Notules dominicales 2002
 
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Notules dominicales de culture domestique n°42 - 6 janvier 2002

DIMANCHE.
Cinéma. Les Autres (The Others, Alejandro Amenabar, U.S.A.-Espagne, 2001 avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Christopher Eccleston, Alakina Mann, James Bentley, Eric Sykes, Elaine Cassidy).
Île de Jersey, 1945. Une femme attend le retour de son mari parti se battre en France en s'occupant de ses deux enfants allergiques à la lumière. L'arrivée d'un trio de nouveaux domestiques coïncide avec l'apparition de phénomènes étranges.
L'héroïne a beau être prénommée Grace et être coiffée comme une héroïne hitchcockienne, ce n'est pas à Sir Alfred que l'on pense en voyant ce film mais à Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Qui est mort ? Qui est vivant ? Les fantômes nous veulent-ils du mal ? La présence des enfants accentue encore cette référence, alors que le rôle joué par les domestiques nous oriente du côté de Rebecca. Ce qu'il y a de nouveau, c'est le huis-clos, tout se déroule dans une grande demeure isolée, et là, c'est à Shining que l'on pense. L'obligation de maintenir les enfants dans une semi- pénombre donne lieu à des exercices d'éclairage. On a droit à quelques bonnes poussées d'adrénaline mais on ne se laisse pas avoir. Car si on pense à Sixième Sens, on se met naturellement à comparer et à se rendre compte que la copie ne vaut pas l'original.

TV. Épisode 4 de Six Feet Under. Cette fois, ça y est, nous sommes pris. Je me suis surpris plusieurs fois dans la journée à songer avec impatience à l'épisode du soir.

LUNDI.
Cinéma (ciné-junior).
Le Vol des dinosaures (Munro Ferguson, Canada, 1996).
Dessin animé. Comment les dinosaures ont appris à voler.
Des moments assez drôles, desservis par un dessin plutôt laid.

Une poupée dans la neige (Co Hoedeman, Canada, 1998).
Un petit ours adopte une poupée qui appartient, en fait, à sa voisine.
Ce sont des ours en peluche, dans un décor de maison de poupée, qui sont ici mis en scène dans une belle histoire d'amitié. Lucie a pleuré un peu moins que moi.

Coucou, M. Edgar (Pierre M. Trudeau, Canada, 1999)
Un coucou mécanique recueille trois oeufs et élève leurs occupants.
Une animation un peu trop survoltée. Il y avait mieux à faire sur cette opposition du mécanique et du vivant (définition du comique par je ne sais plus qui).

Cactus Swing (Beth Portman et Susan Crandall, Canada, 1995).
Un cow-boy est sur le point de s'endormir quand soudain les cactus se lancent dans une folle sarabande.
Cette fois, c'est un dessin animé anglophone, réalisé à Vancouver, et on y sent nettement l'influence des studios Disney. Les animaux et les végétaux prennent figure humaine, jouent de la musique, chantent et dansent comme on l'a déjà vu souvent.

Courrier. Vux de VJ. et lettre de B.

Mail. Sur [listeoulipo], échanges sur le caractère palindromique de l'année à venir. 2002 est un palindrome, ce qui n'est pas exceptionnel puisque la dernière année de ce genre ne remonte qu'à 1991. La date palindrome du 20 février à venir (20 02 2002) semble plus intéressante mais là non plus rien d'exceptionnel, on avait déjà le cas le 10 février 2001 (10 02 2001), pour la première fois depuis le 29 novembre 1192 (29 11 1192). Vivrons-nous assez vieux pour connaître le 29 février 2092, qui ne devra son caractère palindromique qu'à
la nature bissextile de l'an 2092 ?

Festivités. Réveillon à Maxéville, chez les D. C'est la première fois depuis 1991 que je sors pour cette soirée. Il y a là J.-L.., ancien condisciple des années de lycée que je n'ai pas vu depuis 25 ans. Nous mangeons somptueusement, devisons sur l'euro, bien sûr, l'Autriche où nous nous retrouverons bientôt, C. Jérôme, la défragmentation des disques durs (sic)... Nous rentrons à 4 heures, dans un brouillard épais.

MARDI.
Bilan annuel. "J'ai coutume tous les ans, pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, de me recueillir comme les dévots qui font leur examen de conscience, et de résumer mon année comme les négociants qui font leur inventaire." (Gustave Flaubert, lettre à la Princesse
Mathilde du 31 décembre 1868, Correspondance vol. III, La Pléiade, Gallimard). J'inaugure mon agenda 2002 par un bilan statistique de l'année passée :
* 113 livres lus
* 204 films vus (72 au cinéma et 132 sur cassette vidéo)
* 320 pages de lecture de longue haleine avalées (j'appelle de longue haleine la lecture des oeuvres que je lis en boucle, par tranche de 10 pages : Proust, Kafka, Flaubert, Dumas, Nabokov...)
* poids oscillant entre 66 et 69,4 kg.

Le moment est venu aussi de faire le point sur mes travaux d'écriture :
* Mon Inventaire concernant l'année 98 est toujours en cours d'élaboration. Il comprend une phase de relecture plutôt longue.
* L'année 2001 a également donné lieu à un inventaire, intitulé Aperçu de littérature passive, que j'ai décidé de laisser courir sur une année supplémentaire.
* Toujours dans la catégorie Inventaires, 2001 a vu les débuts d'une liste intitulée Félicités.
* Les Souvenirs quotidiens atteignent le numéro 1142, le premier mille est en cours de recopiage informatique.
*Propos sur l'art peint : 837 peintres étudiés de Niccolo dell'Abbate à Hyacinthe Collin de Vermont.
*51 Nouvelles en deux lignes écrites.
*99 volumes étudiés dans le cadre de l'Atlas de la Série Noire.
*L'Itinéraire patriotique départemental en est à la commune de Badménil-aux-Bois.
*20 photos de Bars clos sont étudiées mais il y en a d'autres non développées dans l'appareil.
*Enfin, 2001 a vu également la mise en uvre d'un nouveau chantier intitulé Petite géographie de l'incipit qui comporte pour l'instant 55 éléments.

TV. Ça ira mieux demain (Jeanne Labrune, France, 2000 avec Jeanne Balibar, Sophie Guillemin, Nathalie Baye, Jean-Pierre Darroussin, Danielle Darrieux, Hélène Lapiower, Hubert Saint Macary, Isabelle Carré, Didier Bezace, Philippe du Janerand, Christophe Odent, Nathalie Besançon, Dominique Besnehard, Sylvie Joly).
Élisabeth redécore son appartement. Une commode l'encombre. Elle ne sait qu'en faire : la stocker à la cave, la donner ?
L'argument, comme on le voit, est plutôt mince. Mais cette fameuse commode, sorte d'objet transitionnel, va permettre à Élisabeth (Balibar) d'entrer en contact avec diverses personnes et au film de devenir une petite galerie de portraits très attrayants. Il y a un couple, Sophie et Xavier, à qui Élisabeth décide de donner la fameuse commode. Lui mène une double carrière de psychiatre (Darroussin, qu'on a plus l'habitude de voir sur le divan qu'à côté) et d'ostéopathe (!) dans deux cabinets contigus. Il y a un décorateur qui s'inquiète pour sa ligne (Bezace), une vieille dame qui cherche la tombe de son père à Douaumont (Darrieux), une contrebassiste (Carré), une serveuse de restaurant (Guillemin)... La plupart sont ce qu'on appelle aujourd'hui des bo-bos qu'il eût été facile de caricaturer. Mais le regard de Jeanne Labrune n'est pas cruel, elle observe ses personnages avec tendresse et humanité. Servie par des comédiens impeccables, elle livre ici un film drôle et séduisant qui semble appeler une suite.

MERCREDI.
Euro. Premier contact avec la nouvelle monnaie. Il y a un côté excitant, ludique à la chose. De toute façon, il suffit que les Anglais soient europhobes pour que je me sente férocement europhile. Je retire des euros au troisième distributeur que je trouve (les autres ne fonctionnent pas), vais à la boulangerie, chez le marchand de journaux, au marché, au café, j'achète une carte de bus, je joue au tiercé... Tout se passe parfaitement, avec un petit peu plus d'attente que d'habitude. La panique annoncée (la même que pour le fameux bogue de l'an 2000) n'a pas cours. Pour Caroline, c'est un peu plus compliqué, les employées font des erreurs dans le rendu de monnaie et la caisse du soir est fausse. Les chevaux ont même la délicatesse de courir un peu mieux que d'habitude et je touche, en euros, mon premier quarté de l'année.

Lecture. Fin du troisième tome de la Correspondance de Flaubert, lecture de longue haleine entamée le 12 juillet 1999.

La cinquième affaire de Thomas Ribe (Thomas Ribe Femte Sak, Øysten Lønn, 1996, 2001 pour la traduction française, traduit du norvégien par Alain Gnaedig, Gallimard, Série Noire n°2607).
Thomas Ribe enquête sur une série d'agressions dont sont victimes des juges. L'enquête le ramène dans son village natal.
La vogue du polar nordique n'apporte pas que des choses exceptionnelles. La Série Noire a pris le train en marche avec des auteurs comme Nino Filastò, Matti Yrjänä Joensuu, Stig Holmås et cet Øysten Lønn, après les éditions Odin où j'ai lu La déesse aveugle d'Ann Holt (Norvégienne, elle aussi) et Le Seuil qui a touché le gros lot avec Henning Mankell. Thomas Ribe est un ancien juge devenu policier flanqué d'une ex-épouse alcoolique, d'une fille amoureuse d'un malfrat et d'une petite-fille dont il s'occupe amoureusement.
L'auteur s'intéresse plus aux états d'âme de son personnage, en pèlerinage sur ses terres natales, qu'à son enquête filandreuse à souhait sans parvenir à intéresser le lecteur à l'un ou à l'autre.

Le peuple migrateur. Visite d'H., en provenance de Marseille, qui nous présente sa compagne F.

JEUDI.
Courrier. J'envoie le formulaire de réservation de notre location dans l'Eure, des vux à M. D. (mais pas à N. qui est passée dans la matinée avec son globe-trotter de fils), des coupures à l'AGP (Télérama) et à T. (Le Figaro).

TV. My Name Is Joe (Ken Loach, G.-B., 1998 avec Peter Mullan, Louise Goodall, Lorraine McIntosh, David Mc Kay, Anne-Marie Kennedy, David Hayman).
"My name is ... " est la phrase rituelle par laquelle commence toute prise de parole aux A.A. Joe est un ex-alcoolique, chômeur, entraîneur d'une petite équipe de football à Glasgow. Il tombe amoureux de Sarah, assistante sociale, et essaie de sortir un de ses joueurs du monde de la drogue.
Après s'être égaré sur les voies de l'espionnage et du terrorisme (Hidden Agenda), en Espagne (Land and Freedom) et au Nicaragua (Carla's Song), Ken Loach revient enfin à ce qu'il sait faire de mieux, à savoir filmer au ras du bitume la réalité sociale de son pays. On est ici dans la riante agglomération de Glasgow où Joe essaie de vivre une histoire d'amour "normale", malgré ses handicaps.
C'est très noir, bien sûr, mais Loach ne force pas le trait, introduit même quelques scènes d'humour pour aérer son propos. Il suffit d'une scène au centre médical pour qu'on prenne conscience du délabrement du système de santé britannique. Joe s'attaque aux puissances
locales, un gang de dealers, mais c'est sans espoir. Ici, pas de happy end, la situation finale est aussi noire que celle du début et le combat de Joe est conclu par un échec. Peter Mullan n'a pas volé le prix d'interprétation qu'il a obtenu à Cannes.

VENDREDI.
Puériculture. Alice fait sa rentrée à la crèche.

Mail. Y. envoie les photos du Nouvel An. Nous y faisons des têtes qui pourraient faire croire que le franc, qu'on enterrait ce soir-là, faisait partie de notre famille. J'en profite pour ouvrir un album photos informatique.

Lecture. On n'y voit rien (Daniel Arasse, Denoël 2000).
Descriptions.
Daniel Arasse, qu'on entend souvent sur France Culture, a choisi cinq tableaux (Mars et Vénus surpris par Vulcain de Tintoret, L'Annonciation de Cossa, L'Adoration des Mages de Bruegel, La Vénus d'Urbin de Titien et Les Ménines de Velázquez) et un attribut iconographique (la chevelure de Marie-Madeleine) et en livre une lecture personnelle. Celle-ci va souvent à l'encontre des thèses établies, et l'auteur se pose en adversaire de l'analyse iconographique (qui permet de faire dire à peu près tout ce qu'on veut à un symbole présent sur un tableau) et de la méthode de Gombrich selon qui un tableau a une signification et une seule. Son goût du détail le conduit à écrire 25 pages sur un escargot qui se trouve au premier plan de L'Annonciation de Cossa, mais sans susciter la moindre trace d'ennui chez le lecteur. L'érudition d'Arasse passe très bien, sauf dans l'analyse des Ménines, qui m'a chappé.
Deux défauts. La qualité médiocre des reproductions, en noir et blanc, qui en viennent involontairement à justifier le titre : on n'y voit effectivement pas grand-chose (j'ai cherché longuement la tête de Mars dans le premier tableau) et il vaut mieux disposer d'autres images des tableaux choisis. Ensuite, certainement dans le but de ne pas rebuter le lecteur non initié, Arasse choisit de s'exprimer d'une façon pseudo populaire qui ne cadre pas avec son propos (adresses directes au lecteur, dialogue "parlé" avec un contradicteur imaginaire...) et qui tombe à plat.

Voyage. Réservation de nos billets pour Paris, Caroline ayant décidé de m'accompagner et d'aller faire les soldes en euros.

SAMEDI.
TV. A tombeau ouvert (Bringing Out the Dead, Martin Scorsese, U.S.A., 1999 avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Mary Beth Hurt, Cliff Curtis).
Une semaine dans la vie de Frank Pierce, ambulancier de nuit dans le quartier new yorkais de Hell's Kitchen.
Scorsese et New York, c'est un vieux couple. Mais la ville que Scorsese filme ici ne bénéficie pas du regard indulgent qu'il adopte parfois : il n'y a plus de règles, la jungle gagne du terrain, la Mort Rouge (encore plus destructrice que le crack) décime la population. Le taxi de De Niro (Taxi Driver) est devenu une ambulance qui ramasse les épaves dans des courses qui sont autant de descentes aux enfers. Frank Pierce est hanté par les fantômes des morts qu'il a convoyés. Par moment, il est le Bon Samaritain, volant au secours des victimes, d'autres fois il cède au découragement, à l'alcool, et rêve d'abandonner sa mission. La vision du New York nocturne qu'offre Scorsese est effrayante, presque autant que celle de la salle des urgences où Pierce amène ses clients. La présence de la fille d'un homme victime d'un arrêt cardiaque au début du film (Arquette) sert de lien entre toutes les courses de Pierce mais celles-ci, répétitives et filmées avec une caméra dynamite, finissent par lasser, de même qu'on se lasse d'essayer de comprendre les motivations du personnage, interprété par un Nicolas Cage hanté. L'impression finale est qu'on n'a pas ici affaire à un très grand Scorsese.


Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°43 - 15 janvier 2002

DIMANCHE.
Lecture. Vivre et penser comme des porcs (Gilles Châtelet, Gallimard 1998, coll. Folio actuel n°73).
De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés.
J'avais été attiré vers ce livre par son titre et par certaines expressions et trouvailles de l'auteur reprises dans des articles critiques : un pamphlet pourfendant les "Cyber-Gédéons" , les "Turbo-Bécassines", la "yaourtière à classe moyenne", la "Régie française des jobards du consensus" me semblait promettre une lecture saine et roborative. J'avais oublié que mes connaissances en philosophie et en économie étaient trop proches du zéro, malgré l'aide d'un "Glossaire pour lecteur peu versé dans l'économie politique".
On devine les cibles de Châtelet , les bo-bos, les décideurs, la marchandisation, les Alain (Minc et Touraine) mais son propos échappe à mon entendement. Châtelet est mort depuis, c'est dommage, j'aurais bien aimé l'entendre un samedi matin dans Répliques face à un
autre Alain (Finkielkraut).

Vie familiale. On mange la galette. Lucie est reine et n'a pas de mal à choisir son roi. Le sapin de Noël retourne au grenier.

Radio. J'écoute le Radio libre consacré aux Papous enregistré la veille. On y entend des disparus qui ont participé à l'émission au fil des années (Desproges, Gainsbourg, Perec, Topor...) et un écrivain que je n'ai jamais lu, Louis Calaferte dont je recopie les propos
dans mes carnets (il s'agissait de faire un inventaire des "Pas question de..."). "Pas question de souffrir. Il est surprenant que notre temps, par ailleurs si apparemment évolué, en soit encore culturellement à ne pas avoir franchi le cap de la crucifixion. Il faut absolument se
convaincre que la vie n'est pas un lieu d'expiation, il n'y a rien à expier, que la souffrance est sans signification, qu'il faut la supprimer autant qu'il se peut, qu'elle est un mythe malsain entretenu par les pouvoirs qui y trouvent leur intérêt. La souffrance est la faiblesse et la
honte de la vie, elle est notre ennemie et doit être traitée comme telle."
"...la vie n'est pas un lieu d'expiation..." Il me semble que si j'avais pu connaître cette phrase plus tôt, m'en convaincre et l'appliquer, j'aurais gagné du temps dans mon existence.

TV. 5° épisode de Six Feet Under. Le nombre de "fuck" et de ses dérivés prononcé (la série est diffusée en V.O.) est assez impressionnant.

Mail. Carte de vux de N.

LUNDI.
Vie professionnelle. Rentrée des classe, échange de vux. il me semble que ça fait une éternité que je n'ai pas mis les pieds au collège, signe que les vacances ont été bonnes et efficaces. Je les redoutais (contrairement à mes élèves, mes filles ne respectent absolument pas mon sommeil) mais elles se sont déroulées bien mieux que prévu.

Courrier. Vux de K., une ancienne élève, carte d'adhérent 2002 des Amis de Proust.

Mail. X. m'envoie le récit coloré de son retour au Québec et la recette du gumbo.

MARDI.
Santé. Nouvelle attaque de kératite.

Vie scolaire. Galette des rois au collège. C'est l'occasion de revoir quelques têtes connues, éloignées par la retraite ou une mutation mais ce genre de cérémonie attire de moins en moins de monde et, dans la salle de cantine déserte, ça donne plutôt l'impression d'un noyau d'irréductibles grévistes autour d'un brasero que d'un joyeuse bande festoyante. Je sens la fève tinter contre mes dents, je la cache à l'abri d'une gencive et la glisse dans ma poche. Transparence...

TV. La Séparation (Christian Vincent, France, 1994 avec Daniel Auteuil, Isabelle Huppert, Jérôme Deschamps, Karin Viard, Laurence Lerel, Jean-Jacques Vanier, Louis Vincent, Nina Morato).
Anne annonce à Pierre qu'elle a un amant. Petit à petit, le couple s'achemine vers la séparation.
C'était déjà après une séparation qu'Antoine (Luchini) décidait de se venger de la gent féminine dans La Discrète du même Christian Vincent. Mais ici, le ton n'est pas le même. Cette situation, d'une banalité confondante, donne lieu à un déchirement cruel.
Pierre, homme policé, cultivé, a des comportements inattendus, devient méchant, bête, voire violent. Anne ne sait plus où elle en est, de plus, la liaison qui enclenche le processus de séparation ne mène nulle part. Comme dans la vie réelle, le sentiment premier que donne ce
spectacle désolant est celui d'un immense gâchis. A partir de très peu de choses (principalement des face à face, aérés de temps en temps par la présence d'une baby-sitter ou d'un couple d'amis) Christian Vincent signe un film dur, jamais ennuyeux grâce au talent de
ses interprètes et à sa mise en scène.

MERCREDI.
Emplettes. J'achète un livre de Daniel Arasse à la Licorne, un recueil de mots croisés de Michel Laclos et le dernier Michael Connely à Panorama 88.

Cinéma. Laissez-passer (Bertrand Tavernier, France, 2001 avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Charlotte Kady, Marie Gillain, Marie Desgranges, Maria Pitarresi, Ged Marlon, Philippe Morier-Genoud, Françoise Bette, Henri Attal, Philippe Saïd, Serge Riaboukine, Jacques Boudet, Olivier Gourmet, Philippe Meyer.
Paris, 1942-1943. La Continental, firme de cinéma, est dirigée par les Allemands. Jean-Devaivre accepte d'y travailler comme assistant metteur en scène. le scénariste Jean Aurenche s'y refuse.
L'ambition de Bertrand Tavernier est immense : rendre compte de la situation du cinéma français sous l'Occupation.
Même en 2 heures 50, c'est un pari démesuré. On se rend vite compte que sur les deux personnages qu'il a choisis, il y en a un de trop.
C'est celui d'Aurenche, qu'on croit même totalement abandonné aux deux tiers du film et qui est desservi par le jeu de Podalydès qui fait du Francis Perrin. Se concentrer sur Jean-Devaivre eût été amplement suffisant. Le fait de travailler pour une firme allemande ne l'empêcha pas de résister et il finit d'ailleurs par rejoindre le Maquis à la suite d'un épisode rocambolesque. Seulement, il y avait là un danger, celui de présenter Devaivre comme un emblème, et de dédouaner ainsi toute la profession. Tous résistants, quoi, comme dans Le Père tranquille de René Clément. La vision des techniciens de la Continental, où on ne compte pas un collabo, est d'ailleurs plutôt idéalisée.
Un autre aspect de l'ambition de Tavernier tient dans le fait que malgré le soin apporté à la reconstitution et la présence de comédiens connus, il ne fait pas un film grand public. Il faut en effet une certaine connaissance de l'histoire du cinéma pour ne pas se perdre dans les personnages. On peut penser que les noms de Clouzot, Autant-Lara ne sont pas inconnus (on cite aussi Tino Rossi, Fernandel, Pierre Fresnay, Danielle Darrieux, on aperçoit Michel Simon de dos) mais les noms de Jean-Devaivre, Aurenche, Pierre Bost, Roger Richebé, Richard Pothier, Maurice Tourneur, Jean-Paul Le Chanois, Albert Valentin, Louis Daquin, Charles Spaak ne doivent pas évoquer grand-chose à grand monde. Aurenche et Bost sont surtout restés dans l'histoire du cinéma parce qu'ils furent les têtes de turc des critiques des Cahiers du cinéma qui allaient fonder la Nouvelle Vague, Truffaut en tête. le film de Tavernier apparaît alors comme une tentative de réhabilitation du cinéma "qualité française" qu'ils incarnaient -et qui n'est pas haïssable à mes yeux.
En tout cas, et c'est déjà un mérite, Laissez-passer donne envie d'en savoir plus sur cette période et son cinéma. Il doit y avoir des livres de Siclier là-dessus, qu'il me tarde de consulter.

JEUDI.
Newton. L'enseigne de la nouvelle pharmacie perd son M qui s'écrase sur le trottoir, mal collé à cause du gel. Alice tombe de sa table à langer. Le M seul est fichu.

Courrier. J'envoie un cadeau de Noël au jeune F., des vux à K., une coupure du Monde à l'AGP.

TV. Sixième Sens (The Sixth Sense, M.Night Shyamalan, U.S.A., 1999 avec Bruce Willis, Haley Joe Osment, Toni Colette, Olivia Williams, Glenn Fitzgerald, Donnie Wahlberg, Mischa Barton, Trevor Morgan, Bruce Norris).
Philadelphie. Un jeune garçon est hanté par des visions de morts qui lui réclament de l'aide. Un psychologue essaie de lui faire vaincre sa peur.
En voyant ce film pour la deuxième fois, je me suis bien sûr attaché à déceler les indices qui permettent de sinon deviner, du moins expliquer la révélation finale. Ceux-ci sont suffisamment peu nombreux et ténus pour faire en sorte que la surprise fonctionne parfaitement. Cette nouvelle vision permet également de voir les emprunts à L'Exorciste que je n'ai découvert qu'entre-temps (cf. notules n° 2). Enfin, en étant débarrassé du besoin de comprendre, on peut trouver plus de défauts au film : une lenteur du récit qui devient pesante, le visage de chien battu de Bruce Willis, les effets musicaux faciles. Sixième Sens est un film habile, mais pas un chef-d'uvre.

VENDREDI.
Courrier. Je reçois les vux chaleureux de M.D., mon ancien principal.

Voyage. Nous laissons Alice, Lucie et son angine chez mes beaux-parents et prenons le 19 heures 36 pour Paris. J'abats la première grille de mon volume de Laclos.

Lecture. Moi, les parapluies (François Barcelo, Éditions Libre Expression, Montréal, 1994, Gallimard, coll. Série Noire n°2547).
Sorel, Québec. Le jeune Normand Bazinet passe sept ans dans une maison de redressement, accusé d'avoir tué sa grand-mère en lui plantant un parapluie dans la bouche sur son lit d'hôpital. Il en sort à 18 ans, décidé à retrouver le vrai coupable.
Dans sa volonté d'élargissement géographique, la Série Noire a fait une découverte intéressante avec le Québécois Barcelo. Cadavres, son premier titre paru, avait été une bonne surprise avec un langage et une thématique inhabituels dans le monde du polar. Moi, les parapluies est de quatre ans plus ancien mais n'a paru dans la collection qu'en 1999. Le côté loufoque qui m'avait bien plu dans le premier titre y est déjà présent mais tempéré par l'amertume du personnage de Normand. Celui-ci est victime d'une grave erreur judiciaire. Son passage en maison de redressement va lui forger un caractère froid, indifférent et lui faire perdre toutes ses illusions sur sa famille. La cellule familiale vue part Barcelo n'est pas un nid douillet. Déjà dans Cadavres, le narrateur tuait sa mère. Ici, Bazinet va successivement soupçonner et éliminer tous les membres de sa famille ou à peu près, avec un détachement digne du Nick Corey de 1275 âmes de Jim Thompson.
Citation : "A Noël il y a deux ans, Marie-Josette m'a donné le Larousse gastronomique. Et j'ai entrepris d'essayer la plupart des recettes - dans l'ordre alphabétique, ce qui m'inspire plus que de commencer par maîtriser le poulet, par exemple, avant de m'attaquer au buf. L'ordre alphabétique a quelque chose d'aléatoire, qui combat la monotonie et multiplie les surprises. Je me souviens du premier jour : j'ai à moitié réussi les acras de morue, raté les abattis à l'anglaise et triomphé avec les abricots à l'ancienne." Il va de soi que j'ai trouvé la démarche intéressante...

SAMEDI.
Vie parisienne. Je suis à l'heure de l'ouverture chez Gibert Jeune, en haut du boulevard Saint-Michel où j'achète La France de Pétain et son cinéma de Jacques Siclier. A Jussieu, j'assiste au séminaire Perec ("Le département des récits policiers dans La Vie mode
d'emploi
et 53 jours", par Isabelle Dangy qui ne m'apprend pas grand-chose). Je rejoins Caroline au Bouillon Racine, qui est quand même la meilleure cantine du quartier. J'épluche deux Série Noire à la Bibliothèque des Littératures Policières, traverse la Seine pour me trouver à 17 heures 15 dans la salle de lecture de la Bibliothèque de l'Arsenal où se tient l'Assemblée Générale de l'Association Georges Perec.
Je me sens tout petit, assis entre Ela Bienenfeld, cousine et détentrice des droits de Perec, la gardienne du temple en quelque sorte, et Jacques Neefs, l'ancien président de l'Association, qui est un des plus grands spécialistes actuels de Flaubert. L'année Perec s'annonce plutôt riche avec des colloques prévus à Perpignan, Bari, Tunis, Budapest, l'émission d'un timbre, la célébration du 20ème anniversaire de la mort de Perec et de la création de l'Association. Claude Burgelin, le président, annonce également la parution des Cahiers Georges Perec n°7. La soirée doit se terminer par une cérémonie apéritive chez Paulette Perec, je m'éclipse et vais rejoindre Caroline, retour de soldes. Nous passons devant l'église Saint-Laurent. Distribution de soupe chaude aux SDF. Un peu plus loin, un vieux bus de la RATP attend les passagers pour Nanterre. Je pense à Patrick Declerck et à ses Naufragés... (cf. notules n°36).

Cinéma. Spy Game (Jeu d'espions) (Tony Scott, U.S.A., 2001 avec Robert Redford, Brad Pitt, Catherine McCormack, Stephen Dillane, Larry Briggman, Marianne Jean-Baptiste, David Hemmings, Charlotte Rampling).
Nathan Muir vit sa dernière journée au sein de la C.I.A. à Langley : il doit partir à la retraite le soir-même. Il apprend qu'un agent qu'il a formé, Tom Bishop, est détenu dans une prison chinoise. La dernière journée de Muir va être bien occupée.
Muir est un héros. Avant d'être dans les bureaux, il a été sur le terrain. De longs flash-backs le montrent en action avec son élève au Vietnam, à Berlin, à Beyrouth. Ceux qui travaillent avec lui le connaissent et l'estiment. Quand il arrive au bureau, sa secrétaire lui tend sa tasse de café sans qu'il ait à la réclamer, comme quoi il reste encore du petit personnel -même de couleur- sur lequel on peut compter. Mais il y a les jeunes aux dents longues qui arrivent et qui veulent bouleverser les vieilles méthodes et ceux qui les incarnent. Dans cette affaire, ils sont prêts à sacrifier l'agent prisonnier en Chine du fait que les États-Unis sont en passe de signer un important accord commercial avec ce pays. Bien entendu, Muir ne va pas se laisser faire et, malin comme un singe, réussira au prix d'une opération rocambolesque et invraisemblable à faire libérer son ami.
C'est le cinéma américain gros calibre dans toute sa splendeur. Deux vedettes, un scénario qui, en deux heures et sept minutes ne livre absolument rien d'inattendu, des situations, des dialogues et des personnages tellement convenus qu'ils frisent la caricature. Quand Tony Scott quitte sa façon trépidante de filmer, ça donne un plan obscène, un ralenti sur des enfants dans un camp de réfugiés à Beyrouth.
On peut redouter, après avoir vu ça, ce que ça donnera quand les attentats du 11 septembre seront assimilés et digérés par l'industrie cinématographique américaine. Scénaristiquement, on risque de souffrir...
Malgré le manque de qualités du film, nous ne regrettons pas notre soirée. Parce qu'il y a le film, certes, mais il y a aussi le cadre. Et là, on est dans le grandiose. Nous sommes pour la première fois au Grand Rex, un salle que je rêvais de fréquenter depuis longtemps, au deuxième balcon. C'est un vrai théâtre, tellement escarpé qu'on a peur de tomber (ce qui ne m'empêchera pas de m'assoupir à quatorze reprises), au décor kitsch à souhait. Le plafond représente un ciel étoilé, comme la grande salle de Poudlard dans Harry Potter. Avant que le film commence, on se demande pourquoi il n'y a personne au parterre jusqu'au moment où l'écran, immense, descend des cintres au ras du balcon. Les imprudents qui occupent les premiers rangs ne tardent pas à refluer vers l'arrière. Le son est incroyable, les hélicoptères décollent dans notre dos, les portes de la prison chinoise claquent quasiment sur nos doigts. J'imagine ce que ça doit être de voir un vrai bon film dans ces conditions...


Bonne semaine, et les excuses pour la livraison tardive.

 

Notules dominicales de culture domestique n°44 - 20 janvier 2002

DIMANCHE.
Vie parisienne (suite). Visite de l'exposition Au temps de Marcel Proust, la collection de F.-G. Seligmann, au Musée Carnavalet, près de la Bastille. Il s'agit de tableaux peints par des contemporains de Proust et qui représentent des personnes qu'il a connues, dont il s'est servi de modèles pour des personnages de La Recherche, de lieux qu'il a fréquentés ou décrits (Trouville, le Pré-Catelan...). Je dois dire que ce n'est qu'en vertu du caractère alphabétique que j'ai donné à mon exploration du monde artistique que je reconnais quelques noms : Amaury-Duval, Léon Bonnat, Carolus-Duran...Si, il y a tout de même Jacques-Émile Blanche, qui peignit toutes les célébrités littéraires de l'époque (ici Mary Cassatt). C'est une peinture des Salons de l'époque, très conformiste, très convenue. Nous arpentons le reste du musée. C'est le musée de l'Histoire de Paris, contenu dans un grand hôtel particulier. Il faut suivre une enfilade de pièces meublées selon telle ou telle époque (c'est aussi passionnant
que la visite d'un château anglais) pour dénicher, tout au bout du dernier couloir qui se termine en cul-de-sac, ce que suis venu chercher : la reconstitution, avec les objets
authentiques, des chambres de Proust et de Léautaud : le lit métallique, la canne, l'encrier, la pelisse en loutre de l'un, le panier à chat, le pot de chambre, le fauteuil défoncé de l'autre... C'est incroyablement déprimant. Il y a à Beaubourg deux ou trois chambres d'anonymes reconstituées par je ne sais plus quel artiste, américain je crois, qui m'avaient fait le même effet. Je vais à la librairie relire les lignes de Jérôme Prieur (Proust fantôme, cf. notules n° ) : "Dans le labyrinthe de l'hôtel Carnavalet, un gardien accepte finalement d'aller ouvrir la salle qui est toujours fermée quand on veut la voir, la salle des Chambres d'écrivains. A l'intérieur de la même pièce, sans presque aucun recul, on peut parcourir d'un seul regard le boudoir de jeune fille d'Anna de Noailles, le fourre-tout de Paul Léautaud, et la chambre de Marcel Proust. Au cur du dortoir, sous la lumière crue d'un tube de néon, la chambre capitonnée comme un sous-marin, la chambre-forte est trop étroite. Minuscule lit en cuivre qui semble remis à neuf sous son étole bleu pétrole. Entassement de trop rares bibelots dans l'espace
exigu, frêle table de nuit sur laquelle a été abandonnée, parmi deux ou trois cahiers d'écolier toujours vierges, la fiole d'une bouteille d'encre noire. Les souvenirs n'ont pas l'air d'être vrais, c'est un décor de pièce de boulevard."

LUNDI.
TV. Épisode plutôt creux de Six Feet Under.

Mail. J'entame la rédaction des notules n°43. Vux de R. et de Jl. La [listeoulipo] s'intéresse aux lieux palindromiques (Laval, Eze, Senones, etc.).

MARDI.
Mail. Je reprends les notules l'aube et les termine en soirée. Je recopie un entrefilet du Monde pour Y.

TV. Nez de cuir, gentilhomme d'amour (Yves Allégret, France, 1954 avec Jean Marais, Françoise Christophe, Valentine Tessier, Jean Debucourt, Mariella Lotti, Massimo Girotti, Bernard Noël, Yvonne de Bray, Denis d'Inès, Yolande Laffon, Gabriel Gobin, Gianni Esposito, Marcel André).
1814. Pendant la campagne de France, le comte Roger de Tainchebraye, jeune et brillant séducteur, est grièvement blessé au visage. les femmes continuent à lui céder, mais celle qu'il aime vraiment, Judith de Rieusses, lui résiste.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Jean Marais ne se souciait guère des transformations qu'on faisait subir à son physique : Le Bossu, la série des Fantômas, La Belle et la bête... Il porte ici un masque qui laisse tout de même deviner la beauté de ses traits. Malheureusement, son jeu un peu emphatique a plutôt mal vieilli et les tourments de ce personnage, attaché à séduire la seule femme qui lui oppose une certaine résistance (Françoise Christophe) ne passionnent guère. La mise en scène d'Yves Allégret, qui accumule les fondus au noir et les scènes de chasse (pour bien faire comprendre que l'amour est une traque) manque également de subtilité.

MERCREDI.
Mail. Message musical de J. Je l'abonne d'autorité aux notules. Les deux dernières personnes à qui j'ai proposé un abonnement n'ont pas donné suite à mon offre, ce qui a occasionné une légère blessure narcissique. Donc, je ne propose plus, j'impose.

Presse. Je lis Le Canard enchaîné à la Bibliothèque municipale, où Lucie assiste à L'heure du conte. Le bretzel qui a failli étouffer le fils Bush est appelé un étouffe-crétin. Bien vu.

Obituaire. Mort de Michel Poniatowski. "Contre le mur du fond, une desserte de style indéterminé sur laquelle sont posés une lampe dont le socle est un cube d'opaline, une bouteille de pastis 51, une unique pomme rouge sur une assiette d'étain, et un journal du soir dont on peut lire l'énorme manchette : PONIA : LE CHÂTIMENT SERA EXEMPLAIRE." (Georges Perec, La Vie mode d'emploi, chap. LXI).

TV. Laissons Lucie faire (Emmanuel Mouret, France , 2000 avec Marie Gillain, Emmanuel Mouret, Dolorès Chaplin, Arnaud Simon, Georges Neri, Natalia Romanenko, Frédéric Niedermeyer).
Lucie vend des maillots de bain sur une plage près de Marseille. Elle vit avec Lucien qui vient de manquer son concours d'entrée dans la Gendarmerie mais qui est recruté par les services secrets.
La musique, le cadre, dès le générique, nous orientent du côté de Tati et des Vacances de M. Hulot. Comme Hulot, Lucien se cogne aux portes et se place de lui-même dans des situations inextricables. Contraint de cacher sa profession d'agent secret, il invente des mensonges invraisemblables qui finissent par lasser Lucie. Emmanuel Mouret, qui signe son deuxième film, lui prête son visage élastique (qui n'est pas sans évoquer Fernandel) d'adolescent attardé. Il a des talents de comédien, des talents d'auteur, et de metteur en scène. Comédie fraîche et légère, fable sur le mensonge et l'amour, Laissons Lucie faire est une vraie bonne surprise. Ne reculant devant rien, Mouret va même jusqu'à livrer sa propre version du baiser de plage entre Deborah Kerre et Burt Lancaster tirée de Tant qu'il y aura des hommes.

JEUDI.
Courrier.
J'envoie des coupures à Y. (Le Canard enchaîné) et à l'AGP (Libération, Viridis Candela).

Cinéma. Se souvenir des belles choses (Zabou Breitman, France, 2001 avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Bernard Le Coq, Zabou Breitman, Dominique Pinon,Denys Granier-Deferre, Anne Le Ny, François Levantal, Aude Briant, Jean-Claude Deret, Céline Léger).
Claire Poussin souffre de troubles de la mémoire après avoir été foudroyée. Dans un centre de soins, elle rencontre Philippe, qui a perdu sa femme et son fils dans un accident de voiture. Ils s'installent dans un appartement. La maladie de Claire est en fait plus grave : Alzheimer.
Pour marquer son entrée dans le monde des gens sérieux, Zabou a ajouté son nom de famille à son pseudonyme et est passée derrière la caméra pour traiter un sujet grave et difficile, la désagrégation d'un cerveau, la déliquescence d'une jeune femme qui perd progressivement la mémoire, la parole, ses repères. Disons tout de suite que dans le rôle, Isabelle Carré est remarquable. La vie dans le centre qu'elle fréquente donne à la première partie du film un ton de comédie. C'est une galerie de portraits de pensionnaires et de soignants interprétés, là aussi, avec talent. Et puis on bascule dans le tragique avec la descente aux enfers de Claire à laquelle Philippe assiste impuissant.
Il y a là dedans de belles trouvailles (l'appartement de Claire et Philipp envahi par les Post-It, les réveils et les minuteurs, la scène où Claire se perd dans un hypermarché), il y a aussi des maladresses, à commencer par le choix de Bernard Campan, qui manque cruellement d'envergure, des scènes ridicules (l'amour sous la pluie, les cauchemars de Philippe), des choses absolument indignes comme cette séquence où deux vieux juifs se transforment en jeunes gens vêtus de l'habit de déporté. Bien sûr, dans le genre, C'est la vie (d'ailleurs distribué par la même société, Pan-Européenne) de Jean-Pierre Améris était infiniment plus subtil mais, encore une fois, l'exercice était très difficile.
En tout cas, le titre est joli et les seins d'Isabelle Carré parfaitement ronds.

VENDREDI.
Courrier. Je reçois la bande originale de La Pianiste (Schubert, entre autres) et le n°6 de Viridis Candela.

Mail. J'avertis J. de la prochaine diffusion du Radeau de la Méduse, film dans lequel il fut figurant.

TV. Une Histoire immortelle (Orson Welles, France, 1966, avec Orson Welles, Jeanne Moreau, Roger Coggio, Norman Eshley, Fernando Rey).
Macao. Un riche négociant, M. Clay, demande à son employé, Levinsky, de lui trouver une jeune femme qui sera appelée à jouer le rôle de son épouse dans la mise en scène d'une légende de marin.
Le film dure une heure. Si on connaît Orson Welles et les difficultés qu'il a connues pour mener à bien tous ses projets, on se doute que c'est le manque d'argent qui explique cette durée réduite. Il a quand même le temps dans ce format de faire admirer son goût pour les jeux de miroir (que l'on connaît depuis La Dame de Shanghai au moins) et pour les cadrages millimétrés (dont s'inspirera Peter Greenaway). Il semble qu'on ait affaire à une méditation sur la vieillesse : Clay veut, avant sa mort, faire prendre corps à une légende. Est-ce ainsi que Welles considère le rôle du cinéaste ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas passionnant : une heure, finalement, suffisait amplement.

SAMEDI.
Toile. je découvre, après lecture d'un hors-série des Cahiers du cinéma consacré à Cinéma et internet, le site de la Bibliothèque du Film qui donne, pour chaque film existant, une fiche avec la distribution absolument complète, jusqu'au plus petit rôle, jusqu'à la moindre silhouette ce qui ne peut que combler mon désir d'exhaustivité. Ce qui signifie qu'il va falloir que je revoie entièrement mon répertoire de Films vus, que je suis en train de transférer du papier à l'écran (j'en suis à 593 films annotés). Vivement la retraite...

 

Notules dominicales de culture domestique n°45 - 27 janvier 2002

DIMANCHE.
Vie familiale. Mes parents viennent manger et visiter la pharmacie.

TV. 7ème épisode de Six Feet Under.

Toile. Je passe beaucoup de temps sur le site de la BiFi à compléter mes filmographies.

LUNDI.
Lecture. L'Oiseau des ténèbres (A Darkness more than Night, Michael Connely, 2001, traduit de l'américain par Robert Pépin, Éditions du Seuil, coll. Seuil Policiers).
On assiste ici à la rencontre de Terry McCaleb, l'agent du FBI héros de Créance de sang, et de Hyeronymus - dit Harry - Bosch, héros des autres livres de Michael Connely. Bosch assiste à un procès important, il témoigne du côté de l'accusation. Il espère parvenir à la condamnation pour meurtre d'un célèbre réalisateur de Hollywood. Parallèlement, McCaleb est sollicité pour élucider l'assassinat d'un petit malfrat dont la mise en scène l'intrigue : elle ressemble étrangement à la reconstitution d'un tableau de Hyeronymus Bosch, le maître flamand du 16ème siècle.
D'habitude, Bosch n'a d'ennuis qu'à propos de sa manière de travailler. Plusieurs de ses aventures précédentes le montraient aux prises avec sa hiérarchie, notamment avec l'équivalent de l'Inspection Générale des Srvices. Cette fois, c'est plus grave : il est soupçonné de meurtre, et plus précisément du meurtre dont l'accusé est en train d'être jugé... McCaleb enquête d'abord à partir d'un tableau de l'homonyme de Bosch. On essaie de l'écarter de l'enquête, sa femme ne voit pas d'un très bon il son retour aux affaires après la transplantation cardiaque qu'il a subie. C'est une course contre la montre, Bosch devant se disculper avant l'issue du procès auquel il témoigne.
Michael Connely mène tout cela avec son brio habituel, son sens des rebondissements et son art du suspense. Finalement, Bosch sauvera la vie de McCaleb et McCaleb sauvera la vie de Bosch, innocent bien sûr, mais victime d'une machination redoutable.
Curiosité : "Nous avons retrouvé soixante-huit empreintes dans la maison où la victime est morte. Soixante-deux d'entre elles appartenaient à la victime et à sa colocataire. Il a été ensuite établi que les seize autres appartenaient à sept personnes différentes."
68 - 62 = 16 !?

Toile. Y. me donne l'adresse de D.R., qu'il estime susceptible d'être intéressé par les notules. J'en envoie quelques exemplaires de démonstration. J'en profite pour abonner d'autorité des correspondants qui n'ont pas répondu à ma proposition d'abonnement. Après tout, qui ne dit mot consent.

TV.
Esther Kahn (Arnaud Desplechin, France, 2000 avec Summer Phoenix, Ian Holm, Fabrice Desplechin, Frances Barber, Laszló Szábó, Emmanuelle Devos).
Londres, fin du XIX° siècle. La jeune Esther Kahn, fille d'un pauvre tailleur juif, rêve de devenir actrice.
Ce film se trouve à la croisée de trois tendances du cinéma français de ces deux dernières années : la renaissance du film à costumes (Les Destinées sentimentales, L'Anglaise et le Duc, Saint-Cyr) , le tropisme de l'Angleterre et des comédiens anglais (Mauvaise passe, Intimité, le dernier Rohmer encore, sans parler de choses plus légères comme Barnie et ses petites contrariétés ou Ma Femme est une actrice) et enfin le goût de filmer le théâtre (Je rentre à la maison, La Répétition, Va savoir ! mais là c'est Desplechin qui le fait le mieux).
On suit Esther du noyau familial (où elle sert de modèle à son père, répétant les gestes qu'elle fera plus tard face à son habilleuse) à la scène d'un grand théâtre en passant par la troupe yiddish du quartier. On a parfois l'impression de se trouver face à un bel objet, une belle reconstitution, soignée mais un peu glacée. Et puis arrive le dernier moment du film où Esther, suite à une déception amoureuse, refuse de monter sur scène le soir où elle doit rencontre la consécration. Il y a là une tension extrême entre ce qu'elle désire depuis son enfance (jouer) et son désir du moment (mourir).
La détermination du personnage se confond avec celle de l'actrice (Phoenix, qui peut rappeler une jeune Adjani) et, à un deuxième niveau, avec celle du personnage qu'Esther interprète sur scène au cours de cette fameuse soirée : celui d'Hedda Gabler dans la pièce éponyme d'Ibsen. A Propos d'Ibsen, les joyciens apprécieront l'échange entre Esther et son amant, à qui elle vient d'offrir un recueil d'Ibsen sans savoir qu'il était en version originale :
"Je suis désolée.
- Ça ne fait rien, j'apprendrai le norvégien."
A savoir, ce que fit Joyce à l'âge de 18 ans, justement pour pouvoir écrire à Ibsen et lui faire part de son admiration.
A noter que Desplechin remet à l'honneur une vieille technique, celle de l'ouverture et de la fermeture à l'iris, qui lui permet de faire durer un détail ou un visage.
Cet oculus est d'ailleurs repris dans le trou ménagé dans le rideau de scène qui permet à Esther de surveiller la salle avant le début d'une représentation.

MARDI.
TV. Cadet d'eau douce (Steamboat Bill Junior, Charles Reisner, U.S.A., 1928 avec Buster Keaton, Ernest Torrence, Tom Lewis, Tom McGuire, Marion Byron).
Willie Canfield exploite un vieux rafiot sur le Mississipi. Son puissant concurrent, King, menace de couler son entreprise. Mais les enfants de Canfield et de King s'aiment.
Comme dans Voisin, voisine (1921, cf. notules n°30), Keaton apparaît dans une variation de Roméo et Juliette. Les relations entre Canfield et son fils sont certainement d'inspiration autobiographique : le père rêve d'un fils qui soit un vrai loup de mer, capable de lui succéder à bord de son bateau, il hérite d'un avorton amoureux, en plus, de la fille de son concurrent mais qui finira par lui sauver la vie.
Le film est surtout connu pour la spectaculaire séquence du typhon au cours de laquelle une façade d'immeuble s'écroule sur Buster qui s'en sort sans une égratignure, une scène qui fut une véritable prouesse de tournage.

MERCREDI.
Travaux. Dernière réunion de chantier avant la réouverture de la pharmacie prévue lundi. Vu ce qui reste à faire, ça semble improbable mais il paraît que c'est faisable.

TV. Je visionne en accéléré Le radeau de la Méduse enregistré la veille (et qui m'a l'air d'être un fier navet) à la recherche du visage de J. mais en vain.

Cinéma. De l'eau tiède sous un pont rouge (Akai hashi no shita no nurui mizu, Shohei Imamura, Japon, 2001 avec Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho, Mansaku Fuwa, Kazuo Kutramura, Isao Natsuyagi).
Yosuka débarque dans un village de pêcheurs à la recherche d'un hypothétique trésor. Il rencontre Saeko, une jeune femme dont le corps se remplit d'eau régulièrement et qui doit faire l'amour pour s'en libérer.
Après sa belle Anguille palmée à Cannes en 1997, Imamura (75 ans tout de même) avait un peu déçu avec Dr Akagi mais retrouve ici toute son originalité et tout son charme. Il est encore une fois question d'une petite communauté, un village de pêcheurs, avec ses personnages plus ou moins insolites : une vieille femme qui attend, posée sur une chaise, le retour d'un ancien amour enfui depuis des années, un marathonien noir qui s'entraîne pour les Jeux Olympiques, un trio de pêcheurs à la ligne qui joue le rôle du chur antique, une jeune femme aux caractéristiques physiques pour le moins déroutantes. Arrive un étranger, un homme qui a tout perdu, travail et foyer, conduit par l'appât du gain et qui, comme Yamashita dans L'Anguille, va découvrir bien d'autres choses et s'intégrer à la société locale. Une nouvelle fois, c'est l'eau, la mer et la mère, qui est source de renaissance, mais si philosophie il y a, elle n'est jamais pesante, Imamura faisant preuve d'humour et de malice. Le
slogan du vieux sage qui indique à Yosuka l'existence du pseudo-trésor ? "La vraie vie, c'est bander !" Comme Oliveira et Kiarostami, Imamura raconte des fables. Les siennes sont simplement plus légères et plus digestes.

JEUDI.
Mail. J'envoie un aperçu de mes chantiers littéraires à D.R.

Courrier. J'envoie des coupures à N. (Avantages) et à l'AGP (Les Cahiers du cinéma) et réponds aux vux de M.D.

Cinéma. L'Emploi du temps (Laurent Cantet, France, 2001 avec Aurélien Recoing, Karin Viard, Serge Livrozet, Jean-Pierre Mangeot, Nicolas Kalsch).
Je me suis intéressé à l'affaire Jean-Claude Romand, cet homme qui parvint à faire croire à tout son entourage qu'il était médecin à l'OMS à Genève alors qu'il n'était et ne faisait rien du tout, à partir de la lecture de L'Adversaire d'Emmanuel Carrère. Laurent Cantet, à son tour, s'est inspiré de cette histoire sans en faire une reconstitution. Ici Vincent (Recoing, inconnu mais très fort) cache à sa femme son licenciement et prétend être employé par un organisme de Genève dépendant de l'ONU.
La fin du film se détourne du dénouement tragique de l'affaire Romand (qui tua parents, femme et enfants) pour présenter un Vincent prêt (?) à repartir dans un nouvel emploi, réel celui-là. Ce qui m'intéresse dans cette histoire, c'est la construction du mensonge qui finit par occuper toute une vie d'une part - mais on a déjà vu ça au cinéma, des personnages à double vie - et surtout la façon dont on peut meubler une vie qui ne repose que sur le vide. Ce qui m'intrigue, c'est : mais que faisait Romand de ses journées, alors que tout le monde le croyait au boulot, à Genève ? Le titre du film indique que c'est dans cette direction que Cantet est allé. Les lieux fréquentés par Vincent sont une succession de parkings et de halls d'hôtels, de stations-services, d'endroits isolés dans la nature où il s'attache à apprendre son rôle pour pouvoir donner le change. Car c'est ça aussi qui est fascinant, à savoir que le vrai Romand, au cours de sa vie de mensonge, a dépensé beaucoup plus de temps et d'énergie à
emmagasiner toutes les connaissances susceptibles de le faire passer pour un médecin que s'il avait tout bêtement poursuivi ses études pour le devenir vraiment. Il y a aussi l'aspect financier, les emprunts aux parents et aux amis, la construction d'un gigantesque château de cartes à la merci du moindre souffle.
Laurent Cantet réalise un film admirable, confirmant que son premier film, Ressources humaines, n'était pas qu'une promesse. Il parvient à montrer, sur le visage de ses interprètes, la progression de la lassitude, de l'exténuation (il n'y a rien de plus fatigant que de mentir), l'invasion du doute.
Petit plaisir personnel : une vision fugitive du quartier des organismes internationaux à Genève, que j'ai sillonné en avril 1996 à la recherche de traces d'Albert Cohen.

VENDREDI.
Lecture. Histoires littéraires (Revue trimestrielle consacrée à la littérature française des XIX° et XX° siècles, n°6, Avril-mai-juin 2001, Du Lérot éditeur).
Ce numéro s'ouvre sur des documents présentant l'arrivée de la traduction de l'Ulysse de Joyce dans la littérature française, avec la liste des personnalités, institutions et librairies qui en reçurent les premiers exemplaires. Suit un long dossier sur Vercors, puis il est question de Germain Nouveau, de Catulle Mendès...
Dans la rubrique Livres reçus, qui est toujours la plus intéressante car c'est là qu'apparaît le "ton" de la revue, j'ai relevé un essai d'Annie Le Brun intitulé Du trop de réalité qui est susceptible de m'intéresser. Dans cette même rubrique, le Journal inutile de Paul Morand est chroniqué sans qu'il soit fait mention des propos antisémites de l'auteur qui, si j'en crois d'autres critiques, occupent nombre de pages. C'est une négligence tout de même fâcheuse...

Courrier. Je reçois trois numéros gratuits de Fiches cinéma commandés sur le site internet de cette revue. Les filmographies sont moins complètes que celles du site de la BiFi, je ne m'abonnerai pas.

Radio.
Je finis d'écouter et archive les enregistrements réalisés cet été sur France Culture, 14 cassettes consacrées à autant de rediffusions de l'émission Les mardis du cinéma : D.W. Griffith, Fritz Lang, Orson Welles, Charles Laughton, Buster Keaton, Ava Gardner, Bette Davis, Judy Garland, Marilyn Monroe, Vincente Minnelli, James Dean, James Stewart, Gregory Peck, Woody Allen.

Mail. Je fais passer un message d'alerte virale.

SAMEDI.
Déménagement. Transfert de la pharmacie des cellules installées sur le trottoir aux anciens locaux rénovés. Il y a assez de bras costauds (les conjoints des employées, mon père) pour la manutention et de mains expertes (lesdites employées, Caroline) pour le rangement pour que je me consacre à la garde des filles.
Délicieuse sensation de se sentir inutile en de pareilles circonstances. Comme Lucie tient à participer à l'effervescence, je passe une journée des plus paisibles avec Alice. Pour la première fois depuis des mois, je parviens à faire progresser toutes mes entreprises littéraires, sur papier comme sur écran. Je finis la journée exténué mais me garde de le crier sur les toits, on ne me croirait pas.

TV.
Piège fatal (Reindeer Games, John Frankenheimer, U.S.A., 20000 avec Ben Affleck, Gary Sinise, Charlize Theron).
A sa sortie du pénitencier, Rudy Duncan se fait passer pour son compagnon de cellule afin de bénéficier des faveurs de la correspondante de prison de celui-ci. Il se retrouve embarqué dans le braquage d'un casino, à son corps défendant.
Le premier film de Frankenheimer date de 1957. C'est dire qu'il n'est pas neuf et que, s'il n'a pas de génie, il a du métier. Du métier, il en fallait pour transformer cette banale histoire de mauvais garçons, au scénario un peu tortueux, en film correct. S'il y parvient, c'est grâce à sa façon de se servir du cadre géographique (le Michigan sous la neige, réminiscence de Fargo et de Un Plan simple), à la conviction de ses interprètes (surtout Sinise, un méchant vraiment inquiétant) et à l'humour dont il émaille les péripéties du récit : l'histoire se déroule au moment de Noël et les actions les plus violentes sont perpétrées au son de Jingle Bells et de Let It Snow, les braqueurs sont déguisés en Pères Noël pour le casse du casino, Duncan se sert d'un pistolet à eau rempli de whisky pour se tirer d'une mauvaise passe.
Un vrai film du samedi soir, efficace et sans prétention.

Bon dimanche, ou ce qu'il en reste.