à l'écran et il ne reste à se
mettre sous la dent que quelques greluches dénudées et une
poignée de sous-produits de l'almanach Vermot distillés
sans conviction. Le ratage est total.
MERCREDI.
Courrier. J'envoie des aptonymes à
AZ, des coupures à Y et une lettre à la Bilipo.
Vie professionnelle. C'est demain
la rentrée, ou du moins la pré-rentrée, les élèves
n'arriveront que vendredi. Ce serait mentir de dire que j'attends ce jour
avec impatience, mais habituellement il est précédé
d'une certaine curiosité, sensation plutôt agréable.
Il y a l'emploi du temps à découvrir, qui conditionnera
le mode de vie à suivre en dehors de l'école et la persistance
ou non des fins de semaine parisiennes. Il y a les nouvelles têtes,
l'habituelle brigade de jeunes collègues en provenance de Nancy
qui débarquent et qui, après avoir traversé Nomexy
et Châtel, vu la gare rasée, les rues vides et les usines
fermées, se demandent ce qu'ils ont fait au bon Dieu pour atterrir
ici. Après un moment de stupeur, ils songent à l'évasion,
ils interrogent les anciens et tombent de leur chaise quand ceux-ci leur
apprennent qu'ils sont ici depuis x ou y années (une bonne vingtaine
pour moi). Plus tard, l'étonnement fera place chez certains, convaincus
que l'excellence de leur enseignement est destinée à des
frontons plus ronflants et à des univers plus urbains, à
une vague condescendance. D'autres tomberont dans le chaudron et, volens
nolens, y resteront, ayant fini comme moi par s'apercevoir qu'on n'y
est pas plus mal qu'ailleurs. Aujourd'hui, curieusement, pas de curiosité
mais un mélange de sensations que j'essaie d'inventorier en arrachant
mes patates. En premier lieu, je trouve la haine de l'ennui. J'ai déjà
parlé l'an dernier de la vacuité qui préside à
ces journées de pré-rentrée, qui n'a d'équivalent
que dans le regretté service militaire. Cette année, le
programme de la journée, reçu la semaine dernière,
m'atterre. L'après-midi est consacrée à une série
de causeries creuses qui promettent un emmerdement maximum. Or, l'âge
aidant, je supporte de moins en moins le fait de perdre mon temps et ce
qui auparavant m'agaçait me met aujourd'hui franchement en rogne.
Deuxième raison, la qualité des vacances qui s'achèvent.
Là aussi, il y a rupture. Les dernières années, Ulysse
et Lassie me laissaient peu de repos (le personnel de la pharmacie étant
moindre en été, Caroline y assure une présence non
stop) et je finissais les vacances sur les rotules, presque heureux de
reprendre le collier et le bâton de craie pour échapper au
tintouin quotidien. Elles ont grandi, sont devenues moins exigeantes et
plus autonomes (ce qui, si je me mets à y réfléchir
est un crève-cœur d'une autre catégorie) et j'ai pu travailler
à mes grimoires et à mon jardin beaucoup plus et beaucoup
mieux que les étés passés. Et enfin il y a le coup
de massue que fut cette semaine l'arrivée de Rémi, neveu
nouveau venu au monde avec ce que tout futur parent redoute avant une
naissance, promesse d'une vie douloureuse pour lui et les siens. Les futilités
de la rentrée, de la pré-rentrée, de l'après-rentrée
sont peu de choses face à la peine que je ressens pour mon petit
frère et sa famille.
TV. Mort d'un pourri (Georges
Lautner, France, 1977 avec Alain Delon, Ornella Muti, Stéphane
Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Klaus Kinski).
Xavier Maréchal reçoit la visite de son ami, le député
Philippe Dubaye, qui lui annonce qu'il vient de tuer un collègue
parlementaire qui le faisait chanter. Maréchal accepte de protéger
son ami en lui fournissant un alibi.
Le thriller politique français n'avait pas bonne presse dans les
années 70. La critique trouvait les films de Lautner (qui avait
quitté le polar parodique pour ce genre) ou d'Yves Boisset très
schématiques, manichéens, simplistes. On regardait avec
plus de mansuétude les films de Costa-Gavras, parce qu'ils s'intéressaient
à une actualité passée (Section spéciale)
ou étrangère (Z, L'Aveu), et surtout les films politiques
italiens, ceux des Rosi, Montaldo eu Elio Petri. Mais les dénonciations
des abus des années Pompidou ou Giscard, si elles rencontraient
le succès public, étaient regardées de haut. Aujourd'hui,
c'est plus simple, le film politique français a disparu comme a
disparu d'ailleurs le politique qui, conscient de son impuissance à
peser sur l'économique, se réfugie dans la compassion médiatique
(Sarkozy et Chirac courant les enterrements) et la réglementation
comportementale (pas de voile, pas de tabac, pas de gros mots).
Mort d'un pourri est donc un film daté mais c'est un très
bon film. Son scénario tortueux, ses personnages multiples (plaisir
de voir Jean Bouise, Michel Aumont, Henri Virlojeux, Daniel Ceccaldi,
Julien Guiomar dans des rôles secondaires) tranchent avec la production
actuelle ou bien souvent on se contente d'épuiser une seule idée,
une seule situation. Ici on se perd avec plaisir dans les méandres
d'une affaire compliquée imaginée par Raf Vallet, auteur
de Série Noire moins talentueux que Daeninckx ou Manchette mais
tout aussi efficace dans la dénonciation de la corruption d'une
certaine classe politique. On a aussi plaisir à revoir le véritable
Alain Delon qui se retrouve face à Maurice Ronet presque vingt
ans après Plein soleil de René Clément.
JEUDI.
Vie familiale. Mes parents prennent
le train pour Bruxelles. Ma sœur est déjà là-bas.
La cellule d'aide psychologique est en place.
VENDREDI.
Cinéma. Zim and Co.
(Pierre Jolivet, France, 2005 avec Adrien Jolivet, Mhamed Arezki, Yannick
Nasso, Naida Ayadi).
Zim mène une vie insouciante en exerçant plusieurs travaux
au noir. Un accident de scooter l'amène devant un juge qui l'oblige
à trouver un emploi déclaré pour éviter la
prison.
La quête de Zim à la recherche d'un emploi "normal"est
traitée comme un parcours du combattant par un réalisateur
plus convaincant dans ce portrait de jeunesse que dans la défense
du petit patronat (Ma petite entreprise). Sans expérience, sans
permis de conduire, Zim doit trouver des subterfuges pour se faire accepter
par un employeur, ce qui entraîne une série de catastrophes
qui s'enchaînent selon l'effet boule de neige hérité
du burlesque. Avec Zim et ses amis, soigneusement colorés, Pierre
Jolivet donne un bon aperçu de la jeunesse et de ses impasses.
On est certes plus du côté de Klapisch que des frères
Dardenne mais le ton enlevé et la bonne humeur des jeunes acteurs
sont des atouts efficaces.
SAMEDI.
Football. SA Épinal - Vauban
Strasbourg 3-2. Six avertissements et trois expulsions dans les cinq dernières
minutes. A la Colombière, il ne faut jamais partir avant la fin.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°224 - 11 septembre 2005
DIMANCHE.
Invent'Hair. R envoie cliché
d'un salon "Changez d'Hair", sis à Ploemeur, Morbihan.
TV. Paparazzi (Alain Berbérian,
France, 1998 avec Vincent Lindon, Patrick Timsit, Isabelle Gélinas,
Nathalie Baye, Catherine Frot; diffusé sur Canal + en août
2005).
Un quidam perd son emploi suite à une photo à la une d'un
magazine à scandales qui le montre assistant à un match
de foot alors qu'il devait être au travail. Il retrouve le photographe
et devient son assistant.
Ç'aurait pu être un film à vocation vertueuse visant
à dénoncer les menées des paparazzi qui empoisonnent
la vie de nos gentilles vedettes. Malgré quelques interventions
complaisantes de celles-ci (Bruel, Arthur, Claire Chazal...), Berbérian
tourne heureusement le dos au film moral pour se contenter d'une comédie
gentillette où Patrick Timsit retrouve un rôle voisin de
celui qu'il interpréta dans La Crise de Coline Serreau,
où il formait déjà tandem avec Vincent Lindon. C'est
largement suffisant.
LUNDI.
Vie littéraire. Je me mets
au travail, au vrai, et entame la chronique que je proposerai à
Histoires littéraires sur le thème de la vie littéraire
vue dans la presse. J'ai un beau tas de suppléments, articles,
coupures et enregistrements amassés au cours des trois derniers
mois et qu'il faut maintenant exploiter.
MARDI.
Lecture 1. Bulletin Marcel Proust
n° 52 (Société des Amis de Marcel Proust et des Amis
de Combray, 2003; 238 p., sur abonnement).
Comme souvent, le bulletin ouvre sur un inédit, ici quatre lettres
de Proust au prince de Polignac chez qui il allait écouter de la
musique, notamment celle de Reynaldo Hahn. La flagornerie dont Proust
fait preuve dans sa correspondance, même si c'est un trait assez
commun à l'époque, me surprend toujours un peu ("votre
don exceptionnel excuse mon remerciement anormal"). On passe ensuite
aux rapports entre Proust et la littérature de son temps avec un
article sur "Le côté Elstir de Dostoïevski"
et, plus inattendu, un intéressant "Proust lecteur d'H.G.
Wells" qui compare les machines à explorer le temps imaginées
par les deux écrivains. Toujours sur l'histoire littéraire,
Aude Le Roux compare les "Représentations baudelairienne et
proustienne de la vieillesse", Elias Ennaïfar trouve des traces
proustiennes dans deux romans de Balzac, Le Père Goriot
et Le Curé de Tours, et conclut son article par une citation
de Bernard Guyon ("on serait tenté de poser cette question
paradoxale : Balzac a-t-il lu Proust") qui rappelle le "Pourquoi
Joyce admirait tant Perec" de Jacques Lederer. La bibliographie recense
la masse d'articles publiés sur Proust au cours de l'année
2002 d'où l'on sortira l'alléchant texte de Roger Barny
intitulé "Une sensation olfactive complexe dans les toilettes
des Champs-Elysées". Pour rester dans le domaine sensitif,
on regrettera de n'avoir pu assister à la communication de Thanh-Vân
Ton-That à l'université d'Orléans sur le thème
"Les asperges chez Proust : un fantasme culinaire".
TV. Malpertuis (Harry Kümel,
France-Belgique, 1971 avec Orson Welles, Susan Hampshire, Michel Bouquet,
Mathieu Carrière, Jean-Pierre Cassel, Sylvie Vartan; diffusé
sur Canal + en ?).
Un jeune marin assiste aux dernières heures de son grand-oncle
Cassave dans son domaine de Malpertuis. Cassave lègue une grosse
fortune à ses héritiers mais cet héritage est assorti
d'une condition : ils ne devront en aucun cas sortir de Malpertuis, où
des phénomènes étranges ne tardent pas à se
produire.
Si l'on apprécie l'univers de Jean Ray, on ne sera pas déçu
par cette adaptation qui restitue fidèlement l'atmosphère
fantastique teintée de surréalisme propre à l'auteur.
L'idée de départ de Jean Ray, qui consiste à faire
réapparaître sous des traits contemporains des figures mythologiques,
est une trouvaille suffisamment riche pour faire tenir le film jusqu'à
la révélation finale. Ceux qui, j'en suis, n'ont pas gardé
un souvenir inoubliable du livre et ne manifestent pas de penchant prononcé
pour le fantastique retiendront les apparitions d'Orson Welles, dans un
rôle économique de baleine sous édredons : il joue
l'oncle Cassave qui ne quitte son lit que pour être convoyé
au cimetière.
Lecture 2. Le cambrioleur en maraude
(The Burglar on the Prowl, Lawrence Block; William Morrow/HarperCollins,
New York, 2004; Éditions du Seuil, coll. Policiers, 2005 pour la
traduction française; traduit de l'américain par Etienne
Menanteau; 336 p., 20 €).
Bernie Rhodenbarr, libraire et cambrioleur à ses heures perdues,
accepte de visiter l'appartement d'un vieux beau qui a fait du tort à
l'un de ses amis. En chemin, il ne résiste pas à la tentation
de pénétrer dans un autre logement. Cette entorse à
son programme va avoir des conséquences inattendues.
Après le loupé de Lendemains de terreur, on est rassuré
de voir Lawrence Block revenir à l'un de ses héros récurrents,
le sympathique Bernie Rhodenbarr. Comme René Fallet dans un autre
genre, Lawrence Block cultive deux veines : sa face sombre est réservée
aux aventures de Matt Scudder, le privé alcoolique, et son côté
léger apparaît dans les aventures de Rhodenbarr. Seulement,
la résurrection ne dure qu'une petite centaine de pages. Lawrence
Block a en effet imaginé une histoire à tiroirs beaucoup
trop complexe pour qu'on s'y attache jusqu'au bout et l'intérêt
retombe très vite. On attendra la prochaine apparition de Matt
Scudder pour voir si la crise est durable.
MERCREDI.
Emplettes. J'achète un grimpant,
un recueil de poèmes, les actes d'un ancien Colloque des Invalides
et le petit volume de Vœux de Perec, mystérieusement disparu
de mes rayonnages.
TV. Football. Eire - France (0 - 1).
Vu sans pouvoir m'empêcher de penser à Jacques Chirac et
à la soirée Corona - cacahuètes qu'il a dû
organiser en cachette au salon télé de son étage
du Val-de-Grâce.
JEUDI.
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross,
Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes
1, 2 & 3 diffusés le soir même sur Canal +).
C'est l'événement télévisuel de la rentrée,
si l'on en croit les gazettes, spécialisées ou non. Un quatuor
de femmes quadragénaires, menant une vie aisée dans une
banlieue chic (un cadre lisse qui rappelle celui d'Edward aux mains
d'argent), une vie bouleversée par le suicide imprévisible
d'une voisine. L'événement amène chacune d'entre
elles à s'interroger sur sa propre existence, en tout point semblable
à celle de la défunte malgré les situations différentes
: l'une peine à élever trois enfants turbulents en l'absence
d'un mari en perpétuel voyage d'affaires, l'autre trompe son ennui
et son mari avec son jardinier, la troisième cherche à s'attirer
les faveurs d'un nouveau voisin après son divorce et la dernière
est une épouse d'une perfection telle que son mari ne rêve
que de la quitter. Les deux premiers épisodes, menés sur
un ton léger, caractérisent les personnages dans une suite
de scènes amusantes, certes, mais insuffisantes sur le plan dramatique,
ce qui explique peut-être le refus de la chaîne HBO, qui a
pourtant la réputation de flairer les bons coups, de se lancer
dans la production de la série. Mais peu à peu, les fêlures
se devinent, puis apparaissent, le comportement étrange du veuf
pas vraiment éploré et les activités mystérieuses
du nouveau voisin laissent pressentir des développements intéressant,
ce qui est tant mieux car on est tout de même partis pour vingt-trois
épisodes. Une fausse note : la voix off envahissante et sentencieuse
de la suicidée qui commente les péripéties.
VENDREDI.
Courrier. Je commande des DVD au Monde,
envoie des coupures à Y. Parallèlement, je reçois,
at home, une lettre du Ministre de l'Éducation Nationale
qui a l'air de me tenir en haute considération : "C'est la
première rentrée que nous allons assumer ensemble. C'est
l'occasion de vous exprimer directement et personnellement mon estime,
mon soutien et mes encouragements à aborder cette année
scolaire avec confiance et dans l'esprit de responsabilité qui
vous caractérise." Je ne vais pas plus loin, je rougis déjà,
mais je me demande comment cet homme a fait pour me connaître si
bien. Si j'avais su, je serais passé lui dire bonjour le mois dernier
quand je me promenais près de la rue de Grenelle.
Vie professionnelle. Cette année,
mon emploi du temps ne m'accorde que deux heures de cours le vendredi,
de 15 à 17 heures. C'est la première fois que j'expérimente
ce cas de figure, et je m'aperçois qu'il est tout à fait
taillé pour moi. Je passe la matinée à travailler
pour Histoires littéraires, m'occupe des trajets des filles
pour l'école et de la croûte, suis le tiercé en direct
et m'accorde une belle sieste avant de partir. Deux petites heures de
cours "dans l'esprit de responsabilité qui [me] caractérise"
et puis s'en va, les fâcheux ne se sont même pas aperçus
de ma présence. A ce rythme-là, je serais presque prêt
à travailler jusqu'à ma retraite. Il faudra que j'en parle
au ministre.
Cinéma. Peindre ou faire
l'amour (Arnaud & Jean-Marie Larrieu, France, 2005 avec Daniel
Auteuil, Sabine Azéma, Sergi Lopez, Amira Casar, Philippe Katerine,
Hélène de Saint-Pierre, Roger Mirmont).
Un couple s'installe dans une maison isolée du Vercors et se lie
d'amitié avec des autochtones, un aveugle et sa femme. Une relation
à quatre, plus intime, ne tarde pas à s'établir.
Belle performance des frères Larrieu qui réussissent à
éviter le côté scabreux du sujet, les échanges
entre couples, filmés avec pudeur, arrivant de façon presque
naturelle. C'est tout de même dommage de réussir cela pour
tomber, et de haut, dans un travers inattendu de leur part, si l'on a
vu Un homme un vrai, leur précédent film : le ridicule.
Principale victime : Sergi Lopez. Il joue l'aveugle, porte des lunettes
noires et ressemble à une sorte de John Belushi du Vercors dissertant
avec emphase sur la couleur des courants d'air. Les dialogues, sur la
peinture, la nature et autres, sont d'une niaiserie peu commune. Un exemple.
La maison des voisins a brûlé. Réaction de William
(Auteuil) : "On ne sait pas combien de temps il leur faudra pour
donner un sens à l'événement". Le meilleur passage
du film est, paradoxalement, celui où Auteuil et Azéma se
retrouvent seuls, abandonnés par leurs compagnons en galipettes
et découvrent combien ils leur sont attachés et leur manquent.
Les frères Larrieu constituaient jusque là un bel exemple
de cinéastes attachés à un territoire, les Pyrénées,
qui servaient de cadre à leurs oeuvres précédentes.
On ne peut que leur souhaiter d'y retourner fissa, l'air du Vercors et
les subventions du Conseil Régional de Rhône-Alpes ne leur
valent manifestement rien.
SAMEDI.
Aptonymes. Découvertes des
nouveaux aptonymes mis en ligne par Alain Zalmanski sur http://www.fatrazie.com/news.htm.
Celui-ci a l'amabilité de m'en attribuer un certain nombre mais
pour beaucoup je n'ai fait que lui transmettre les trouvailles envoyées
par des notuliens attentifs. Qu'ils soient ici remerciés.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°225 - 18 septembre 2005
DIMANCHE.
TV. J'me sens pas belle (Bernard
Jeanjean, France, 2004 avec Marina Foïs, Julien Boisselier; diffusé
sur Canal + en août 2005).
Une célibataire déçue par les hommes, la trentaine,
invite à dîner un collègue de travail avec l'intention
de tenter une nouvelle aventure sentimentale.
En 2002, Frédéric Jardin avait déjà fait une
tentative de film à deux personnages avec Charles Berling et Édouard
Baer dans Cravate club. L'entreprise est risquée, il faut,
pour la réussir, un texte de haute tenue, ce qui n'est le cas dans
aucun des deux films, ou des interprètes exceptionnels. Boisselier
et Foïs sont bien sympathiques mais n'ont pas vraiment la carrure,
disons qu'ils sont adaptés au texte qu'on leur propose, un jeu
sur le mode "je te veux/je ne te veux plus" qui manque de consistance.
On n'a rien trouvé de mieux ici, pour aérer le propos, que
la multiplication des conversations téléphoniques, un subterfuge
qui montre bien que le monde extérieur fait cruellement défaut
à l'aventure. L'audace tourne vite au ronron gentillet, jusqu'au
happy end attendu.
LUNDI.
Courrier. Arrivée d'un bel
objet, le dernier volume en date consacré à Perec, hommage
collectif à Bernard Magné dû aux éditions Joseph
K.
MARDI.
Lecture. Les à-côtés
du siècle (Du Lérot éditeur, coll. "En marge"
et Paragraphes, Université de Montréal, Québec, 2001;
160 p., 22,85 €).
Premier colloque des Invalides, 7 novembre 1997, textes réunis
par Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens.
Pour cette première édition, le sujet du colloque est assez
vague. Invités à traiter un aspect marginal des années
1870-1920, les intervenants ont choisi d'évoquer des auteurs (Pantaléon
John, Roberto de Las Carreras, Marc de Montifaud...), des aspects ignorés
d'auteurs connus (le lyrisme chez Alphonse Allais), des genres (le pastiche),
des angles d'approche (l'intertextualité chez Proust), des collections
(le catalogue clandestin de livres érotiques de Gay et Doucé),
des thèmes (les écrivains francophones victimes du chemin
de fer) qui peuvent être classés "à côté"
de la norme et qui pourront plus tard apparaître dans d'autres éditions
du colloque aux sujets mieux définis : les ratés de la littérature,
les mystifications littéraires, les fous littéraires. On
n'a pas encore, dans cette première livraison, les résumés
des débats qui suivent les communications et qui apportent souvent
des précisions intéressantes. Cependant, la norme est déjà
établie, des interventions limitées à cinq minutes
par personne qui fouillent avec minutie et érudition un aspect
original de la littérature du tournant du siècle, un régal
pour le curieux qui, parmi d'autres découvertes, n'oubliera pas
la figure de Sir John George Tollemache Sinclair (1825-1912), auteur de
Larmes et sourires - Poésies originales et traduites des chefs-d'œuvre
de la poésie anglaise, un fourre-tout de 1023 pages dans lequel
il laisse libre cours à son goût pour les listes et l'énumération.
On y trouve une "liste des personnes connues", une liste des
"infractions des règles prosodiques de Boileau", celle
de "quelques personnes dont les noms se trouvent dans les biographies
générales et qui ont été malheureuses dans
leur mariage" (accompagnée des précisions suivantes
: "Dans cette liste on peut comprendre les maris de toutes ces femmes
et les femmes de tous ces hommes"). "Une autre manière
de relativiser le malheur des mal mariés (je cite Michel Pierssens,
l'auteur de l'exposé) consiste à donner la liste des "personnes
d'importance qui ne se sont jamais mariées", de Jésus-Christ
à Alexandre Dumas père - liste plus brève que celle
des "personnes d'importance qui se sont suicidées", mais
plus longue que celle des candidats au suicide qui en sont réchappés,
parmi lesquels, dit-il, Chateaubriand, Napoléon, George Sand et
Saint-Simon (le socialiste). La "liste des personnes connues qui
ont exprimé des opinions défavorables sur les oeuvres de
Shakespeare, ou qui les ont corrigées" introduit une longue
étude sur le dramaturge, où ce dernier se fait fustiger
pour n'avoir pas parlé de la "classe ouvrière",
tandis que Hamlet donne l'occasion de rappeler des statistiques sur le
suicide."
TV. Les grands espaces (The
Big Country, William Wyler, E.-U., 1958 avec Gregory Peck, Jean Simmons,
Carroll Baker, Charlton Heston; diffusé sur Télé
Monte-Carlo en ?).
James McKay arrive de Baltimore. Il doit épouser la fille d'un
riche fermier du Middle West en guerre avec ses voisins.
Une femme enlevée, le meurtre d'un fils par son père, deux
familles en guerre l'une contre l'autre : si l'on veut considérer,
comme c'est parfois le cas, le western comme une version modernisée
de la tragédie antique, les thèmes présents dans
ce film en constituent un bon exemple avec, en plus, le problème
plus typiquement américain d'un territoire, les grands espaces
du titre, à conquérir et à administrer. Le personnage
interprété par Gregory Peck est un héros surprenant.
Il vient de la ville, avec des valeurs et des attitudes qui choquent :
ses vêtements, son refus de la violence, son langage ne sont pas
ceux d'un homme de l'Ouest. Pour s'affirmer, il devra cependant se plier
aux coutumes locales, dompter un cheval indocile, mener une vie de cow-boy,
se battre (William Wyler filme les combats en plans larges, pour montrer
la réticence de McKay) mais le seul coup de feu qu'il consent à
tirer se perd dans la poussière. Un film intéressant, qui
aurait pu être plus ramassé, sa durée, près
de trois heures, étant tout de même un handicap.
MERCREDI.
Emplettes. J'achète le Simenon
de Pierre Assouline et récupère l'appareil photo décabossé.
Le vendeur tient à prévenir tout futur accident et me répète,
le doigt levé : "La dragonne ! La dragonne !" Sans doute
un ancien moniteur de ski, ou un émule d'Alfred Jarry.
TV. Je suis un assassin (Thomas
Vincent, France, 2004 avec François Cluzet, Karin Viard, Bernard
Giraudeau, Anne Brochet; diffusé sur Canal + en août 2005).
Kantor est un écrivain à succès qui ne supporte plus
de voir ses droits d'auteur happés par la femme dont il vient de
divorcer. Il charge un de ses confrères désargenté,
Ben, de la supprimer.
Il s'agit de l'adaptation d'un des rares romans de Westlake que je n'ai
pas encore lus, Le contrat, paru en France en 2000, soit peu après
Le couperet récemment porté à l'écran
par Costa-Gavras. Impossible donc de dire si le film est ou non fidèle
à l'histoire imaginée par l'écrivain, cependant on
remarque que l'aspect polar n'a pas vraiment intéressé le
réalisateur. Il se débarrasse en effet assez rapidement
du problème de la femme en trop, repérée, traquée
et vite éliminée par le romancier tueur. Le film s'intéresse
ensuite beaucoup plus longuement à l'espèce de folie morbide
qui s'empare de Kantor et de la femme de Ben, hantés par la présence
de la disparue. Thomas Vincent réussit à créer une
atmosphère de malaise très dérangeante au sein de
laquelle François Cluzet (Ben), retrouve un rôle aussi fort
que celui qu'il tenait dans L'Enfer de Chabrol.
JEUDI.
Vie sociale. Et même mondaine
pour l'occasion, puisque c'est le député-maire local qui
célèbre le mariage de son fils et qui a invité la
moitié de la ville pour l'occasion. Ce n'est pas, à quelques
exceptions près, la moitié que je préfère.
Nous quittons rapidement les lieux avant que la nostalgie de l'époque
des attentats anarchistes ne soit trop forte.
VENDREDI.
Vie littéraire. J'envoie ma
proposition de chronique à Histoires littéraires.
Résolument optimiste, j'ai déjà commencé à
travailler sur la suivante. Je ne suis pas très rassuré
pour autant. Hors sujet, hors délais, sans saveur, sans intérêt...
Il ne fait pas bon redevenir élève, parfois.
TV. Vij (Konstantin Ierchova
& Georgui Kropatchova, URSS, 1967 avec Leonide Kouravlev, Natalia
Varleï; diffusé sur Canal + en ?).
Un jeune séminariste de Kiev doit se rendre au chevet d'une jeune
morte et prier pour son âme pendant trois nuits. Des phénomènes
étranges se déroulent pendant la veillée funèbre.
Ce n'est pas tous les jours qu'on peut dire qu'on a vu un film fantastique
soviétique des années 60. Celui-ci, adapté d'une
nouvelle de Gogol, est plutôt réussi, les décorateurs
et les truqueurs s'en sont apparemment donné à cœur joie.
Ce qui est sûr, c'est que les trognes des moujiks qui peuplent le
film ne se rencontrent dans aucune autre cinématographie.
SAMEDI.
Football. AS Nancy Lorraine - FC Metz
1 - 1. Je délaisse le frigo de la Colombière pour effectuer
avec R une deuxième incursion dans le chaudron nancéien.
Baladés de porte en porte, refoulés par les CRS qui bloquent
les rues entre deux petites charges gentillettes, nous nous apercevons
rapidement que la signalétique du stade Marcel-Picot n'est pas
franchement accessible au Vosgien de base. Nous parvenons tout de même
à gagner nos sièges à temps pour assister au coup
d'envoi (ce qui est chanceux car le premier but intervient au bout de
quarante secondes) et suivre à cette bataille pour la suprématie
lorraine qui est surtout, c'est moins glorieux, un combat pour éviter
la dernière place du championnat. Pour l'occasion, j'ai laissé
mon drapeau messin dans ma poche : la bêtise épaisse qui
émane de quelques propos, banderoles et attitudes, incite à
la plus élémentaire prudence.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°226 - 25 septembre 2005
DIMANCHE.
Vie patrimoniale. Nous profitons des
Journées du patrimoine pour découvrir l'intérieur
de la chapelle Saint-Michel et ses fresques dont j'ai appris l'existence
il y a peu. La balade se poursuit au parc du Château, transformé
en champ d'expérimentation d'art contemporain. On y voit des concepts
usés jusqu'à la corde (téléviseurs, cubes
peints, calicots autoréférents) et des choses plus intéressantes.

Vie
littéraire.
Jean-Jacques Lefrère a transmis ma proposition de chronique au
comité de la revue Histoires littéraires et me fait
part des premières réactions ("satisfaction, approbation
et suggestion"). Je recommence à respirer.
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross,
Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes
4 & 5, diffusés sur Canal + le 15 septembre).
LUNDI.
Vie littéraire. Ma chronique
sera au sommaire du prochain numéro d'Histoires littéraires.
La respiration se fait plus ample.
TV. Le Diable par la queue
(Philippe de Broca, France, 1968 avec Yves Montand, Madeleine Renaud,
Jean Rochefort, Marthe Keller; diffusé sur Canal + en février
2003).
Des châtelains désargentés ont l'idée de transformer
leur demeure en hôtel de luxe.
Avec Mon oncle Benjamin et Raphaël ou le débauché,
sortis à la même époque, Le Diable par la queue
témoigne d'un certain intérêt du cinéma français
pour le libertinage. Pas de costumes ici toutefois mais une histoire bien
contemporaine avec gangsters et voitures américaines. La châtelaine
interprétée par Madeleine Renaud utilise toutes les ressources
humaines (la part féminine de sa descendance) et géographiques
(les chambres et le parc du château) pour retenir les clients de
passage. C'est gentiment amoral, servi par des interprètes plaisants
(l'occasion de voir Jean Rochefort sans moustaches et Montand dans son
premier rôle léger) et peut-être à comparer
avec La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, que je n'ai
jamais vu.
MARDI.
Courriel. Échange avec JMP,
heureux détenteur d'un exemplaire des Larmes et sourires
de Sir John George Tollemache Sinclair.
Courrier. Y envoie une vue de Bucarest.
Vie familiale. Sortie restauratrice
pour fêter les huit ans de Lucie avec un jour d'avance.
MERCREDI.
Emplettes. Huysmans, que je n'ai toujours
pas lu, est enfin disponible en édition savante. Ce n'est pas la
Pléiade mais ce premier volume de la collection Bouquins a l'air
de haute tenue. J'acquiers.
JEUDI.
Courriel. Une demande d'abonnement
aux notules.
TV. Desperate Housewives (série
américaine de Mark Cherry, 2004 avec Teri Hatcher, Marcia Cross,
Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicolette Sheridan; saison 1, épisodes
6 & 7, diffusés sur Canal + le soir même).
Maintenant, on voit comment la série est construite : les ingrédients
de nature policière (pourquoi Mary Alice s'est-elle suicidée
? pour quelles raisons Mike s'est-il installé dans le quartier
?) sont relégués à la fin des épisodes, histoire
de s'assurer la fidélité du téléspectateur.
Le reste du temps, les tranches de vie des quatre personnages principaux
sont traités sur un ton léger. Marivaudage entre Susan et
Mike, comédie familiale pour le couple Lynette-Tom Scavo, vaudeville
du côté de Gabrielle qui essaie d'échapper à
la surveillance de sa belle-mère, déballage psychanalytique
pour le couple Bree-Rex Van de Camp. C'est plutôt drôle et
réussi dans le genre mais on s'attendait, à l'ouverture
de la série, à quelque chose d'un peu plus noir, d'un peu
plus profond. C'est peut-être en préparation avec le coup
de théâtre qui clôt le dernier épisode, l'accident
causé par Zach Van de Camp que ses parents semblent avoir l'intention
de dissimuler.
VENDREDI.
Vie technologique. J'ai commandé
l'autre jour un CD à la FNAC. Un CD audio, avec de la musique dessus,
un disque comme on disait. Depuis qu'il n'y a plus de disquaire à
Épinal, je commande mes disques sur Internet. Aujourd'hui, je reçois
un courriel de la FNAC qui, pour me remercier de ma commande, m'invite
à télécharger gratuitement un morceau de musique
sur son site. Le téléchargement, je n'entends parler que
de ça, il paraît même que ça va tuer l'industrie
du disque. Lors, alléché par l'aubaine (c'est un cadeau
d'une valeur de 0,90 €, tout de même) et titillé
par l'idée de passer pour un homme du vingt-et-unième siècle
(l'autre jour, un visiteur se gaussait des cassettes que j'utilisais encore),
je suis les instructions pour procéder à mon premier téléchargement.
Bien sûr, je n'arriverai pas au bout, je n'ai pas le programme idoine
ou je ne sais pas le mettre en marche mais ça n'a guère
d'importance : je n'aurais de toute façon jamais écouté
ce morceau... J'ai mis beaucoup de temps à admettre que l'écriture
avait sa place dans ou sur un ordinateur, il m'en faudra encore plus pour
considérer cet outil comme une boîte à musique (et
je ne parle pas des images, des films qu'on télécharge).
Pour l'instant, je vais continuer à cultiver ma part néolithique
et continuer à acheter des disques tant qu'il s'en vend encore.
Cinéma. Broken Flowers
(Jim Jarmusch, E.-U., 2005 avec Bill Murray, Julie Delpy, Jeffrey Wright,
Sharon Stone, Frances Conroy, Chloë Sevigny, Jessica Lange).
Don, célibataire endurci, reçoit une lettre anonyme dans
laquelle il apprend qu'il est le père d'un enfant de dix-neuf ans.
Il part à la recherche de ses anciennes conquêtes : laquelle
a eu un enfant de lui ?
Il n'y aura pas de réponse à cette question. L'histoire
de la recherche en paternité, si elle est le fil narratif du film,
n'intéresse guère. Elle n'est qu'un prétexte à
une visite de quelques morceaux d'Amérique à la suite de
Jarmusch et de son personnage. Les anciennes maîtresses de Don appartiennent
désormais à des milieux divers, l'ancienne hippie s'est
embourgeoisée, une autre est tombée dans le sous-prolétariat...
A chaque fois, Don achète des fleurs, pose quelques questions,
et repart. C'est plutôt maigre... Mais il y a Bill Murray. Et mieux
: il y a Bill Murray d'après Lost in Translation. Tout le
monde a pu voir dans ce film, Jarmusch le premier, que Murray n'avait
pas son pareil pour habiter un plan, avec sa seule présence physique.
Alors on ne joue plus que là-dessus et on lui offre des rôles
de dandy ironique et peu loquace. Broken Flowers est un catalogue Bill
Murray, son press-book : Bill Murray seul sur un canapé, Bill Murray
dans un aéroport, le réveil de Bill Murray, Bill Murray
tient un bouquet de fleurs... C'est vrai que sa façon de se tenir
assis, sa façon d'ouvrir un oeil, sa façon de tenir un objet
sont uniques, que son visage porte bien l'espèce de distance amusée
que Jarmusch veut donner à son personnage. Alors on marche et le
film se regarde sans ennui. Mais ça ne marchera pas à tous
les coups...
SAMEDI.
Vie culturelle. Les lampions de la
fête anniversaire de Lucie sont à peine éteints que
nous filons à Vandoeuvre pour une soirée vaudeville (La
fille bien gardée de Labiche et Feu la mère de madame
de Feydeau) dans laquelle on peut applaudir Ch., notulienne de choc. Les
filles supportent assez bien leur baptême théâtral.
Bon dimanche.
|