Notules dominicales 2009
 
janvier | février | mars | avril | mai | juin | juillet | août | septembre | octobre | novembre |décembre
 

Notules dominicales de culture domestique n°395 - 5 avril 2009

DIMANCHE.
Réactions aux notules. Plusieurs messages ce soir sur le parallèle entre Robert Merle et Jonathan Littell suite à la notule sur La Mort est mon métier. Défense du premier, défense du second, rejet des deux, tous les avis sont représentés. Comme quoi il fallait bien lire les deux. Ou aucun.

LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour). Un monde sans fin de Ken Follett (Robert Laffont) à l'aller, Trilogie new-yorkaise de Paul Auster (Actes Sud) sur le quai, Le Testament de John Grisham (Robert Laffont) au retour.

TV. Avant Robert Merle, avant Jonathan Littell, il y a eu Robert Musil qui dans Les Désarrois de l'élève Törless, dont on découvre ce soir l'adaptation cinématographique par Volker Schlöndorff, faisait preuve en 1906 d'une étonnante lucidité.

MARDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour). Le Château d'Amberville de Thierry Bourcy (Folio Policier) et, j'en étais sûr avant qu'il ne dégaine, J'ai épousé un communiste de Philip Roth (Folio). On s'approche tout doucement des noces d'or.

MERCREDI.
Ornithologie. Lu dans un Observateur plus tout à fait Nouvel (19-25 février) : "Nommée Madame Environnement du PS par Martine Aubry, Laurence Rossignol a raison de le prendre avec humour [...] Flanquée du bouillant Eric Loiselet (pôle écologique), Laurence Rossignol veut jeter les bases d'un projet social et environnementaliste." Ce n'est plus un parti, c'est une volière.

JEUDI.
Vie professionnelle. Ce matin, grand concile sur les nouveaux programmes de français à mettre en œuvre à la rentrée prochaine. Des missi dominici ont été dépêchés par Nancy pour évangéliser les campagnes lointaines et prêcher la bonne parole auprès d'une armada d'enseignants avides de nouveaux savoirs et de nouvelles méthodes. Premier constat : sur une centaine de présents, une petite douzaine d'hommes. Les hommes les vrais, ils vendent des voitures ou des savonnettes, ils font la guerre, ils travaillent sur des machines compliquées, ils font ce qu'ils veulent, ce qu'ils peuvent ou ce qui leur reste mais apparemment ils n'enseignent guère. Second constat : les pratiques (pas toutes, n'abusons pas) qui m'avaient valu il y a quelques années d'être cloué au pilori par la personne qui nous sermonne aujourd'hui sont maintenant préconisées. Je n'en tire pas une gloire de précurseur, c'est tout simplement cyclique, comme les méthodes d'apprentissage de lecture ou les façons de coucher les nouveau-nés : pendant un temps c'est sur le ventre, puis sur le côté, puis sur le dos, si vous faites suffisamment de papooses de façon assez espacée, vous faites le tour complet. On s'occupe comme on peut.

Lecture. Hiver arctique (Vetrarborgin, Arnaldur Indridason, 2005; Métailié Noir coll. Bibliothèque nordique, 2009 pour la traduction française; traduit de l'islandais par Eric Boury; 356 p., 19 €).
Ça ressemble à une vente à la découpe de l'Islande. A chaque enquête du commissaire Erlendur son aspect sociologique : la pornographie c'est fait (La Cité des Jarres), les violences conjugales c'est fait (La Femme en vert), l'homosexualité c'est fait (La Voix), la guerre froide c'est fait (L'Homme du lac), le racisme c'est désormais fait avec ce cinquième volume. Si le rythme est maintenu, un titre par an avec un décalage de quatre ans pour les traductions, on devrait avoir droit à la crise financière et à la ruine du pays aux alentours de 2012-2013. Entre-temps, il y a de la place pour la corruption immobilière, les banlieues chaudes de Reykjavik, le dopage dans le hockey sur glace et bien d'autres choses encore. De toute façon, on suivra, parce que l'auteur de cette série sait s'y prendre pour harponner son lecteur avec finalement assez peu de choses : trois enquêteurs qui se marchent sur les pieds, un cas criminel décortiqué jusqu'à l'os, une psychologie peut-être sommaire mais qui au moins n'est pas envahissante. Encore que là, cette enquête sur la mort d'un jeune émigré thaïlandais a bien du mal à démarrer : Erlendur tourne en rond, ressasse ses éternelles histoires d'hommes perdus dans la neige, revient sans cesse sur la disparition de son frère, à un point tel qu'on se demande quand ça va démarrer. Mais quand enfin il trouve la bonne piste, ça s'emballe, les pages tournent à un bon rythme et on finit une fois de plus conquis.
Extrait. "Disparitions et crimes, compléta Elinborg, qui avait souvent entendu Erlendur décrire le phénomène comme des crimes typiquement islandais. Sa théorie était que les Islandais ne s'inquiétaient que peu des disparitions, considérant la plupart du temps qu'elles s'expliquaient de façon "normale" dans un pays où le taux de suicide était plutôt élevé. Erlendur allait plus loin en reliant dans une certaine mesure cette absence de préoccupation aux connaissances qu'avait acquises le peuple islandais sur les conditions climatiques de son pays : cet enfer météorologique impitoyable où les gens se perdaient, mouraient dans la nature et s'évanouissaient, comme si la terre les avait engloutis. Nul ne connaissait mieux qu'Erlendur les histoires de gens qui s'étaient égarés en pleine nature. Il avait pour thèse qu'à la faveur de l'indifférence des Islandais face au phénomène, c'était un jeu d'enfant de commettre un crime."

SAMEDI.
Culture locale. Cette fois, c'est sûr, les beaux jours sont de retour. Les rues grouillent, les terrasses bourdonnent, les parasols s'ouvrent. Le moment idéal pour aller se planquer, en plein après-midi, dans l'amphithéâtre de la Faculté de Droit où l'on donne une conférence qui m'intéresse sur le plan de l'histoire littéraire. C'est organisé par la Société d'Emulation du département des Vosges. Ce que la vénérable institution n'avait pas communiqué à la presse en annonçant cette causerie, c'est qu'elle tenait juste avant au même endroit son assemblée générale, et que comme c'est courant dans ce genre de cénacle, la chose allait largement déborder l'horaire prévu. Il faudra donc, avant d'entrer dans le vif du sujet, écouter les débats passionnés sur la composition du prochain volume des Annales de l'association qui concernent entre autres l'histoire sans doute captivante du pont reliant Arches à Archettes et les récentes découvertes dans les domaines de la céramique culinaire et de la céramique de poêle en Lorraine du Sud, et faire semblant de s'intéresser à la guerre picrocholine qui semble opposer le président de la Société au conservateur du Musée départemental - pour une vague histoire de dates m'a-t-il semblé - auprès de laquelle les combats de l'Iliade ne sont que pâles bluettes. L'assemblée est attentive. Ça sent un peu le médicament. Quelques Trissotins bien sûr, ils poussent bien dans ce milieu, quelques chaisières, une majorité de figures connues, des gens qui s'intéressent à leur coin, à leur passé, rien de condamnable. En tout cas, j'en arrive assez rapidement à la conclusion que les assises de la vénérable Société d'Emulation du département des Vosges ne constituent pas un lieu de drague. Bon, conférence, enfin. Jean Camille Bloch, "Le camp de Vittel, 1939-1944". Dès le début de la Seconde Guerre Mondiale, le parc hôtelier de Vittel, quelque chose comme deux mille chambres, fait de la station thermale vosgienne un site plus qu'intéressant. Suffisamment proche du front, il est d'abord converti en hôpital militaire français où l'on soigne beaucoup de soldats des colonies, goumiers marocains, tirailleurs sénégalais et autres. Après l'armistice de 1940, le site passe sous l'autorité de l'occupant et devient un camp d'internement pour civils anglais et américains (principalement des femmes et des enfants) capturés sur le territoire français puis en provenance de camps allemands. Ces captifs doivent servir de monnaie d'échange contre des prisonniers allemands retenus notamment en Palestine, c'est la première raison d'être de ce camp. La seconde, plus sournoise, est d'offrir une vitrine présentable aux instances internationales, un alibi du respect des conventions sur les prisonniers de guerre. Vittel, malgré la présence fluctuante de 2500 à 3500 prisonniers est un camp montrable, et d'ailleurs souvent montré. On y tourne un film de propagande. Les salles de bains dont les hôtels sont pourvus garantissent une hygiène acceptable, les colis de la Croix Rouge Internationale sont scrupuleusement distribués, les grandes dames anglaises qui y séjournent organisent des activités culturelles, font l'école pour les petits. Mais le 23 juin 1943, le camp accueille un convoi de 193 Juifs polonais en provenance des ghettos. D'autres viendront, des camps de Drancy, de Malines, d'autres que j'ai oubliés. Ceux-là n'ont pas droit au camp modèle, on les parque à part, à l'Hôtel Beau-Site, aujourd'hui l'hôpital de la ville, où les conditions de détention sont beaucoup moins montrables. Parmi eux, le poète Yitskok Katzenelson, auteur du Chant du peuple juif assassiné, Hillel Seidmann auteur d'un Journal du ghetto de Varsovie. Malgré les précautions prises par les autorités, les prisonniers juifs parviennent à communiquer avec les Anglo-saxons, ils racontent les ghettos, les convois dont on ne revient pas. Un petit groupe d'Anglaises va organiser la résistance du camp, mettre sur pied des évasions, tenter d'informer l'extérieur. Le grand rabbin Haguenauer, de Nancy, refuse de les croire, ce qui sera fatal à la communauté juive de sa ville. En mars 1944, tous les Juifs des Vosges qui sont encore sur place sont raflés. Le 18 avril, l'hôtel Beau-Site est cerné. 169 personnes (au moins, mais Jean Camille Bloch ne donne que les chiffres dont il est certain) quittent Vittel pour Drancy. Elles seront gazées dès leur arrivée à Auschwitz le 29 avril. Un second convoi, comprenant 59 Polonais, les suivra dans le courant du mois de mai. Début septembre, Landhauser, le commandant de la place, déserte. Leclerc libère le camp le 12. Dans son discours, pas un mot sur les prisonniers juifs. Il n'en connaissait pas l'existence... Finalement, je n'ai pas perdu mon temps, j'ai appris beaucoup de choses sur un lieu que je connaissais uniquement, j'y reviens, par un fait minuscule de l'histoire littéraire, mon tesson de céramique de poêle à moi : dans ses souvenirs (Shakespeare and Company, l'enseigne de sa boutique) Sylvia Beach, libraire de la rue de l'Odéon et éditrice de l'Ulysse de Joyce, raconte son arrestation en août 1942 à Paris puis écrit (Mercure de France, p. 299) "Après six mois dans un camp d'internement, je pus revenir à Paris, mais munie d'un papier stipulant que je pourrais être arrêtée par les autorités allemandes à tout moment qui leur conviendrait". Ce camp, c'était celui de Vittel.

IPAD. 6 avril 2003. 147 km. (3078 km).


Ban-de-Laveline, 1240 habita
nts

Le monument se trouve près de la poste. Nouveauté : il est surmonté d'une statue de Jeanne d'Arc. Les tulipes qui l'entourent ne sont pas encore ouvertes.

De fait, le texte est aussi surprenant que le monument. On peut lire au dos :

1412 - 1431
A Jeanne d'Arc
Aux soldats morts pour la France
Hommage de la paroisse de Laveline
M. et Mme (?) Mourot (?)
et de Œuvre de Ne Dame des Armées
? EST ET DECET
Meminisse Fratrum

Face :

Vive labeur
Pour Dieu
De par le roy du ciel
Pour la Patrie

La troisième ligne est inscrite sur une oriflamme tenue dans le bec d'un oiseau, tête en bas. Sur un côté :

1793-1855

20 noms de Nas CHOTEZ à Jste BRESSON

Autre côté :

1856-1894

20 noms de Cin NOEL à Aen CONRAUX

Drôles de dates. On a même mis les victimes de la Terreur ? Je me demande si la commune ne recèle pas un monument un peu plus républicain. Un drapeau tricolore flotte sur le cimetière, près de l'église au clocher en réfection. En route pour le cimetière. A l'entrée, une stèle surmontée d'un crucifix est ornée d'un casque de Poilu et d'une branche de houx.

Face :

A nos braves soldats disparus
Seigneur donnez-leurs [sic] le repos éternel
Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie
V.H.

Côté 1 :

13 noms dont
CLAUDE René (disparu à Verdun)
JACQUOT Georges (off Verdun)

Côté 2 :

13 noms dont
MOREL Jules Emile (aviateur

Plus loin, dans le cimetière, le drapeau surmonte un ensemble de quinze tombes militaires blanches, ornées de la cocarde du Souvenir français. Ceux qui reposent ici sont "Morts pour la France" entre 1914 et 1916.

L'Invent'Hair perd ses poils.


Montpellier (Hérault), envoi de Victorio Palmas, 5 avril 2006

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°396 - 19 avril 2009

DIMANCHE.
Lecture. Stars deuxième (Gilles Grandmaire & Jacques Valot, Edilig, coll. Cinégraphiques, 1989; 128 p., 142 F).
Pour commencer, il faut revenir sur une ancienne notule parue dans le n° 242 dont voici la copie :

Fin de chantier. Je viens à bout d'un travail qui m'a occupé quotidiennement ces cinq dernières années : un fichier contenant la totalité des films que j'ai vus à la télévision ou au cinéma avec leur distribution complète. C'est en fait un chantier beaucoup plus ancien puisque ce doit être en 1975 ou 76 que j'ai commencé à noter, sur des cahiers puis sur des fiches, la filmographie de tous les acteurs et réalisateurs que je pouvais trouver, me contentant alors de souligner les titres que je voyais au fur et à mesure. J'ai fait ça pendant des années, jusqu'à ce que ce fichier devienne physiquement inutilisable de par sa taille : il contenait véritablement des milliers de fiches et j'ai dû le jeter par dessus bord au cours d'un déménagement. Dans cette entreprise adolescente, une rencontre fut déterminante, celle de Gilles G., camarade de lycée à qui je m'ouvris un jour de mon occupation compilatoire. Il la considéra d'un œil d'autant plus bienveillant qu'il la pratiquait aussi, mais depuis plus longtemps que moi. Il disposait d'un fichier beaucoup plus complet que le mien, dans lequel je me mis à puiser sans retard, pris d'une sorte de vertige. Je me souviens par exemple de la fiche de Pierre Larquey, un acteur que je connaissais à peine et qui comportait près de deux cents films... Gilles G. avait pour idoles Jean Gabin et Danielle Darrieux (à qui il avait soutiré un autographe au théâtre municipal d'Epinal), ce qui n'était pas très rock'n'roll pour un garçon de seize ans. C'était un maniaque des petits rôles, une manie dans laquelle je ne tardai pas à le suivre. Nous passions nos temps de récréation à comparer les listes d'acteurs que nous avions repérés dans le film vu la veille à la télévision (j'ai gardé la manie de suivre un film toujours un bloc et un stylo à portée de main), pas les grands qui apparaissaient au générique bien sûr, mais les sans grades, les silhouettes à peine aperçues des Marcel Gassouk, Max Montavon, Robert Rollis et autres Dominique Zardi. Gilles G. avait une spécialité : les petites vieilles. On n'en voit plus dans les films d'aujourd'hui, à part Esther Gorintin, les petites vieilles sont devenues des "seniores", les emplois de grands-mères sont tenus par des Line Renaud, des Patachou, des Micheline Presle, des Stéphane Audran, des Danielle Darrieux justement, des femmes qui semblent hors d'âge. Mais l'histoire du cinéma français est pleine de petites vieilles, des vraies, des ridées, de celles qui semblent n'avoir jamais été jeunes, de celles qui ressemblaient à ma grand-mère. C'est Gilles G. qui m'a appris à reconnaître Muse Dalbray, Gabrielle Fontan, Germaine Delbat, Madeleine Barbulée, à repérer Paulette Dubost et Hélène Dieudonné, à distinguer Gabrielle Dorziat et Gilberte Géniat, à différencier Andrée Tainsy de Sylvie (l'héroïne de La vieille dame indigne de René Allio). Nous achetions Ciné Revue pour la dernière page qui contenait toujours une filmographie complète aussitôt recopiée, nous n'allions guère au cinéma, c'était un peu cher et les films nous semblaient trop neufs, mais nous fréquentions le ciné-club du lycée, ne rations aucun film à la télévision et étions à l'affût de tout ce qui pouvait enrichir nos fiches. Je me souviens particulièrement d'une projection des Grandes vacances de Jean Girault au Centre social de la ZUP un mercredi après-midi (entrée 1 franc), une salle pleine de gosses piaillards avec, au premier rang, deux grands dadais qui n'étaient là que parce qu'ils avaient appris qu'on y voyait Jacques Dynam dans un rôle de camionneur. Ces années partagées avec Gilles G. ont conditionné mon rapport au cinéma, que je pratique moins en spectateur qu'en scrutateur, à l'affût du moindre petit rôle. Ainsi, si j'ai été heureux cette semaine de voir enfin French Cancan, parce que c'est Renoir, parce que c'est un classique, parce que c'est un bon film, je l'ai été surtout parce que j'ai reconnu, dans une série de plans furtifs, Jacques Marin, Claude Berri et Paul Mercey faisant la queue pour entrer au Moulin-Rouge. Pour la même raison, je ne répugne jamais à visionner le pire nanar qui soit à partir du moment où il me permet d'ajouter un élément à la filmographie de tel ou tel obscur tâcheron. Dès que je me suis mis à l'ordinateur, j'ai eu envie de ressusciter mes fiches sous forme informatique. Ce n'était plus la peine de le faire par noms de personnes, il existe suffisamment de sites spécialisés offrant des filmographies complètes, mais cette fois par film vu, avec une distribution exhaustive pour chacun d'eux. C'est ce chantier que je viens de terminer. J'ai retrouvé 1829 films, il en manque certainement mais ce n'est déjà pas mal. Grâce au système de recherche inclus dans la banque de données, je peux trouver instantanément ce que j'ai vu de tel ou tel acteur ou réalisateur. Tous les mois, comme il y a trente ans, je remets à jour mon palmarès des acteurs les plus fréquentés. Je donne ici les positions acquises en décembre 2005, parce qu'elles donnent une bonne idée de la pseudo cinéphilie que je pratique :
1. Dominique Zardi : 52 films vus
2. Robert Dalban : 45
3. Michel Serrault : 41
4. Gérard Depardieu : 37
5. Michel Galabru : 36
6. Louis de Funès, Bernard Blier : 35
8. Jean Carmet, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot : 32
Cet outil me permet aussi de constater que malgré mon application il reste des acteurs que je suis incapable de reconnaître. J'ai vu, pour prendre un exemple, Albert Michel dans 31 films (depuis Un revenant de Christian-Jaque, 1946, jusqu'à L'Aile ou la cuisse de Claude Zidi, 1976) mais je ne sais toujours pas la tête qu'il a. En fait, on l'aura compris, le cinéma n'est pour moi qu'une occasion, une de plus, de faire des listes... Après le lycée, j'ai retrouvé Gilles G. à quelques reprises à Nancy, nous écoutions les premiers numéros des Cinglés du music-hall de Jean-Christophe Averty qui devaient me donner le goût définitif des vieilleries musicales sur disques crachotants. Puis nous nous sommes perdus de vue, je ne sais ce qu'il est devenu mais je sais ce que je lui dois. La dernière fois que je l'ai vu, c'était à la télévision, il répondait aux questions de Pierre Tchernia dans une émission jeu qui s'appelait Monsieur cinéma. Inutile de dire qu'il était très fort...


Voilà. C'était en janvier 2006. Gilles G. était tombé sur cette notule, je ne sais par quel hasard, et m'avait envoyé un petit mot amical. Il me disait, d'abord, qu'il travaillait à Paris, à la Cinémathèque, ce qui fut pour moi une des meilleures nouvelles de l'époque : enfin, je trouvais quelqu'un qui avait déniché un métier correspondant à sa passion et à ses connaissances alors que nous sommes si nombreux à subir une activité professionnelle non choisie, sinon par les hasards de l'existence, dans les interstices de laquelle nous nous efforçons de pratiquer ce qui nous intéresse vraiment. La deuxième chose qu'il m'apprenait, c'est qu'il avait écrit un livre sur les acteurs, en 1989. J'ai réussi à me procurer ce livre. Gilles G., c'est donc Gilles Grandmaire, co-auteur de ce Stars deuxième. Un livre sur les acteurs, donc, mais pas n'importe lesquels, c'est là que j'ai reconnu la patte de mon pote : "il est exclusivement consacré aux acteurs français ayant tenu une majorité de rôles secondaires dans les années quatre-vingt, même si les filmographies de bon nombre d'entre eux débutent longtemps avant." Les seconds rôles. J'imagine que Gilles aurait préféré les petits rôles mais il fallait tout de même des figures un peu connues pour espérer vendre le bouquin. Stars deuxième rassemble donc une soixantaine d'acteurs, d'Yves Afonso à Marthe Villalonga, qui ont meublé les films de cette décennie aux côtés des grandes vedettes. Pour chacun, une présentation claire, bien écrite, qui recense les apparitions marquantes, les lignes fortes d'une carrière, quelques photos et une filmographie détaillée et, je ne me fais pas de souci, complète. Tous les noms sont connus de ceux qui regardent les films par amour des acteurs. Certains ont disparu (qu'est devenue Corinne Dacla ?), certains sont morts (Jacques François, Jean Bouise, Jacqueline Maillan, Hubert Deschamps...), quelques-uns ont atteint le haut de l'affiche (Vincent Lindon, Fabrice Luchini), la plupart continuent à occuper une place médiane dans les génériques (Etienne Chicot, Jean-Pierre Kalfon, Dominique Pinon, Jean-Paul Roussillon...). Dans un livre écrit en collaboration, il est parfois malaisé de faire la part de l'un et de l'autre mais je suis à peu près sûr que Gilles s'est occupé de Monique Chaumette, de Suzanne Flon (dont il imitait à la perfection la voix geignarde, mais ce n'est pas sur une imitation parfaite de Suzanne Flon qu'on bâtit une carrière de music-hall) et de Catherine Lachens (souvenir d'une conversation avec lui, je revois exactement l'endroit où elle s'est tenue, pour savoir s'il fallait prononcer son nom comme "la chance", ou "lachince", à la Brassens), et que c'est lui qui a eu l'idée de ménager une place à part à Héléna Manson, l'inoubliable infirmière du Corbeau de Clouzot. Je suis également certain que si Gilles avait eu toute latitude, il aurait fait figurer à la liste Michel Peyrelon, ne serait-ce que pour son rôle dans Dupont Lajoie qui nous enchantait. En tout cas, ce livre permet de tordre le cou à une idée reçue qu'on entend souvent et selon laquelle les seconds rôles du cinéma d'avant-guerre, les Carette, les Saturnin Fabre, auraient disparu du paysage cinématographique français. Ils étaient encore là dans les années quatre-vingt, ils existent toujours aujourd'hui, ils s'appellent Gilles Gaston-Dreyfus, Claude Perron, Laurent Gamelon, Urbain Cancelier, Wladimir Yordanoff ou Philippe Du Janerand, ils peuplent les films comme ils l'ont toujours fait et font la joie des scrutateurs de génériques.
Pour actualiser ma notule de 2006, je peux dire que mon dossier contient à ce jour 2351 films vus et que fin mars, le classement par acteur était le suivant :
1. Dominique Zardi : 67 films vus
2. Robert Dalban : 52
". Gérard Depardieu : 52
4. Michel Serrault : 51
5. Michel Galabru : 47
6. Bernard Blier : 45
7. François Berléand : 44
8. Henri Attal : 43
9. Louis de Funès : 42
10. Thierry Lhermitte : 41.
" . Albert Michel : 41, et je sais désormais la tête qu'il a.

Itinéraire patriotique départemental. Le monument aux morts de Contrexéville est enregistré.

LUNDI.
En vacances. Celles-ci commencent par leur aspect le moins chatoyant, la visite trimestrielle pour Lucie à l'hôpital de Saint-Avold. La nuit précédente a été dure. Comme souvent, tout semble se dérégler à la veille de l'inspection : cathéter mal posé, hoquets de la pompe à insuline, glycémie galopante, sommeil mité pour tout le monde et c'est un trio plutôt décavé qui se présente à l'heure du rendez-vous. Glycémie à 3,50 grammes, hémoglobine à 8,3, 42 % des résultats des trois derniers mois dans la fourchette objectif, le bilan n'est pas folichon, pas catastrophique non plus. Nous repartons avec une nouvelle feuille de route. Pendant ce temps-là, au Val-d'Ajol, on enterre Ch., dont j'ai appris la mort hier. Ch., je ne l'ai jamais côtoyé de façon assidue, il était un peu plus âgé que moi, je ne l'avais rencontré que sur le tard mais nous avions un grand nombre d'amis communs qui doivent être en train de battre le parvis à l'heure où nous prenons la route du retour. J'aurais aimé en être. Ch. était, je peux le dire sans vexer personne, l'être le plus drôle que j'aie jamais connu. Facétieux, inventif, vous lui donniez n'importe quoi, une guitare, un bout de bois, un lacet, une bière, la parole et il vous sortait immanquablement quelque chose d'hilarant. Sans ostentation, sans se montrer envahissant, sans accaparer l'attention, avec juste une étincelle dans les yeux qui disait qu'il était prêt, qu'il avait du stock, que si on décidait de se lancer dans la déconnade, on pouvait compter sur lui. Ce qu'il était dans l'intimité du foyer, je ne le connais pas, ce n'était peut-être pas la même chose parce que ça n'a pas très bien tourné pour lui, mais l'homme public était, par sa gentillesse et sa drôlerie, irrésistible. Après, quand le vent a tourné, il s'est consciencieusement sabordé, devenant totalement inaccessible à ceux qui lui avaient été le plus proche, jusqu'à ce que la maladie s'empare de lui et finisse par lui apporter le repos qu'il souhaitait peut-être. Je fais partie des privilégiés qui ne l'auront vu que sous ses bons côtés, avant qu'il ne devienne, au propre comme au figuré, méconnaissable. Ch. avait disparu de ma vie ces dernières années, c'est ainsi, il n'est pas le seul, de même que je ne suis pas le seul de la vie duquel il avait disparu. Quelqu'un me parlait un jour d'une façon de voir l'existence comme une série de cycles, peuplés de gens qui disparaissaient au fur et à mesure que l'on progressait vers un cycle suivant. Ainsi, au moment où elle me livrait cette conception, cette personne, inconsciemment, me disait que je n'appartiendrais pas au cycle prochain de sa propre existence, un détail qui n'entre en rien dans le fait que je ne peux partager cette vision des choses. Ch., et tant d'autres, ont fait partie de ma vie de cette époque, les morts, les vivants qui en sont sortis en font toujours partie non par le jeu d'un culte de la mémoire que, c'est vrai, j'aime entretenir, mais parce qu'ils ont fait ce que je suis devenu et que je leur en suis redevable.

MERCREDI.
Lecture. Les Graffitis de Chambord (Olivia Elkaim, Grasset, 2008; 280 p., 16,90 € ; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2009).

JEUDI.
En vacances. Nous quittons le nid en fin de journée. Direction Mandelieu-La Napoule que nous atteindrons au bout d'une huitaine d'heures de route. Dix ans déjà que nous venons ici à la même époque profiter des largesses du parrain de la Côte. Dix ans à jouer les nantis dans une belle résidence, entretenue par une noria d'entreprises, une pour la sécurité, une pour les espaces verts, une pour la piscine, une pour les poubelles, une pour le nettoyage, le genre d'endroit où rien que le fait d'avoir moins de soixante-dix ans au compteur suffit à vous faire passer pour un jeune délinquant. Ici, on a peur, c'est palpable : chaque année, nous constatons la pose d'un nouveau grillage, d'une nouvelle clôture, d'une nouvelle serrure et le trousseau s'alourdit d'un nouveau passe, d'un nouveau bipper, d'un nouveau sésame. Ici, l'autochtone ne se repère pas à son bronzage, factice, ni à son accent, contrefait, mais à un détail vestimentaire qui ne trompe pas : ses poches déformées.

VENDREDI.
Lecture. Festin de miettes (Marine Bramly, Jean-Claude Lattès, 2008, rééd. Le Livre de poche n° 31248, 2009; 320 p., 6,50 € ; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2009).

SAMEDI.
Lecture. Petits pains au chocolat (Roxane Duru, Stéphane Million éditeur, 2008; 208 p., 15 € ; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2009).

IPAD. 21 avril 2003. 144 km. (3222 km).


349 habitants

Le monument est devant la Mairie, sur une esplanade circulaire pavée entourée de trois marches basses. C'est une statue de femme en toge qui brandit une gerbe. A son côté, un écu sur le pourtour duquel on peut lire "Audace-Endurance-Courage et Ténacité" et voir une tête d'homme casqué.


La commune de Ban-de-Sapt reconnaissante
A ses glorieux morts
1914-1918

Pas de noms. En face, un café fermé, le Café Colin, d'où un indigène m'observe.

L'Invent'Hair perd ses poils. C'est aujourd'hui l'anniversaire de Caroline. Quel plus beau cadeau qu'une entrée dans le monde merveilleux de l'Invent'Hair ?


Mandelieu-La Napoule (Alpes-Maritimes), photo de l'auteur, 11 avril 2009

LUNDI.
Lecture. Des néons sous la mer (Frédéric Ciriez, Verticales, coll. Phase deux, 2008; 302 p., 19 € ; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2009).
J'en termine ici avec mes devoirs de juré pour le Prix René-Fallet. Sur les quatre premiers romans sélectionnés, un est à jeter (très loin), deux ne laisseront pas de souvenir et un révèle un auteur intéressant. A suivre au mois de juin pour le vote et la remise du prix à Jaligny-sur-Besbre.

MARDI.
Bords de piscine (douche-plongeoir et retour). La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette de Stieg Larsson (Actes Sud).

JEUDI.
Lecture. Un pays à l'aube (The Given Day, Dennis Lehane, 2008; Payot & Rivages, coll. Thriller, 2009 pour la traduction française, traduit de l'américain par Isabelle Maillet; 768 p., 23 €).
On a lu ici et là que Dennis Lehane, avec ce livre, tournait le dos au polar traditionnel pour écrire, à la suite de Dos Passos, Hemingway, Ellroy et sans doute d'autres que j'ai oubliés, le "grand roman américain". Je n'ai jamais lu Dos Passos ni Ellroy et je ne sais pas à quoi doit ressembler un "grand roman américain". En revanche, je connais comme tout le monde quelques grands films américains et c'est à ceux-ci que ce livre m'a fait penser et auxquels une éventuelle adaptation cinématographique réussie pourrait être comparée. On y retrouve en effet le souffle d'Autant en emporte le vent, des Affranchis et du Parrain, la prépondérance du groupe (la famille, la ville, la communauté professionnelle) sur l'individu, le vent de l'Histoire qui vient décoiffer les personnages et les faire dévier de la route tracée, les coïncidences et les hasards bienvenus, le fourmillement des personnages secondaires, la romance, le pathos et les morceaux de bravoure qui font les grandes œuvres et peut-être bien les grands romans américains. Un pays à l'aube raconte l'histoire d'une ville, Boston, entre 1917 et 1920, à travers la vie de deux personnages, le policier Danny Coughlin et un jeune Noir, Luther Laurence, qui a fui l'Ohio suite à un meurtre. Deux personnages éloignés l'un de l'autre qui, bien sûr vont se croiser, s'apprécier, se côtoyer au gré des événements qui vont secouer la ville au cours de ces trois années : la fin de la Première Guerre mondiale, l'épidémie de grippe espagnole, les attentats anarchistes, les luttes syndicales qui gagnent les rangs de la police, le tout sur un fond de racisme rampant qui empoisonne l'existence à partir du moment où chacun est avant tout défini par son origine (Irlandais contre Italiens) ou sa couleur. Lehane, on le voit, a du pain sur la planche : il a de l'ambition, il a du matériel, un art certain du récit qu'on a pu apprécier dans ses livres précédents, restait à savoir comment il allait agencer ces ingrédients pour tenir un lecteur en haleine sur près de huit cents pages. On avait beau avoir confiance en lui, on redoutait un peu la longueur de la traversée. Finalement, tout s'est bien passé, exactement comme dans un grand film : il y a quelques périodes de bonace où l'on piétine, quelques personnages caricaturaux qui ne servent que de faire-valoir mais les pages tournent à un bon rythme, surtout dans la première partie. Lorsque Lehane atteint ce qui doit constituer le sommet de son livre, les émeutes occasionnées par la grève des policiers de Boston, c'est là paradoxalement qu'il semble marquer le pas, ne jouant que sur une accumulation un peu fatigante et maniant l'hyperbole à la louche, tout un passage beaucoup moins réussi que l'autre période phare du livre, l'épidémie de grippe, dans lequel on retrouve le Camus de La Peste. Pour le reste, c'est parfait, les intrigues s'enchaînent sans heurts, la peinture des milieux sociaux est réussie, les implications politiques sont rendues accessibles, les personnages secondaires ont tous un destin intéressant et l'alternance des points de vue entre Danny Coughlin et Luther Laurence, qui aurait pu apparaître trop mécanique, est heureusement brisée par plusieurs chapitres mettant en scène Babe Ruth, une star du base-ball de l'époque. Alors grand roman américain ou pas, peu importe : Lehane s'est montré à la hauteur de ses ambitions et continue avec ce livre une œuvre qui ne comporte pour l'instant aucun faux-pas.

SAMEDI.
IPAD. 31 août 2003. 131 km. (3353 km).


972 habitants

Le monument est situé à un carrefour, à l'écart du village.

Face :

Honneur
1914-1918
Aux enfants de Clefcy et Ban-sur-Meurthe
Morts pour la France

Sur une plaque ajoutée en dessous :

1939 A nos morts 1946
8 noms
15 noms de victimes civiles

Une autre plaque :

Les anciens PG aux morts pour la France

Côté droit :

Patrie

1914

16 noms d'Antoine André à SONREL Augustin

1915

14 noms d'ANTOINE Edmond à MARTIN Louis (dont LITIQUE Paul, né de parents facétieux)

Dos :

1916

5 noms d'ANDRE Edmond à FLEURANCE Alphonse

1917

ANDRE Arthur
FLEURANCE Eugène
THIEBAUT Raymond

1918

BOUX Joseph

Côté gauche :

Gloire

1914

7 noms de COLIN Emile à WUECHER Joseph

1915

6 noms d'ANTOINE Ernest à VICHARD Raymond

1916

6 noms d'ANTOINE Paul à GRIVEL Raymond

1917

THOMAS Arsène

1918

ANTOINE Elie
DUVOID Félix
LAUDET Gustave

1921

LAMAZE Edmond

Une plaque : Aux vaillants soldats de le 36e Division d'Infanterie Américaine morts pour la libération de la vallée. Novembre 1944.

Le monument est signé : Barotte à Fraize.

L'Invent'Hair perd ses poils.


Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), envoi de Joëlle Cousin, 3 avril 2006

Bon dimanche.

 

Notules dominicales de culture domestique n°397 - 26 avril 2009

DIMANCHE.
En vacances (fin). Retour aux affaires spinaliennes après neuf heures de route (c'est un peu plus long que l'aller, c'est normal, ça monte), l'oreille à l'affût pour suivre le match SAS - Amnéville : un envoyé spécial de la notulie est en tribune pour m'annoncer une victoire (3-2) qui semble bien augurer d'une prochaine remontée en Championnat de France Amateur. Le dépouillement du courriel révèle quelques nouvelles perecquiennes pour mon Bulletin, une demande d'abonnement, vingt photos pour l'Invent'Hair (toutes du même contributeur qui a écumé, annuaire à l'appui, la région lyonnaise) et une marque d'inquiétude émanant d'un notulien surpris de n'avoir pas eu sa ration dimanche dernier. J'aime quand on s'inquiète de la non parution des notules, même si en général je pense à en avertir la communauté. La vie est faite de petits plaisirs. Après une courte nuit, c'est l'heure de la rentrée à Saint-Jean-du-Marché où je découvre le courrier arrivé en notre absence : une carte postale romaine, un livre sur Francis Blanche et le dernier numéro d'Histoires littéraires dans lequel le Bulletin Perec est à l'honneur. Les chroniques du numéro précédent devraient être en ligne dans un proche avenir.

LUNDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour). Seul dans le noir (Paul Auster, Actes Sud) et Les Fourmis (Bernard Werber, Livre de poche).

MARDI.
Courriel. Une demande d'abonnement aux notules.

TV. Il y a longtemps que je t'aime (Philippe Claudel, 2008). Dialogue (un couple de bobos nancéiens, lui lexicographe, elle universitaire, enfants et amis multicolores, femme de ménage à demeure surnommée Katrina parce qu'elle casse tout, on rit, déambule place Stanislas - le film a aussi son côté dépliant touristique) :
"Dis-moi, ça faisait longtemps que tu ne m'avais pas fait la surprise de venir me chercher à la salle ! (entendre "salle de sports", l'homme s'entretient)
- Ça te manquait ?
- Ah oui, j'aime bien. Bon, on se fait un ciné, après on dîne avec Sam. D'accord ?
- D'accord. T'as envie de voir quelque chose en particulier ?
- Oui, toi.
- J'crois qu'y a un cycle Kurosawa au Caméo si ça te dit.
- Impossible, les Japonais, je m'endors tout le temps.
- Bon, sinon il doit bien rester une séance pour The Shop Around the Corner.
- Ah ouais, ça fait longtemps qu'on l'a pas revu."
Voilà, c'est comme ça qu'on vit, c'est comme ça et de ça qu'on cause chez Philippe Claudel. On comprendra qu'on ait fini par se tourner vers une autre chaîne pour attraper la fin de Liverpool - Arsenal, score 4 - 4 comme la semaine dernière entre Chelsea et Liverpool. Ce premier 4 - 4 faisait hier l'objet de la chronique football qu'un autre pénible, François Bégaudeau, livre au Monde chaque mardi. Bégaudeau n'est pas quelqu'un que je chéris particulièrement en tant que personnage public, auteur ou réalisateur, quant à l'enseignant qu'il a été, je préfère ne pas imaginer ce qu'il m'aurait inspiré si j'avais eu à le subir comme professeur ou comme collègue. Mais comme chroniqueur football, il est impeccable et il y a plus à lire dans ses deux petites colonnes que dans les 80 pages hebdomadaires de France Football. Ainsi, hier, revenant sur ce fameux 4 - 4 sur lequel tout le monde s'est extasié, lui seul a su remettre les choses à leur juste place et souligner qu'un tel score n'était pas surprenant à partir du moment où on joue avec des gardiens manchots dopés au Lexomil et livrés à eux-mêmes par des défenseurs évoluant à quarante mètres de leur ligne de but et ne se souciant absolument pas de ce qui se passe dans leur dos. Le football anglais de ces deux matches c'est, toutes proportions gardées, celui qu'on jouait en 1973 sur le terrain des tennis de la ZUP. Il y avait des 4 - 4, mais aussi des 8 - 8, des 6 - 3 et sans doute même des 12 - 0 quand je gardais les cages. C'est du football de gamins. Les grands savent bien que le vrai football, c'est quand Metz bat Nancy 1 à 0.

JEUDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour). L'Alerte Ambler (Robert Ludlum, Grasset).

Presse. Rappel : les parapèteries ressemblent à des contrepèteries mais n'en sont pas. Le Figaro du jour en fournit un bel exemple : "Nathalie Kosciusko-Morizet [secrétaire d'Etat] dévoile sa grossesse sur Facebook." C'est d'ailleurs le seul intérêt qu'on puisse trouver à cette information.

Lecture. Wuthering Heights (Emily Brontë, première édition par Thomas Cautley Newby, 1847; traduction par Dominique Jean, 2002, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 486 in "Brontë : Wuthering Heights et autres romans 1847-1848", édition publiée sous la direction de Dominique Jean avec la collaboration de Michel Fuchs et Anne Regourd; 1362 p., 57,50 €).
D'une première et adolescente lecture, il restait le souvenir d'une parfaite concordance entre un titre (Les Hauts de Hurle-Vent), un dessin de couverture (au Livre de poche) et une histoire, trois éléments porteurs d'étrange, trois éléments fascinants qui donnaient la certitude d'une lecture pas comme les autres. Aujourd'hui, le titre a changé, l'édition est savante mais l'histoire a gardé son pouvoir envoûtant. Inutile de pousser des hauts cris sur la disparition du titre emblématique, celui-ci est la possession d'un traducteur, inutile de contester la nécessité d'une nouvelle traduction, le roman d'Emily Brontë en a connu une bonne dizaine en français sous autant de titres différents, depuis Un amant (!) en 1892 jusqu'à Hurlemont (1963) en passant par Les Hauts des Quatre-Vents, Haute-Plaine, Les Hauteurs tourmentées, Les Hauteurs battues des vents, Les Orages du cœur et La Maison des vents maudits, il y a là un beau terrain de chasse pour un collectionneur. Quels que soient le titre et la traduction, on se demande toujours comment l'idée d'un tel univers romanesque, aussi tourmenté, aussi fou, a pu naître dans l'esprit d'une jeune femme d'à peine trente ans. Le roman n'est pas parfait, loin s'en faut, il comporte des longueurs, des lourdeurs, des stases pesantes mais il est unique dans la violence des sentiments, l'amour comme la haine, qu'il met en scène. Il est également remarquable par la pluralité des narrateurs, onze en tout, qui donne lieu à des enchâssements vertigineux, par la construction complexe qui en découle et par bien d'autres aspects étudiés par Dominique Jean dans sa notice. Cette nouvelle édition devrait permettre de placer cette œuvre en perspective avec celles des autres sœurs Brontë, Jane Eyre bien sûr mais aussi des récits moins connus comme Le Professeur ou La Locataire de Wildfell Hall.

VENDREDI.
Épinal - Châtel-Nomexy (et retour). Le 7 heures 31 a été annulé pour raisons techniques. En attendant le 8 heures juste, une dame patiente sur le quai avec Le Mur du silence (Hakan Nesser, Points Seuil).

SAMEDI.
IPAD. 7 septembre 2003. 41 km. (3394 km).


132 habitants

Le monument est situé dans la cour de l'école. La stèle, entourée d'herbes folles, est ornée d'une croix de Lorraine et d'un glaive qui sépare les deux colonnes de noms. Il n'y a pas d'église dans le village.

1914                 1939
1918                 1945

Barbey Seroux
A ses héros

COLIN Henri BARADEL Gilbert
LAHAXE Henri COLIN René
LEBEDEL Charles LECOMTE Marcel
MENGEL Henri MARCHAL Louis
POURET Paul PANOZZO Jean
SAUMIER Hyacinthe REMY Albert
REMY Gaston
SAUMIER Lucien

Morts pour la France

Le monument n'est pas signé.

L'Invent'Hair perd ses poils.


Trèbes (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 11 avril 2006

Bon dimanche.