Notules
dominicales de culture domestique n°183 - 7 novembre 2004
DIMANCHE.
Vermot. Y, mon fidèle et précieux
metteur en ligne, est en vacances. Le site des notules ne sera pas mis
à jour avant la fin de la semaine. Quoi de plus normal ? Au moment
d'Halloween, les sites rouillent.
Itinéraire patriotique départemental.
Nous partons à la recherche du monument aux morts de
Bayecourt. L'occasion, pour la première fois, de mettre en pratique
la recommandation du ministre des transports en allumant les phares de
l'auto en plein jour. Recommandation qui provoque l'ire des motards mais
qui ne me dérange pas dans la mesure où cela fait un moment
que je l'ai mise en pratique et intégrée à mes habitudes
de conduite. J'aime autant que les populations soient prévenues
longtemps à l'avance de mon arrivée afin qu'elles aient
le temps de se mettre à l'abri. Je ne suis peut-être pas
excessivement dangereux au volant mais je suis excessivement trouillard
et, par conséquent, excessivement prudent : je respecte scrupuleusement
les limitations de vitesse, ce qui m'amène, la plupart du temps
à me promener avec un chapelet de conducteurs furibards aux fesses,
je m'arrête pour laisser passer les piétons sur les passages
protégés, à l'exception de ceux qui sont situés
à la sortie des écoles privées, et je n'utilise jamais
mon klaxon sauf quand je me trouve derrière une auto portant l'autocollant
"Bébé à bord", histoire de réveiller
le marmot. A part ça, le monument aux morts de Bayecourt est une
plaque située dans l'église, l'église est fermée,
je reviendrai le 11 novembre.
TV. 24 heures chrono (série
américaine de Joel Surnow, Robert Cochran, Howard Gordon et Kiefer
Sutherland avec Kiefer Sutherland, Elisha Cuthbert, Dennis Haysbert, Carlos
Bernard, Reiko Aylesworth; saison 3, épisodes 11 & 12, diffusés
la veille sur Canal +).
Christian Sorg se moque gentiment de la série dans Télérama
(n° 2859 du 27 octobre dernier).
LUNDI.
Safari. Mise en boîte de plusieurs
publicités murales et de plusieurs Bars clos (bar des Cheminots,
Le Mouton Bleu, café de la Madeleine) repérés précédemment
à Epinal, Chantraine et Golbey.
TV. Les Aventures de Robin des
Bois (The Adventures of Robin Hood, Michael Curtiz & William
Keighley, E-U, 1938 avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone;
Claude Rains, Alan Hale; diffusé sur Télé Monte-Carlo
en ?).
L'explosion des couleurs, le galbe du mollet d'Errol Flynn, l'absence
de temps mort dans le récit, l'exemple (en 1938) d'un mouvement
de résistance, les plaisirs sont multiples à la révision
de ce classique. On regrettera comme d'habitude que ce soit Errol Flynn
qui porte la jupette et Olivia de Havilland des robes interminables et
non l'inverse.
Réplique. Robin à Marianne : "Voulez-vous venir avec
moi ? Je n'ai qu'une vie d'aventure et de danger à vous offrir..."
Ça m'a rappelé ma demande en mariage.
MERCREDI.
Courrier. Une carte postale des D.
qui portent leur croix à Malte.
Actualité. Bush - Kerry, Kerry
- Bush, le doute règne jusqu'à 17 heures 33 où une
dépêche du Monde annonce que le candidat démocrate
admet sa défaite. Qu'importe. Pour les spectateurs de 24 heures
Chrono, le président des États-Unis est noir et s'appelle
David Palmer.
Cinéma. Les Fautes d'orthographe
(Jean-Jacques Zilbermann, France, 2004 avec Damien Jouillerot, Carole
Bouquet, Olivier Gourmet, Raphaël Goldman, Franck Bruneau, Anthony
Decady, Khalid Maadour, Arnaud Giovaninetti).
Fils du proviseur et de la directrice d'études d'un internat, le
jeune Daniel est contraint d'aller passer ses nuits au dortoir comme les
autres élèves de l'établissement.
Le cinéma français aime bien les films de pensionnat. Le
sujet a donné lieu à des oeuvres révolutionnaires
(Zéro de conduite de Jean Vigo), poétiques (Les
Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque), policières (Les
Anciens de Saint-Loup de Georges Lampin) ou édifiantes (les
récents Choristes de Christophe Barratier). On pouvait craindre
ici que Zilbermann ne cherche à profiter de la vague nostalgique
réactionnaire qui semble inspirer les autorités éducatives
(remise à l'honneur de la dictée et de la punition collective)
et médiatiques (spectacle de télé-réalité
prenant pour cadre un pensionnat sur une chaîne généraliste).
Heureusement, il n'en est rien et le film est une belle illustration de
l'horreur des dortoirs, chambrées, douches collectives et autres
vestiaires. Sans atteindre la vigueur iconoclaste de Jean Vigo, le réalisateur
filme une expérience collective et une révolte, qui se situe
à l'aube de mai 68. Le film est placé sous les auspices
de Brassens avec un extrait de sa Radioscopie avec Jacques Chancel (même
si l'émission date de 1971) et la guitare de Joël Favreau
sur la bande son.
Lecture. L'ennemi de Dieu (Last
Rights, Robert Daley, 2003, Plon 2004 pour la traduction française;
traduit de l'américain par Nathalie Zimmermann; 420 p., 19 €).
Gabe Driscoll, policier, et Andy Troy, journaliste, enquêtent sur
la mort de leur ami d'enfance, le prêtre Frank Redmond, retrouvé
mort suite à une chute d'un toit de New York. S'agit-il réellement
d'un suicide ?
Je découvre Robert Daley, ancien commissaire de police new-yorkais
et auteur d'une petite dizaine de polars parmi lesquels on trouve L'Année
du dragon porté à l'écran par Michael Cimino.
Son livre est solidement bâti comme devaient l'être ses enquêtes
: une stricte alternance entre les chapitres relatant l'enquête
et ceux qui plongent dans le passé des trois amis. Ceux-ci, élevés
dans une institution catholique, verront leur vie marquée par cette
éducation, principalement Redmond, devenu prêtre et partagé
entre devoir et passion. L'histoire est intéressante jusqu'au bout,
avec quelques passages sentimentaux longuets mais aussi une peinture assez
féroce de la hiérarchie catholique new-yorkaise.
JEUDI.
Courrier. J'envoie une revue de presse
à Y, des aptonymes médicaux à AZ et une demande de
places au théâtre de Luxeuil-les-Bains.
TV. Le Comte de Monte-Cristo
(Claude Autant-Lara, France, 1961 avec Louis Jourdan, Yvonne Furneaux,
Pierre Mondy, Bernard Dhéran, Jean-Claude Michel; diffusé
sur Canal + en ?).
Trois heures de film, deux parties, il faut bien ça pour adapter
le chef-d'œuvre de Dumas. Et encore, on ne peut pas tout garder : toute
l'aventure italienne est gommée, certains personnages disparaissent
(Franz d'Epinay), d'autres sont introduits dans l'histoire comme, bizarrement,
Vidocq, mais dans l'ensemble l'adaptation est fidèle. Fidèle
à Dumas, pas tout à fait, mais surtout fidèle à
la tradition cinématographique de l'époque, un cinéma
littéraire sérieux et sans éclat.
VENDREDI.
Téléphone. J'appelle
la mairie de Bayecourt pour connaître l'heure de la cérémonie
commémorative du 11 novembre.
TV. Le festin nu (Naked
Lunch, David Cronenberg, Canada, 1991 avec Peter Weller, Judy Davis,
Julian Sands; support DVD).
Un écrivain américain s'installe en Afrique du Nord après
avoir tué sa femme. Il souffre des hallucinations que lui procure
la drogue.
Peut-être vaut-il mieux connaître le roman de William S. Burroughs
ou sa genèse (autobiographie ?) avant de se lancer dans le film.
Spécialiste de la création d'univers effrayants (La Mouche),
Cronenberg est manifestement à son aise dans cette histoire où
les machines à écrire se transforment en cafards géants.
Il nous montre l'intérieur d'une construction mentale, celle de
l'écrivain, remplie de désirs, de frustrations, d'interdits
transgressés grâce à la drogue. On suit cela d'un
oeil intéressé, horrifié parfois, avant de se lasser
devant un certain côté répétitif.
SAMEDI.
Football. S.A. Épinal - Saint-Georges-Les
Ancizes 3-1.
Hearts of Midlothian, Ferencvaros, Ujpest Dozsa, Djugardens, Trabzonspor,
Borussia Mönchengladbach, Torpedo Moscou, Honved Budapest, Carl Zeiss
Iéna, FC Magdebourg, Hajduk Split, Ruch Chorzow, Sturm Graz, Schalke
04, Vejle, Dinamo Tbilissi, Arat Erevan, Banik Ostrava, Steaua Bucarest,
Slavia Sofia, Feyenoord Rotterdam, Inter Bratislava, Chakhtior Donetsk,
Dniepr Dniepropetrovsk... J'ai appris la géographie avec les coupes
d'Europe de football (je me souviens que la coupe de l'UEFA s'appelait
Coupe de Villes de foire). La géographie, et peut-être un
peu la poésie aussi, tant ces noms ressemblent aux étapes
d'un voyage ferroviaire de Blaise Cendrars. Malgré cela, j'ignore
totalement où se trouvent les communes de Saint-Georges et des
Ancizes.
TV. 24 heures chrono (série
américaine de Joel Surnow, Robert Cochran, Howard Gordon et Kiefer
Sutherland avec Kiefer Sutherland, Elisha Cuthbert, Dennis Haysbert, Carlos
Bernard, Reiko Aylesworth; saison 3, épisodes 13 & 14, diffusés
le soir même sur Canal +).
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°184 - 14 novembre 2004
DIMANCHE.
Réactions aux notules. Un notulien
auvergnat m'aide à localiser Saint-Georges - Les Ancizes.
A propos de Robin des Bois, AN m'envoie cette perle de traduction :
"Why are you called Robin Hood ?
- Because I wear a hood."
"Pourquoi est-ce qu'on vous appelle Robin des Bois ?
- Parce que je porte un capuchon."
Népotisme notulien. J'abonne
mon père, nouveau venu sur la Toile.
Radio. Jérôme Garcin
cite une lettre de GN en ouverture du Masque et la Plume. Les notuliens
sont partout.
LUNDI.
Bulletin Perec. Le prochain numéro
est prévu pour le mois de décembre, ce qui signifie que
je dois le boucler pour le 27 de ce mois. Suite à un ultimatum
envoyé hier sur la [listeperec], je reçois un premier lot
d'informations en provenance d'Allemagne et des Pays-Bas.
TV. Madame porte la culotte
(Adam's Rib, George Cukor, E-U, 1949 avec Spencer Tracy, Katherine
Hepburn, Judy Holliday, Tom Ewell; diffusé sur TCM en juillet 2003).
Adam Boner et sa femme sont tous deux avocats. Ils se retrouvent sur la
même affaire, l'un du côté de l'accusation, l'autre
du côté de la défense d'une femme qui a tiré
sur son mari volage et violent.
Le film fait alterner scènes de tribunal et scènes domestiques.
Dans un premier temps, les époux parviennent à séparer
vie professionnelle et vie familiale mais rapidement ce qui les oppose
dans la journée est prétexte à des disputes le soir.
Spencer Tracy et Katherine Hepburn jouent dans un registre qu'ils connaissent
bien, l'ours bougon se faisant mener par le bout du nez par son épouse
charmante et rusée. La comédie, qui s'appuie sur un sujet
sérieux (la condition des femmes) est moins brillante que dans
d'autres films de Cukor (Indiscrétions avec la même
Katherine Hepburn face à Cary Grant, par exemple). Le happy end
est décevant dans la mesure où la réconciliation
des époux n'est rendue possible que par l'abandon, ou du moins
la mise au second plan, de la cause défendue par la femme.
MARDI.
TV. Hiroshima mon amour (Alain
Resnais, France, 1959, avec Emmanuelle Riva, Eiji Okada, Bernard Fresson;
diffusé sur CinéClassics en ?).
Venue à Hiroshima pour y tourner un film sur la paix, une femme
vit une brève histoire d'amour avec un Japonais. L'aventure lui
remet en mémoire la passion qu'elle a connue, à la fin de
la guerre, avec un soldat allemand.
Une mémoire qui se débloque, un souvenir sur la guerre qui
réapparaît, le thème ne pouvait que séduire
Georges Perec, auteur d'un long article sur Hiroshima mon amour
publié en mai 1960 dans La Nouvelle Critique et recueilli
depuis dans L.G., une aventure des années 60. Le thème et
aussi la mise en scène de Resnais dont on peut trouver un écho
dans Un homme qui dort, réalisé en 1974 par l'écrivain
mué en cinéaste. Hiroshima est le premier long métrage
de Resnais, un objet filmique totalement nouveau et déroutant dans
le cinéma de l'époque. L'ouverture, qui entremêle
les fondus enchaînés sur les corps des amants et les images
du musée d'Hiroshima, est magistrale, bercée par la voix
lancinante d'Emmanuelle Riva, tantôt monologue, tantôt dialoguant
avec son amant. L'urgence (elle doit repartir pour la France le lendemain)
se lit dans l'étreinte, avant que le travail de mémoire
ne suspende le temps. Le film est une mise en parallèle entre l'histoire
d'amour vécue au présent à Hiroshima et la passion
vécue quinze ans auparavant à Nevers : aux bras du delta
du fleuve Ota-gawa répond la linéarité de la Loire,
les cheveux des victimes d'Hiroshima, qui s'arrachent par plaques, rappellent
à la femme son expérience de tondue, l'hôtel de luxe
qui abrite les ébats du couple s'oppose à la cabane où
elle rencontrait le soldat allemand, la défaite japonaise répond
à la défaite allemande. Tout cela n'est pas souligné,
mais suggéré dans une oeuvre qui est loin d'être facile
et qui montre que le souci d'invention de Resnais dans le domaine de l'écriture,
ce que Perec appelait "cette intelligence absolue du langage cinématographique",
ne date pas d'hier.
Lecture. Poésies (Stéphane
Mallarmé, texte de l'édition Deman, 1899, in Oeuvres complètes
vol. I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 65,
nouvelle édition de Bertrand Marchal, comportant introduction,
chronologie, notices, notes, variantes, table des titres et des incipit,
index de la Correspondance et bibliographie; 1600 p., 59,46 €).
Quatre jours de lecture pour une quarantaine de pages, pas plus. Si, un
peu plus quand même : l'introduction de Bertrand Marchal, qui
ne vaut pas, sur le plan de la clarté, le texte de la conférence
de Christophe Van Rossom et surtout, bien sûr, les notes. Quatre
jours en tête à tête avec Mallarmé, expérience
assez étourdissante qui amène à se demander ce qui
resterait de sa santé mentale si, d'aventure, on se retrouvait
sur une île déserte en compagnie d'un volume de Mallarmé
pour seul viatique littéraire. Le premier geste est de tenter de
comprendre, de percer l'obscur. On se perd dans les notes, on revient
au texte, on a parfois le sentiment de démêler l'écheveau
des mots. La principale difficulté tient à l'idée
de distance : distance entre le nom apposé et l'apposition, distance
entre le verbe et son sujet, distance entre le nom et le pronom qui le
reprend, distance entre le comparé et le comparant, distance entre
le sens commun du mot et le sens que lui attribue le poète, distance
entre la norme syntaxique et la construction mallarméenne. Parfois,
on y arrive, surtout dans les premiers poèmes aux images et au
ton très baudelairiens (impuissance et stérilité
du poète, spleen devenu péché) mais une fois qu'on
arrive à Hérodiade et à L'Après-midi
d'un faune, on chavire, "Perdus, sans mâts, sans mâts,
ni fertiles îlots". Le reste du recueil ne propose plus de
points de repère, le commentateur ne propose plus d'explications
mais cite les différentes versions proposées par ses prédécesseurs
(exemple du mot "cela" que certains tiennent pour un démonstratif
et d'autres pour le verbe celer au passé simple). On se
tourne alors vers un autre volume, celui des mêmes Poésies
dans l'édition Gallimard nrf de 1945, une édition nue, sans
notes, et on relit les poèmes pour ce qu'ils sont, abolis bibelots
d'inanité sonore, énigmatiques perles noires qui ont "La
triste opacité de nos sphères futures"...
MERCREDI.
Courrier. Arrivée des places
pour le théâtre de Luxeuil. J'envoie une revue de presse
à Y.
Emplettes. J'achète un livre
sur les Goncourt, un volume de souvenirs littéraires, une écharpe
et des chaussettes : il neige. Mallarmé écrirait-il "il
neige" ?
TV. L'Enfant sauvage (François
Truffaut, France, 1969 avec Jean-Pierre Cargol, François Truffaut,
Françoise Seigner; diffusé sur ARTE en ?).
En 1798, un enfant sauvage est capturé par des chasseurs de l'Aveyron.
Le docteur Itard le fait venir à Paris et essaie de faire son éducation.
Il me reste quelques films de Truffaut que je n'ai pas vus : La Nuit
américaine, Domicile conjugal, La Peau douce,
Fahrenheit 451, Les deux Anglaises et Le continent.
C'est beaucoup, en fait. Je les ai en cassettes, je pourrais les regarder
tous en une semaine mais je les garde, les ouvre au compte-gouttes comme
les rares Hitchcock que je n'ai pas encore vus. Je me souviens du temps
que j'ai mis avant de me résoudre à ouvrir la dernière
aventure de Nestor Burma, effrayé par l'idée qu'après
il n'y aurait plus rien à découvrir... C'est une manie dangereuse
: j'ai gardé ainsi sous le coude des aventures du Club des Cinq
ou de Bennett jusqu'à un âge où je n'avais plus du
tout envie de les lire.
Curiosité. Les pataphysiciens seront sensibles au fait que le premier
dessin réalisé à la craie par Victor, l'enfant sauvage,
est une magnifique gidouille.
JEUDI.
Itinéraire patriotique départemental.
Séance de rattrapage à Bayecourt. Soucieux de la symbolique,
j'arrive dans le village à 11 heures 11, quatre minutes avant la
cérémonie qui rassemble, c'est une surprise, une bonne cinquantaine
de personnes soit presque un cinquième de la population locale
si j'en crois les indications du calendrier des postes. Les habitants
m'accueillent comme un voisin, les édiles comme un électeur
potentiel. Dans l'église, devant la plaque commémorative,
le maire donne lecture du message du ministre délégué
aux Anciens Combattants, les enfants de l'école lisent des extraits
du journal d'un Poilu. Au moment de prendre la photo de la plaque, l'appareil
photo m'avertit que ses batteries sont vides. Il ne me reste qu'à
repartir, bredouille une nouvelle fois, en assurant que non je ne suis
pas journaliste et que non non c'est gentil mais je ne peux m'attarder
pour le vin d'honneur. Sur la porte de l'église, le calendrier
des messes annonce que l'office du samedi 30 novembre prochain se tiendra
en ce saint lieu. J'y serai.
L'après-midi, nous sommes à Bazegney, près de Dompaire.
Pas de monument en apparence. Je m'adresse à une villageoise qui
pourrait être la mère de l'enfant sauvage vu hier. Elle m'apprend
que là aussi, il y a une plaque à l'intérieur de
l'église et que, là aussi, l'église est bien sûr
fermée. C'est là que la chance qui m'avait fui le matin
fait sa réapparition : le mari de la dame s'occupe de la sonnerie
des cloches, il a la clé de la sacristie et accepte de l'ouvrir.
Appuyé sur une canne, peu ingambe, il met dix bonnes minutes à
parcourir la quinzaine de mètres qui nous séparent de l'édifice.
M'est avis que les cloches ne doivent pas souvent sonner à l'heure.
Enfin, il m'ouvre et je peux prendre les notes et les photos désirées.
Je ne le raccompagne pas, je tiens à me coucher à une heure
décente.
TV. La Chatte (Henri Decoin,
France, 1958 avec Françoise Arnoul; diffusé sur CinéClassics
en ?).
Cora, membre d'un réseau de Résistance, a pour amant un
journaliste qui se dit de nationalité suisse et qui n'est autre
qu'un officier allemand chargé de démanteler le groupe auquel
elle appartient.
C'est un film essentiellement nocturne, clandestinité oblige, ce
qui le rend extrêmement difficile à suivre sur un support
VHS. C'est dommage car la noirceur, qui est aussi dans le propos, en fait
une oeuvre plutôt intéressante sur la dualité et la
duplicité des êtres, à la gloire de Françoise
Arnoul ici secondée par Bernard Blier et le jeune Roger Hanin.
VENDREDI.
Obituaire. Après les cérémonies
du 11 novembre, passage à une mort plus individuelle, plus civile
et plus récente. Ch. et FG me tirent de ma sieste et nous partons
pour Ludres (Meurthe-et-Moselle) afin d'assister aux obsèques de
GV. Le fait de voir le cercueil manipulé par les employés
des pompes funèbres Guidon, de Neuves-Maisons (sic), me fait penser
qu'il est entre bonnes mains. A l'issue du service, nous nous retrouvons
sur le plateau de Ludres pour le traditionnel café - brioche. Il
n'est jamais facile en ces circonstances de trouver des mots à
dire aux proches, surtout pour moi qui ne sais jamais quoi dire à
quiconque en quelque circonstance que ce soit, ces proches pour qui la
disparition n'est pas, disait Derrida, "un" monde "mais
"le" monde qui s'effondre." Chaque fois unique, la fin
du monde", exactement.
TV. Les Fantômes du passé
(Ghosts of Mississipi, Rob Reiner, E-U, 1996 avec Alec Baldwin,
James Woods, Craig T. Nelson, Susanna Thompson, Lucas Black; diffusé
sur Canal + en avril 1999).
1963, Mississipi. Militant noir pour les droits civiques, Medgar Evers
est assassiné par Byron de la Beckwith, raciste notoire. Au procès,
Beckwith est acquitté. Vingt-cinq ans plus tard, un procureur se
bat pour qu'il soit rejugé.
Dès la première image on nous avertit qu'il s'agit d'une
histoire vraie. L'histoire d'un enquête, suivie d'un procès
qui comporte tous les morceaux de bravoure du genre jusqu'au suspense
concernant le verdict. Sauf que si l'on a vu le documentaire Soupçons
sur l'affaire Michael Peterson, de suspense, il n'y en a plus car on a
pris conscience de la différence entre la réalité
et la réalité revue par Hollywood. Il reste un film habile,
honnête, efficace, dans lequel domine non pas Whoopi Golberg dans
le rôle de la veuve éplorée mais James Woods qui,
manifestement, adore jouer les pires ordures.
SAMEDI.
Transferts. Le mercato d'hiver atteint
le monde des notuliens. Les M. quittent le Texas et deviennent mes premiers
abonnés ontariens, mon frère Ch. quitte Lisieux pour Bruxelles
où, me confie-t-il, la Direction Générale de la Santé
de la Protection des Consommateurs de la Commission européenne
a grandement besoin de notules.
Actualité. Dans Le Monde du
jour : "Un instituteur de Dinan s'accuse d'avoir agressé sexuellement
65 enfants pendant vingt-cinq ans." Au début de la semaine
s'est ouvert, devant les assises de l'Eure, le procès d'un autre
instituteur, nommé Lechien, pour viols et agressions sexuelles
sur mineurs de moins de quinze ans. Il y a décidément plus
de pédophiles chez les instituteurs que chez les gérontologues.
Il sera question de cela, entre autres, au cours de la croûte du
soir qui rassemble quelques vieux branchages.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°185 - 21 novembre 2004
DIMANCHE.
Casquette. Après les agapes
de la vieille, je reçois confirmation du fait qu'à partir
d'un certain âge, il n'est plus nécessaire de boire pour
bénéficier d'une belle gueule de bois. Je n'ai même
pas envie de courir les monuments aux morts, un signe qui ne trompe pas.
La sieste est lourde, l'activité se limite à quelques parties
de Memory avec les filles.
Courriel. AZ est sur la piste d'une
maison de retraite rouennaise administrée par la SA Crevon.
TV. 24 heures chrono (série
américaine de Joel Surnow, Robert Cochran, Howard Gordon et Kiefer
Sutherland avec Kiefer Sutherland, Elisha Cuthbert, Dennis Haysbert, Carlos
Bernard, Reiko Aylesworth; saison 3, épisodes 15 & 16, diffusés
la veille sur Canal +).
Épisode totalement irréaliste : on y voit un président
américain mentir.
LUNDI.
Courrier. Je reçois une invitation
à une soirée "Shadocks, Papous et tutti quanti"
qui devrait égayer mon prochain séjour parisien.
Lecture. Formules/Revue des littératures
à contraintes n° 6 (Noésis, 2002; 304 p., 22 €).
"Georges Perec et le renouveau des contraintes"
Le volumineux dossier Perec qui ouvre cette livraison est de très
haute volée. Il rassemble les poids lourds de la spécialité,
de Bellos à Magné en passant par Ribière, Brasseur,
de Bary, Bertelli et d'autres. C'est chez ce dernier que l'on peut effectuer
un voyage vertigineux dans le domaine dont il s'est fait le spécialiste,
celui des citations contenues dans La Vie mode d'emploi. On sait
que le cahier des charges qui a présidé à l'écriture
du roman imposait ces citations venues de chez Proust, Queneau, Sterne,
etc. Mais Bertelli va plus loin et recherche les citations hors programme,
qu'il déniche chez Zola, Aragon, Dumas ou Washington Irving. Bernard
Magné, qu'on a peu l'habitude de voir contesté, est interpellé
par Alain Chevrier dans une lettre "à propos des remaniements
de l'index dans la dernière édition de La Vie mode d'emploi".
Il s'agit de l'édition parue en Livre de Poche 1998, puis chez
Hachette Littératures et enfin dans le volume Pochothèque,
dont Magné fut l'éditeur, au sens anglais du mot. Chevrier
relève des modifications dans l'index, des ajouts, des retraits,
des corrections, des changements de place. Or, l'index qui ferme le livre
a été voulu, pensé, écrit par Perec, ce n'est
pas un appendice neutre. Certaines des erreurs qu'il comprend sont significatives
et ont été intelligemment étudiées par Magné
lui-même, ce qui rend sa "normalisation" un peu abusive.
La deuxième partie du numéro rassemble des textes contraints
d'intérêt variable, selon le goût que chacun peut avoir
pour ce genre d'écriture, pour la dureté ou la souplesse
des contraintes mises en jeu. On y trouve un petit bijou, dû à
Michel Clavel (notulien) qui présente deux textes écrits
avec les mêmes 2559 mots, deux textes qui se répondent dans
un jeu de miroir fascinant. Il y a aussi de beaux alexandrins de Jean-Michel
Espitallier, qui intriguent et séduisent sans que l'on sache à
quelle contrainte ils obéissent en mêlant "Les autocars
Saviem et les camions Unic" ou "La question du Maroc, mais où
est Syd Barrett ?"
On termine avec une partie théorique et critique qui comprend un
bon article de Sjef Houppermans sur l'actualité éditoriale
de Raymond Roussel et une volumineuse recension de tous les ouvrages se
rapportant à la littérature à contraintes qui témoigne
de la vitalité du genre et de l'énorme capacité de
lecture d'Alain Chevier qui signe presque tous les comptes rendus, y compris
ceux qui concernent ses propres ouvrages. Je retiens la phrase bègue
qu'il a trouvée dans un livre de Michel Volkovitch : "Un Hun
fit fi d'un daim au haut d'une dune".
Cinéma. La Confiance règne
(Etienne Chatiliez, France, 2004 avec Cécile de France, Vincent
Lindon, Éric Berger, Anne Brochet, Jacques Boudet, Martine Chevalier,
Pierre Vernier, Évelyne Didi, André Wilms).
Les petites arnaques d'un couple d'employés de maison dont la spécialité
est de détrousser ses employeurs.
Etienne Chatiliez renoue ici avec ce qui lui a valu le succès de
La Vie est un long fleuve tranquille, la caricature sociale. Les
enfants Groseille ont mûri et sont devenus adultes. Leurs combines
sont assez lamentables mais parfois efficaces et toujours amusantes à
suivre, même si on peut considérer que le film est trop long
d'une bonne demi-heure. Chatiliez fait de Vincent Lindon un tic ambulant,
un Zébulon immature, et de Cécile de France une sorte de
Bécassine filiforme, son meilleur rôle à ce jour.
Leur odyssée dans la grande bourgeoisie provinciale vaut quelques
coups de griffe que Chabrol n'aurait pas reniés avec les personnages
de l'alcoolique mondaine et du vieux beau (Pierre Vernier dans une imitation
de Jean Lefebvre). Signe des temps : André Wilms, l'inoubliable
Le Quesnoy de La Vie... campe désormais un pervers des bidonvilles.
On ne regrette pas d'avoir bravé le froid pour aller voir ce film
pas toujours léger léger mais incontestablement réjouissant.
MARDI
Gravats.

Je
travaille à Châtel-sur-Moselle, une localité desservie
par la gare de Châtel-Nomexy, sur la ligne Nancy-Épinal.
Il y a plusieurs années, on a remplacé les guichets de la
gare par des distributeurs automatiques. Les employés sont partis,
il n'est plus resté qu'un chef de gare fantôme. On pouvait
tout de même y attendre le train à l'abri. Hier soir, la
gare a été démolie, comme, plus tôt, la grande
cheminée de la dernière usine textile. Elle était
devenue trop dangereuse, trop proche des rails sur lesquels va rouler
le TGV. Voilà ce qu'il en reste aujourd'hui. A la place, il y aura
des espaces verts et des places de stationnement. On pourra toujours attendre
le train dans sa voiture.
MERCREDI.
Courriel. Je reçois des informations
du Japon pour le Bulletin Perec. L'écrivain qui me les adresse
m'apprend qu'il est un lecteur des notules. J'étais loin de me
douter que celles-ci atteignaient de si lointaines contrées. The
sun never sets on the notulian empire.
Photographie. Avant de subir un examen
rétinien qui doit me laisser aveugle une partie de la journée,
je profite de mes derniers instants d'acuité visuelle pour aller
photographier, pour mes Bars clos, la devanture du Petit Caporal,
fermé depuis peu, un endroit riche en histoire personnelle, témoin
d'un temps où je fréquentais davantage la vinasse que Lévinas.
TV. Le Caméraman (The
Cameraman, Buster Keaton & Edward Sedgwick, E-U, 1928 avec Buster
Keaton, Marceline Day, Harold Goodwin, Sidney Bracey, Harry Gribbon, Edward
Brophy; diffusé sur ARTE en ?).
Photographe ambulant sans succès, Luke Shannon rêve de devenir
opérateur de cinéma. Il achète une caméra
antique et commence à tourner. Ses premiers essais sont catastrophiques.
Comme souvent chez Buster, c'est l'amour qui est le moteur de toute l'histoire.
C'est la rencontre d'une secrétaire de la MGM qui conduit le personnage
à se présenter à son bureau et à essayer de
se faire engager par ses chefs. C'est l'amour qui nous offre cette promenade
dominicale de Shannon et de sa fiancée, au cœur du film, une séquence
d'une drôlerie époustouflante dont le summum est atteint
dans une scène de déshabillage à deux dans une cabine.
La scène dure plusieurs minutes, en plan séquence, fixe,
ce qui donne une idée du travail de préparation effectué
par Keaton. C'est toujours l'amour qui amènera le caméraman
à se conduire en héros, ce qui lui vaudra gloire et reconnaissance
pour finir par le happy end obligatoire.
JEUDI.
Coïncidence. Le cahier "Livres"
de Libération du jour consacre une page entière à
mon lecteur du Japon, récemment découvert : http://www.liberation.fr/page.php?Article=254809
Courrier. J'envoie des coupures à
Y et à FD.
Cinéma. La Demoiselle d'honneur
(Claude Chabrol, France, 2004 avec Benoît Magimel, Laura Smet, Aurore
Clément, Bernard Le Coq, Solène Bouton, Anna Mihalcea, Michel
Duchaussoy, Suzanne Flon, Philippe Duclos, Thomas Chabrol).
Philippe tombe amoureux de Laura, la demoiselle d'honneur qui officie
au mariage de sa sœur. Sa vie paisible, chez sa mère, s'en trouve
bouleversée. Laura l'entraîne dans une liaison qu'elle ponctue
par des exigences surprenantes.
Chabrol adapte Ruth Rendell. Si l'on est un peu familier avec l'univers
de Ruth Rendell, on sait qu'avec elle il faut être patient : elle
dévoile ses intrigues millimètre par millimètre,
laisse longuement évoluer ses personnages avant que le drame ne
surgisse. En cela, Chabrol est tout à fait fidèle à
la romancière. Son film ne s'emballe vraiment que dans sa dernière
partie, avec le personnage de Laura qui bascule totalement, celui de Philippe
qui ne parvient pas à choisir entre la raison et la passion et
une révélation finale à couper le souffle. Avant
cela, on peut être sûr que l'auteure, comme le réalisateur,
ont semé des indices pour préparer leur chute. Pour les
trouver, on peut feuilleter le livre à l'envers, pour le film,
il faudra le revoir.
Le film se déroule à Nantes, et on se dit qu'une fois de
plus Chabrol va livrer une satire un peu recuite de la vie bourgeoise
provinciale, une spécialité qui finit par lasser. On sent
qu'il en a la tentation (le reportage d'ouverture de France 3, le personnage
de la mère de Philippe) mais que ce n'est pas ici son objectif
principal. Il s'est mis au service d'une intrigue policière qu'il
conduit avec soin, malice (quelques clins d'œil, un jeu télévisé
comme il les aime, les scènes de repas, une scène dans un
parc qui rappelle un passage d'un de ses vieux films, Les bonnes femmes)
mais sans appuyer le trait satirique, ce qui aurait été
facile rien qu'avec la scène du mariage.
Lecture. "Allô ? Je
vous passe Jean-Paul Sartre..." (Germaine Sorbets, Plon, 2002,
182 p.).
Souvenirs littéraires.
"Jean Genet venait souvent au bureau. Il volait les crayons, les
stylos Bic et les timbres-poste, mais ces larcins n'étaient que
peccadilles comparés aux délits qui l'avaient mené
si souvent en prison." Voila le genre de révélations
renversantes qui constituent l'essentiel du livre de Germaine Sorbets.
Pendant trente ans, celle-ci fut, chez Gallimard puis chez Julliard, la
secrétaire de la revue Les Temps modernes, dirigée
par Sartre, Beauvoir et Merleau-Ponty. Outre ces trois monuments, elle
fut amenée à côtoyer Gaston Gallimard, Boris Vian,
Gide, Aragon, à rencontrer Faulkner et des dizaines d'autres monstres
sacrés. De cette expérience unique, elle ne nous repêche
que quelques rogatons de souvenirs sans intérêt, du genre
de celui cité plus haut, qui évoquent plus Céleste
Albaret (en beaucoup moins captivant) qu'Eckermann.
VENDREDI.
Courrier. L. envoie un aptonyme musical.
Vie scolaire. Je tombe par hasard,
au collège, sur un rapport d'exclusion concernant une de mes élèves.
Suite à une remarque faite par un professeur concernant son langage
et une invitation à en modérer la crudité, celle-ci
se serait exclamée : "Vous voulez quoi ? Que je vous fasse
de la poésie ? Que je vous parle en alexandrins ou en sonnet ?"
Voilà quelqu'un à qui mon cours du premier trimestre sur
la poésie n'aura pas été totalement inutile.
TV. La Fiancée de Frankenstein
(Bride of Frankenstein, James Whale, EU, 1935 avec Boris Karloff,
Colin Clive, Elsa Lanchester; diffusé sur CinéClassics en
?).
Le monstre créé par le docteur Frankenstein continue à
terroriser les populations. Frankenstein entreprend de lui donner une
compagne qui sera fabriquée avec la même recette, à
partir de morceaux de cadavres.
Quatre ans après Frankenstein du même James Whale, Boris
Karloff enfile à nouveau son masque couturé mais pas seulement
pour semer la terreur : sa solitude et sa laideur le rendent plus humain,
presque pitoyable. Le film doit beaucoup à l'expressionnisme allemand
et culmine dans la scène où la fiancée prend vie
à l'aide d'un dispositif qui emprunte davantage à Gustave
Le Rouge (Le mystérieux docteur Cornélius) qu'à
Mary Shelley.
SAMEDI.
Courrier. Je reçois de l'Association
Georges Perec les derniers documents à insérer dans le Bulletin.
Itinéraire patriotique départemental.
Troisième voyage à Bayecourt dont je vais bientôt
finir par être citoyen d'honneur. Je commence à connaître
la route. L'église est ouverte pour la messe, l'appareil est chargé,
je peux enfin prendre la photo du monument aux morts sous les yeux de
quelques paroissiens interloqués.
TV. 24 heures chrono (série américaine
de Joel Surnow, Robert Cochran, Howard Gordon et Kiefer Sutherland avec
Kiefer Sutherland, Elisha Cuthbert, Dennis Haysbert, Carlos Bernard, Reiko
Aylesworth; saison 3, épisodes 17 & 18, diffusés le
soir même sur Canal +).
En un peu moins d'une seconde, la CTU (Counter Terrorist Unit) envoie
sur les ordinateurs de ses agents les photos de 750 personnes répondant
à un signalement précis. Quand je veux insérer une
photo dans une livraison des notules, cela me prend une demi-journée.
Bon dimanche.
Notules
dominicales de culture domestique n°186 - 28 novembre 2004
DIMANCHE.
Itinéraire patriotique départemental.
En route pour Bazien, entre Rambervillers et Baccarat, seulement 46 habitants
recensés mais un beau, visible et massif monument aux morts.
TV (privé de). Je commence
le travail de rédaction du Bulletin de l'Association Georges Perec.
Cette fois, j'ai pris mes précautions et j'ai déjà
un brouillon bien ficelé qui devrait m'éviter de passer
par les affres connues lors du numéro précédent.
Débarrassée des films poussiéreux que je lui inflige,
Caroline, modèle de prévoyance, s'instruit en regardant
sur M6 un numéro de Zone interdite intitulé "Couple
: comment réussir une séparation ?"
LUNDI.
Courrier. J'envoie au Monde les réponses
de la semaine au concours organisé par ce quotidien. J'entends
bien gagner le 4x4 offert au vainqueur, tout à fait le genre d'objet
dont je ressens chaque jour le besoin impérieux.
Monoactivité. Travail sur le
Bulletin Perec.
MARDI.
Monoactivité. Travail sur le
Bulletin Perec.
MERCREDI.
Pluriactivité. J'oscille entre
le Bulletin (Perec) et les bulletins (scolaires).
Courrier. Une carte postale parentale
de Bruxelles, nouveau lieu de résidence fraternel.
JEUDI.
Mondialisation notulienne. Après
le Japon, les notules gagnent la Chine et sont lues à Pékin.
N.B. Cette phrase est une parapèterie.
Vie scolaire. A l'Ouest rien de
nouveau (All Quiet on the Western Front, Lewis Milestone, E-U,
1930 avec Lew Ayres, Louis Wolheim, Slim Summerville, John Wray, Russel
Gleason; diffusé sur ARTE en novembre 2004).
L'engagement et le baptême du feu, en, 1914, d'un groupe de jeunes
Allemands.
J'ai pris prétexte de l'étude de plusieurs extraits du livre
d'Erich Maria Remarque pour assouvir mon vieux désir de voir enfin
ce film en le montrant à mes élèves. Surprise, ceux-ci
ont remarquablement tenu le coup, et ont avalé sans barguigner
les deux heures passées de cette oeuvre antique, en noir et blanc,
parfois sous-titrée (la version diffusée faisait curieusement
alterner des passages en français et d'autres en allemand), aux
effets parfois appuyés (survivance du muet). Il faut dire que le
film est remarquable, courageux, que le message pacifiste qu'il délivre
est universel et éternel. L'ouverture, sur le discours patriotique
du professeur Kantorek qui incite ses élèves à prendre
les armes est magistrale, c'est le cas de le dire, avec des mouvements
d'appareil très sophistiqués. Le passage de l'idéal
à la réalité est brutal, le baptême du feu
rend les personnages à ce qu'ils sont, des enfants perdus, trompés,
abusés par un conflit qui les dépasse et ne les concerne
pas. Les scènes de bataille montrent que Jean-Pierre Jeunet n'a
rien inventé : travellings prenant les tranchées en enfilade,
caméra sur le canon d'un mitrailleuse, festival pyrotechnique.
La mort du héros présentée ici n'est pas celle imposée
par le studio mais le "final cut" tragique désiré
par le réalisateur.
Vie scolaire (autre). Lucie fait connaissance
avec sa troisième institutrice de CE1.
Courrier. J'envoie des coupures à
Y, F et L, un aptonyme à AZ, reçois un CD de Ray Lamontagne.
Cessation d'activité. J'envoie
le Bulletin Perec à Bernard Magné.
Cinéma. Quand la mer monte...
(Gilles Porte et Yolande Moreau, France-Belgique, 2004 avec Yolande Moreau,
Wim Willaert, Olivier Gourmet, Jackie Berroyer, Philippe Duquesne, Jacques
Bonnaffé, Séverine Caneele, Bouli Lanners).
Une comédienne en tournée dans le nord de la France fait
la connaissance d'un "porteur de géants" et entame avec
lui une liaison sentimentale.
Yolande Moreau apparaît sous trois aspects : actrice d'un spectacle
réel qu'elle interprète seule (c'est la Yolande de Jérôme
Deschamps, l'ogresse plus inquiétante que drôle que l'on
connaît bien), actrice d'une histoire d'amour qui s'insinue entre
les représentations de ce spectacle (une Yolande nouvelle, inconnue,
surprenante, belle et sensible, à cent lieues des rôles de
concierge que le cinéma lui offre d'habitude), et co-réalisatrice
de ce mélange qui forme la matière de son premier film.
Il n'est pas facile de porter un regard sur les humbles qui ne soit teinté
ni de misérabilisme ni de moquerie, de faire d'une tradition populaire
autre chose qu'un reportage pour le journal de la mi-journée de
TF1 et d'une escapade amoureuse autre chose qu'une parenthèse enchantée.
Yolande Moreau évite ces convenances et offre une histoire tendre,
amère, pleine d'un respect touchant, aussi bien pour son partenaire
principal que pour les pom pom girls du RC Lens, fleurant bon la bière
et la batterie-fanfare.
VENDREDI.
Vie scolaire. Un peu tendre, la nouvelle
maîtresse. Lucie inaugure son premier instituteur.
Cinéma. Une histoire vraie
(The Straight Story, David Lynch, E-U, 1999 avec Richard Farnsworth,
Sissy Spacek, Harry Dean Stanton; vu dans le cadre de l'opération
Collège au cinéma).
Désireux de revoir son frère avec lequel il s'est brouillé
il y a longtemps, Alvin Straight entreprend au soir de sa vie un périple
de plus de cinq cents kilomètres à travers l'Amérique
sur une tondeuse à gazon.
A revoir ce film en compagnie d'un public adolescent, on le voit comme
une véritable provocation à l'intention de ce public. Là
où celui-ci, quand il entend, pense, ou voit "cinéma
américain", attend de la vitesse, Lynch lui offre une tondeuse
John Deere qui avance comme un escargot; là où ce public
a l'habitude de voir les beaux jeunes gens, bronzés, dents blanches
des teenage movies, il lui offre des vieillards. On peut ainsi continuer
à décliner : en guise de fusillade, un coup de carabine
sur un tracteur, en guise de cadavre, celui d'un animal sur la route,
en guise de guerre, seulement l'évocation de celle-ci par deux
vétérans dans un bar, en guise d'uniformes, ceux des pompiers
(et encore ceux-ci ne sont même pas en intervention, ils effectuent
un exercice d'entraînement)... La mise en scène, la longueur
des plans, la volonté de prendre son temps, le refus du pathos
dans la scène finale sont aussi des éléments de cette
entreprise déstabilisatrice. Malgré cela, Une histoire vraie,
est bien un film on ne peut plus américain par sa mise en valeur
de l'espace, son traitement du mouvement, de la conquête d'un territoire,
sa défense des valeurs familiales et religieuses.
Voyage. Je pars pour Paris par le
19 h 36.
SAMEDI.
Vie parisienne. Je me réveille
à 9 h 10, ce qui occasionne un moment de panique. La dernière
fois que je me suis levé si tard, ce devait être au siècle
dernier. Je viendrais ici rien que pour la qualité du sommeil que
j'y trouve. Je suis tout de même à l'heure à Jussieu
où je dois livrer la version papier du Bulletin Perec à
Bernard Magné. C'est un jeune professeur de philosophie qui intervient
aujourd'hui au séminaire, normalement à propos d'Un cabinet
d'amateur. De ce livre, il sera bien un peu question vers la fin de son
exposé mais la majeure partie de celui-ci nous entraîne dans
une dimension inconnue de mes lobes cérébraux où
il est question de la reconquête du territoire de la rhétorique
barthésienne, de surface nodale, de bouteille de Klein (?), d'espace
euclidien ou non, du modèle atomique d'Épicure et du pli
deleuzien. A l'issue de quoi Bernard Magné a beau jeu de rappeler
que l'étude de Perec ne doit jamais négliger ce qu'il appelle
le sourire perecquien, l'ironie et l'humour qui teintent chacun de ses
textes et auxquels le conférencier n'a accordé aucune place,
y compris par exemple dans un texte aussi ouvertement parodique que "Roussel
et Venise". C'est à cause d'études de ce genre que
je n'ose pas relire Queneau : j'ai eu l'impression, à lire et à
entendre certains spécialistes que le plaisir pris lors d'une première
et jeune lecture de Queneau était en quelque sorte condamnable,
que l'on se trompait si on le lisait en souriant...
Je retrouve le Petit Cardinal, rénové et rouvert, pour un
tête à tête roboratif avec un jarret de porc - lentilles
qui ne me laisse d'autre issue que la sieste. Celle-ci est menée
à bien dans son cadre habituel, à la Bilipo, et me laisse
tout de même le temps d'abattre quatre Série Noire pour mon
Atlas. Je parcours l'exposition du moment, consacrée aux "Belles
filles et mauvais garçons, illustration policière des années
50" qui présente des volumes populaires aux titres savoureux
: Les huiles crachent leurs dents, Je te ferai passer le hoquet, On
a tué le grand Marcel et mon préféré,
Les morues ne sont pas toutes plates. Je gagne ensuite le XV°
arrondissement pour prendre cette photo rue du Laos qui trouvera place
dans mon Invent'Hair (merci à MC pour l'adresse).

En
soirée, je me retrouve aux Lilas, en Seine-Saint-Denis pour la
soirée "Shadocks, Papous et tutti quanti" au Théâtre
du Garde-Chasse, une belle salle où l'on trouve, comme dans tous
les théâtres, les habitués qui tiennent à montrer
qu'ils sont chez eux en parlant bien fort. La séance commence à
21 heures 30 au lieu de 21 heures, il faut ajouter des chaises pour les
retardataires qui sont, je le parierais, ceux qui habitent à deux
pas. La soirée prend place dans le cadre des Rencontres cinématographiques
de Seine-Saint-Denis, elle commence par des films, ou plus exactement
un DVD gonflé pour grand écran car il s'agit d'oeuvres de
télévision : des épisodes des Shadocks, des
dialogues de Roland Dubillard et Claude Piéplu et des Minutes
nécessaires de Monsieur Cyclopède, alias Pierre Desproges.
Je suis trop jeune pour avoir pu goûter les Shadocks en leur temps
et je n'ai jamais effectué de séance de rattrapage, ce qui
fait que ces quelques épisodes ont pour moi le charme incomparable
de la nouveauté. Idem pour les sketches Dubillard - Piéplu
("Musicologie", "Le compte-gouttes" et un troisième
sur une grande actrice dont je n'ai pas noté le titre) qui sont
des monuments d'absurde. Quant à Desproges, un peu de révision
ne peut nuire, surtout quand elle concerne des leçons aussi primordiales
que "Comment jouer à colin-maillard avec un aveugle",
"Apprenons à toucher du doigt le fond de la misère
humaine" ou "Comment rentabiliser la colère de Dieu."
On retrouve ensuite, en chair et en os cette fois, une partie de l'équipe
des Papous de France Culture :

de gauche
à droite Jean-Bernard Pouy, que je n'ai jamais vu tenir aussi longtemps
sans fumer, Françoise Treussard, animatrice, Bertrand Jérôme,
créateur de l'émission, récent retraité à
son corps défendant, Gérard Mordillat et Hervé Le
Tellier, venu avec le fils dont il parle souvent dans ses "Papiers
de verre" pour Le Monde. C'est une séance miniature des Papous
en public, avec présentation des principes de l'émission,
lecture de textes (des choses connues, provenant de leur anthologie, mais
aussi des inédits) et un court dialogue avec la salle qui permet
à Bertrand Jérôme de dire qu'il a des projets... dont
il ne peut livrer la teneur.
Je rentre assez tôt pour attraper le dernier service à la
Brasserie de l'Est.
Bonne semaine.
|